vendredi 6 mai 2016
Musicless
L'une des plus étonnantes est celle du Hello de Lionel Richie :
Sans la musique, l'inconscient de la narration du clip saute aux yeux. La bluette est remplacées par une pure histoire de harcèlement, presque dans la descendance de De Palma. Comme le dit un commentaire You Tube :
" A disenchanted community college tutor becomes obsessed with stalking and harassing a blind student, whils simultaneously pursuing a romantic relationship with her. She creates a sculptured likeness of him as a gift, and is about to present it to him when her stalker reappears. In terror, she confronts him - only to discover that he possesses the same features as her tutor. Suffering from a form of Stockholm syndrom, she breaks down and submits to his depraved psychological domination." It is the best 80s psychological thriller they never made !"
Tenons-nous là peut-être un jalon involontaire du thriller psychologique des eighties ?
Mais surtout, ces musicless videos me rappellent encore le souvenir d'un cinéaste oublié, Hal Hartley, qui dans Surviving Desire (1993) inventait une danse de chat et d'équilibriste, tout ça sans musique et avec quelques chuchotements, bref inventait déjà sa "musicless dance" :
Hal Hartley, déjà maître des séquences dansées, est peut-être finalement le chaînon manquant entre Godard et les memes internet. Ca lui confère sa place, sa place à part dans l'histoire du cinéma.
mercredi 18 juillet 2012
Danse avec la technologie
Si je résume, on pourrait résumer chacune des ces vidéos en petits aphorismes:
Danser, c'est moduler l'inscription de son propre écho (Rybczynsky / Simple Minds).
Danser, c'est s'éloigner de son propre sillon (Forsythe 1).
Danser, c'est ne pas revenir deux fois dans la même empreinte (Forsythe 2).
dimanche 30 octobre 2011
Explosante - fixe
dimanche 10 octobre 2010
Des marches
Cas n°1 : Dramatiser la rencontre fugitive
Où l'on s'aperçoit que Bresson (Quatre nuits d'un rêveur 1971) a adapté littéralement, au mot et à la respiration près, A une passante (Charles Baudelaire 1861).
Démonstration vocale et rythmique, iciEt comme toujours chez Bresson, les ponctuations sonores. Si Bazin affirmait que le seul bruit d'un essuie-glace d'automobile pouvait donner au dialogue des Dames du Bois de Boulogne des allures raciniennes, on remarquera dans ces Quatre nuits d'un rêveur le couperet de la sonnette et du soufflet de la portière du bus, stigmatisant que cette fugitive rencontre n'aura sans doute jamais de suite.
Cas n°2 : Dilater le moment

Je ne me lasse pas de la générosité de ces extraits où chacun fait son numéro, générosité permis par un dispositif hybride et minimal qui mixe piste de danse et podium de défilé de mode. Le plus émouvant dans cette parade construite sur une surenchère bon enfant de numéros dansés tient aussi à leur dimension d'inventaire d'un moment de la danse. Je ne suis pas spécialiste mais il me semble que ce début des années 80 à Détroit marque l'avènement de ce qui deviendra la techno mais nourrie sur un fort héritage soul. Et la force de ces vidéos est bien de capter cette mutation qui, comme toutes les phases de transformation, invente des attitudes hybrides, inédites, et qu'on ne reverra jamais ensuite.
Quelque part, le New Dance Show, c'est donc le "Conservatoire des danses inventives", soit l'exacte antithèse d'une administration inventée par les Monty Python : "The ministry of silly walks".

vendredi 2 avril 2010
Kung fu claquettes
Werner H. in Herzog by Herzog, 2002
***
En attendant, ces propos (qui m'ont aussi rappelé la quête de Tsaï Ming-Liang dont le mix burlesque, porno, comédie musicale de La saveur de la pastèque cherche à revenir à une essence des corps au cinéma) ont fait naître dans mon esprit l'envie d'un beau duo - duel :

Zatoichi (Takeshi Kitano 2003)
***
Chinese torture chamber story (Bosco Lam 1994)
mercredi 25 novembre 2009
Fêtes galantes
Sauvage innocence (Philippe Garrel 2001)
Et tant que nous sommes dans les extraits festifs, j'en profite pour répondre à la question : "quelle est votre scène qui serait à la fois votre scène de pluie préférée, votre scène de douche préférée et votre scène musicale préférée (hors comédies musicales) ?" avec la sensualité de ce syncrétisme spirituel et chorégraphique :
Shara (Naomi Kawase 2003)
dimanche 8 novembre 2009
Let's dance
La fiction :
Aussi conceptuelle que paraisse la "rapace dance" (entre ses ailes le souffle et l'esprit d'Hal Hartley battraient-ils ?), elle ne sort donc pas tout à fait de nulle part. Quelque chose de pédagogique se joue aussi entre ces deux extraits. Comme si les danseurs du second montraient ce qu'ils avaient retenu des images du premier. C'est moins habile, moins vif mais pas moins entraînant. Il y a là des danseurs ordinaires, pas des virtuoses qui donnent naissance à une danse conceptuelle mais pas abstraite de fondement. Leurs gestes sont répétitifs et minimaux mais personnalisés, juste ce qu'il faut pour qu'ils n'appartiennent qu'à eux. L'exact intermédiaire entre la chorégraphie de troupe amatrice et la "captation de soirée" -mais dénuée de tout naturalisme- où chacun danse comme il peut. Et quand on sait que les ambiances de fêtes demeurent l'une des choses les plus difficiles à saisir au cinéma... sauf, entre autres dans ce montage de -triste- circonstance :
vendredi 17 juillet 2009
Ô mages...
... grâce inouïe, disais-je, quand bien même la quasi-totalité du reste du film d'Harmony Korine est à peu près irregardable, sans doute en partie parce que l'auteur pousse à son comble l'identification avec l'enfant "génial mais autiste et qui en souffre tellement". Au moins, durant ce plan d'ouverture aura-t-il réussi à ce que "rien ne pose ni ne pèse"... Son moonwalk à lui, somme toute.
vendredi 19 juin 2009
Do the goal dance
vendredi 14 novembre 2008
Tous des Indiens !

vendredi 17 octobre 2008
L'effet Doinel
dimanche 5 octobre 2008
La danse du centenaire
jeudi 18 septembre 2008
Correctif à divers palmarès subjectifs
Onze Fioretti de Saint François d'Assise (Roberto Rosselini 1950)
jeudi 26 juin 2008
Leçons de danse
Adieu Philippine (Jacques Rozier 1962)
La plage, l'été, le mambo, mais surtout une fille qui sait danser, un garçon qui ne sait pas, une danse qui pourrait être totalement bancale mais qui devient la plus belle des initiations. Et, par le truchement de quelques regards caméras, c'est bientôt le spectateur lui-même qui profite de l'expérience, finit aux bras de la danseuse et sent comme jamais le délice de laisser guider ses pas si empôtés.
D'autres filles qui savent danser , ce sont ces deux soeurs qui collectionnent les pastiches chorégraphiques, dont celui-ci calé à la rythmique près sur le générique de Supergrave (Greg Mottola 2007):
Dans cette vidéo, je ne peux pas m'empêcher d'y voir la manifestation d'un affect typiquement adolescent: se choisir des films comme "tuteurs" ou "initiateurs". Et la réappropriation domestique de cette danse à la fois totalement improbable et totalement millimétrée, recyclant (mais sur un discret mode burlesque) quantité de gestes, postures et connivences adolescentes (se taper dans les mains, copier la démarche de son voisin tant pour le chambrer que pour se caler sur lui) de livrer finalement la réponse (que l'on aurait tant aimé connaître à 14 ans) à la question: "comment transformer la gaucherie en grâce?".
Ca tombe bien.
A 45 ans d'écart, c'est exactement le sujet de ces deux films et de cette vidéo.
mercredi 14 mai 2008
Une grande décision avant de partir pour le Festival...

... refilmée et revue ...


... peut servir d'inspiration pour la future chorégraphie gagnante et réconciliatrice.

Idée qui n'est peut-être pas d'une nouveauté folle (Laurel et Hardy et Gene Kelly ont bien dû produire des séquences similaires), mais cela a au moins le mérite de traduire cinématographiquement que dans l'entertainment, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
Rappelons tout de même qu'avec une idée comme celle-là, on tient donc quarante secondes dans une comédie américaine d'aujourd'hui qui passe inaperçue chez nous (même si c'est loin d'être la meilleure), mais que sous nos latitudes, on peut aussi en faire un film entier pour les festivals.
samedi 19 avril 2008
Saturday night fever (the cheap one)
Seulement deux mois d'âge, notre petite, mais déjà sensible à l'appel de la party.
(Ce post pour montrer mes grands débuts dans le film d'animation, mais le plus cheap du monde).
Sinon, pour rester dans le registre de la chorégraphie saccadée, voyez comment il danse, lui, c'est incroyable ! (Trouvé via... )
dimanche 6 avril 2008
He was a legend
The omega man (Boris Sagal 1971)
Et c'est d'ailleurs, dans cette prime adaptation de Je suis une légende que l'on trouve également ce moment quasi situationniste non seulement parce que si le film est vu dans une salle, il paraît jouer la mise en abyme du moment de la projection...
... mais aussi parce qu'il manifeste le face-à-face entre la collectivité de l'Amérique hippie (déjà si loin, si proche, seulement deux ans après Woodstock) et le champion de l'Amérique de Nixon. Comme si cette dernière savait au fond qu'elle avait déjà gagné et que les utopies étaient désormais enfouies, un simple souvenir ou pire un fantasme pour le cinéma. Souvenir d'un acteur qui restera par ses duels (et pas toujours du côté le plus défendable) : la course de chars de Ben Hur (William Wyler 1959), le face-à-face Vargas / Quinlan de La soif du mal (Orson Welles 1958) et la confrontation avec Michael Moore (Bowling for Columbine 2002).
Et cette séquence dans le cinéma désert m'a fait revenir en mémoire l'une des plus mémorables séances "d'images projetées" vues au cours d'un long-métrage, séquence animée par une autre légende du cinéma, toujours active et fureteuse elle: le grand Michel.
Dillinger est mort (Marco Ferreri 1969)
Et que fait un spectateur quand il n'y a plus rien à voir ? Il passe derrière l'écran, pardi, et devient lui-même l'image projetée, un nouveau film (comme dans la première minute de cet extrait) :
samedi 5 janvier 2008
En 2008, faut que ça danse (1)
Simple Men (Hal Hartley 1992)
A ceux qui pensent que cette scène, c’est du copiage godardien, je répondrais que si Hartley avait vraiment voulu faire du Godard, il aurait remplacé sa toute première réplique : « I can’t stand the quiet » (pourtant impeccable avant la tornade Sonic Youth) par « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie », ce qui revient à peu près au même, mais pas tout à fait.
En 2008, faut que ça danse ! (3)
L'Homme Orchestre (Serge Korber 1970)
Plus que curieux de voir le reste du film (si c’est du même niveau, ça promet). Je me demande surtout pourquoi la télé ne programme pas plus souvent cette (apparemment) heureuse exception dans la litanie des comédies marronniers.
En bon « easy listening addict », on peut décréter qu’il s’agit là du film préféré (et de sa principale source d’inspiration) de Bertrand Burgalat ou croire voir s'animer la pochette de "Robots après tout" de Katerine. En cinéphile tolérant, on peut y voir une heureuse infusion de Demy ou de Minnelli dans le nanar à la française, qui du coup vole un peu plus haut que d’habitude. En bon amateur de danse contemporaine, on peut y voir un sympathique pastiche béjartien et admirer la façon du Louis de diriger la danse plus que de l’accompagner, d’y rentrer avec autorité pour en sortir aussitôt. On peut surtout se dire que le corps de De Funès, ce corps de pantin nerveux, aurait inspiré plus d’un chorégraphe.
Et puis en bon critique désabusé, on peut se dire que tout ça, c’est quand même plus proche de Maritie et Gilbert Carpentier que de Stanley Donen et que l’on peut dater avec cet opus du début des seventies la toute première prise de pouvoir du comique télévisuel sur le burlesque cinématographique.
Autant de bonnes raisons d’aller voir ça de plus près.
Si les extraits ne marchent pas dans les fenêtres, c'est là... et puis là pour Hartley et puis là pour Godard Et puis SURTOUT ça aussi... et puis des découvertes à venir.
samedi 22 décembre 2007
Les meilleurs moments de cinéma ne se trouvent plus dans les films (Rétro 07 # 1)
- La correspondance filmée Erice / Kiarostami : Pièce centrale du vaste champ des possibles proposé par cette expo (encore visible jusqu’au 7 janvier).
A condensé chez moi une gamme d’impressions contrastées, mais a fini par emporter une vive adhésion. D’abord légèrement agacé par la complaisance, le refuge dans l’autoréférence et le commentaire dont faisaient part les premiers fragments filmés, j’ai vite abdiqué en comprenant que se joue là sous nos yeux bien plus qu’un véritable échange entre deux cinéastes. Ça commence comme une partie de tennis et ça finit en sonatine, tant la distance entre les deux s’amenuise. Premiers jeux d’observation chacun sur ses gardes, puis rebonds et renvois de balles, montée souveraine au filet de Kiarostami qui le premier ose dévoiler sa propension à ne filmer que l’infra-ordinaire (le cul des vaches, la pluie, le cours des rivières), jeu de fond de court plus attentiste d’Erice, puis finalement enchaînement de reprises à la volée sans que la balle ne touche plus jamais le sol. C’est une bouteille à la mer qui établit le relais de film en film, style divaguant, imprégnation réciproque du style de chacun des deux cinéastes. Fini hypnotisé par le flottement de cette bouteille sur les flots, objet dérisoire qui porte en même temps une incroyable destinée. Là, les deux démarches des cinéastes trouvent une perspective convergente : parvenir à donner une matière au temps, une matière qui rend poétique la trivialité du monde et la fait résonner aussi bien dans l’éphémère que dans le pérenne. On savait déjà que le vent soufflait où il veut. On savait aussi que le vent nous emporterait. On sait maintenant que rien n’a plus de valeur que des petits bouts de matière qui flottent.
Il faut que je trouve le temps de repasser à l’expo pour voir en entier Five (Abbas Kiarostami 2004) dont je n’ai aperçu qu’une étonnante procession de canards.
- And now for something completely different, la performance scénique du groupe Tilly and the wall, plus particulièrement le fait que la section rythmique soit assurée non pas par un batteur, mais par cette infatigable danseuse de claquettes qui impulse ainsi la cadence du groupe. 
Elle est à gauche de l'image et je ne sais pas si elle s'appelle Neely, Kianna ou Jamie.
Inversion des sources. C’est la chorégraphie qui paraît générer la musique et non pas la danse qui vient se plaquer sur les notes. (si ce n’est pas clair, il y a des vidéos de concert sur la page My Space). Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve cette incarnation de la synchronisation du son et de l’image intensément cinématographique. Si j’étais Godard, je poursuivrais ce qui a été commencé avec les Stones et les Rita et je m’amuserais comme un petit fou à joindre, disjoindre, synchroniser, désynchroniser, couper le son et remettre l’image de ces chants et ces danses. Si j’étais son petit-fils indigne, Tarantino, je mettrais immédiatement ce groupe dans mon film, juste pour compléter ma collec de super bonnes girls. Mais bon, je ne suis que moi et tout cela risque d’être beaucoup plus compliqué.
- Toujours vu sur une scène, le film de Thierry Baë qui constitue la première partie de son spectacle Journal d’inquiétude. Sans doute l'un des plus grands moments de sincérité souriante et farceuse projetée sur un écran cette année. Finalement assez proche de Substitute (Fred Poulet et Vikash Dhorasoo) dans sa manière de se saisir de la caméra en toute gaucherie assumée afin de transcender une impasse personnelle et professionnelle.
- Et puis, sur le Net, la découverte des Concerts à emporter, véritable caverne d’Ali Baba de plans-séquences musicaux. Bon, pas tout vu, mais j’en retiens deux qui m’ont fait frisonner :
Celui qui suit Au revoir Simone dans les rues de NY l’été sur la chanson Stay Golden. Tout m’y paraît parfait : l’activité de la rue saisie au vol (et les quelques notes du groupe de jazz New Orleans qui entament la séquence), le timing général du plan, la distance à laquelle les filles sont suivies, leurs voix suspendues, leurs incantations minimales, toute cette distance impeccable qui les transforme en sirènes des trottoirs, en fées urbaines… et puis le vent dans leurs cheveux, leurs charmantes hésitations, le moment où la caméra se retourne et découvre leurs visages. Rhâââh...
Bon, allez j’arrête là, mais je serais presque prêt à échanger tout Virgin Suicides (Sofia Coppola 1999) contre ce seul plan-là.
Et puis, cet autre où The National entame son Gospel à bord de ce rafiot. Sans doute la meilleure séquence de tangage et de déséquilibre marin depuis la séquence maritime dans Du côté d’Orouet (Jacques Rozier 1972) qui donnait réellement l’impression au spectateur qu’il pouvait chavirer à tout moment ou se prendre la baume sur le coin de la figure. Et cet espace à la fois immense (la mer) et étriqué (la coque de noix) de devenir l’écrin de la voix impassible du chanteur et de la noblesse de son spleen.





