
dimanche 16 mai 2010
A bigger splash... of cinema

mardi 27 octobre 2009
Les naufragés
Dénuement et méditation, sacralisation de l'apparition de chaque nouvel objet, devenus accessoires primordiaux de la tragédie annoncée.
Le cœur de la mutation, c'est aussi l'éphémère. Bientôt ce chantier sera saturé, mais là, c'est un paradoxal îlot de paix : ses piliers d'où débordent des fers à béton deviennent de minéraux palmiers et si l'avion passe au-dessus de l'île sans la remarquer, les amants naufragés n'ont pas (encore) besoin d'appeler à l'aide.
I don't want to sleep alone (Tsaï Ming Liang 2007)
Variante "vieillissement accéléré" de la précédente. Inversion des rapports de pleins et de vides. L'île n'est plus un plein au milieu d'un vide (l'océan), mais un vide préservé au milieu d'un plein (l'irrespirable Kuala Lumpur).
mercredi 18 mars 2009
Paysages industriels
jeudi 27 mars 2008
L'urbanisme est un jeu de destruction

(2): Still Life (Jia Zhang Ke 2007)
Forum des Halles 1973, Barrage des Trois-Gorges 2007. Deux chantiers titanesques. Deux villes détruites en direct. Deux films pour saisir ces mutations urbaines.
***
THEATRE(S) DES OPERATIONS :
(1) : « Trou des Halles », c’est-à-dire un terrain situé au centre même de Paris, d’une dizaine d’hectares, d’une vingtaine de mètres de profondeur et vierge de toute construction, suite à la démolition des pavillons de Baltard en 1971 et avant le démarrage du chantier du Forum des Halles en 1974.

(2) : Ville de Fengjie, ville en sursis car située en amont du barrage des Trois-Gorges et devant donc être engloutie à la mise en service dudit barrage. Pour devancer son destin d’Atlantide, la ville est soumise à la casse continuelle, casse parfois manuelle, histoire de ne laisser qu’un désert au moment où les flots la submergeront.
VILLE SPECTACLE :(1) : Une crevasse minérale en plein Paris, on dirait Monument Valley (à échelle réduite) circonscrit par quelques îlots haussmanniens. De fait, le trou des Halles deviendra le décor d’un western brechtien rejouant la bataille de Little Big Horn. Comme l’a dit l’autre, l’histoire se répète deux fois, la première fois comme tragédie, la seconde comme farce.
Film de guerre farce (et à ce titre métaphore de nombre de conflits contemporains, la charge anti-impérialiste restant toujours aussi efficace), western simulacre donc mais finalement « mensonge qui dit la vérité », car l’outrance de la farce dit aussi l’obscénité de la destruction du ventre de Paris, et dit surtout à quel point la ville fonctionnaliste, souterraine et commerciale qui se construit (ou plutôt que l’on impose de force et ce même en plein centre historique) dans les années 70 n’est qu’une parodie de ville, une ville qui joue avec les signes de l’urbain sans en (re)produire son essence.Et situer l’opposition Yankees - Indiens en plein centre de Paris n’a rien de purement gratuit tant peut se lire dans cet antagonisme celui entre les suppôts d’une ville franchisée et les humbles citadins qui en sont chassées…
… et pour lesquels le « droit à la ville » - pour reprendre le titre d’un célèbre ouvrage de sociologie urbaine (Henri Lefebvre 1968) – demeure encore une âpre conquête.
(2) : La seule chose qu'on garde du passé, finalement, c'est: « Du passé, faisons table rase ! ». A l’échelle urbaine, c'est toujours aussi spectaculaire !
PART DOCUMENTAIRE :
(1) : Non seulement pour l'enregistrement de la destruction du trou des Halles en lui-même...

... mais aussi pour ses alentours, son Paris faubourien dans lequel Ferreri lâche sa troupe. Approche documentaire où beaucoup de choses se devinent dans les arrière-plans, comme ces badauds regardant éberlués ces cow-boys de carnaval. 
C’est l’anachronisme qui devient un révélateur du présent.
(2) : Comme Pasolini, Jia Zhang Ke « double » chacune de ses fictions par un documentaire sur sa région de tournage (In public et The world ; Dong et Still Life). Pour autant, Still Life est en soi un formidable documentaire qui prend le miracle économique chinois à revers. Approche documentaire où beaucoup de choses se devinent aussi dans le hors champ, tel la question du déplacement des populations. Au contraire du centre de Paris de Touche pas à la femme blanche, l’épicentre de Still Life attire plus qu’il ne repousse. Bien que détruit à petit feu, c’est un Eldorado où débarque son lot de travailleurs ou d’aventuriers. Si l’on voit donc des déplacements dans le film, ce sont davantage ceux de la population qui arrive (mais uniquement pour un temps, une mission) que ceux de celle qui doit partir. En cela, la Chine d’aujourd’hui paraît rejoindre l’Amérique des pionniers : un pays de la conquête, du repoussement de la frontière et du nomadisme conquérant… sauf qu’évidemment ces mouvements se jouent sur un mode plus douloureux, plus mélancolique et sans doute plus subi.
POURSUITE ET ACTUALITE :
(1) : Inauguré en 1979, huit ans après la destruction des Halles de Baltard, traumatisme pour une bonne part de la profession (et les jeunes archis d’alors tel Jean Nouvel dont l’œuvre peut se lire comme une poursuite de cette archi métallique industrielle inspirée), le Forum des Halles (l’un des projets les moins inspirés de tous ceux proposés) jouera pour une large part dans le désamour des Parisiens pour l’architecture contemporaine dans la capitale. Un concours lancé en 2004 génère le plus vaste débat citoyen sur l’architecture et la ville à Paris depuis… disons Beaubourg, à quelques mètres de là, mais plus éloigné dans le temps (trente ans auparavant). La sagesse du projet lauréat, celui de David Mangin, entraîne alors une nouvelle consultation pour le Carreau des Halles, « porte d’entrée » du nouveau Forum. Le projet lauréat, celui de Patrick Berger et Jacques Anziutti...

... dénommé la canopée (ie la cime des arbres) ressemble plutôt au couvercle à poser de toute urgence sur la boîte de Pandore du Forum, véritable catalyseur de fantasmes architecturaux.
Le calendrier indiquait que les premiers travaux (ceux du jardin) devaient démarrer en 2007. A ce jour, toujours rien. Y aura-t-il, un jour, un second « trou des Halles » ? L’histoire de l’architecture (et du cinéma) se répétera-t-elle ? Un cinéaste inspiré y situera-t-il un nouveau Touche pas à la femme blanche ?
(2) : Au rythme où vont les choses, le film de Jia Zhang Ke a déjà transformé le présent en archive. Une archive pour documenter…

… le moment où la Chine a décollé (d'ailleurs cette image de tour prenant son envol peut être vue comme le négatif de la tour qui s'effondre dans l'extrait ci-dessus, ou encore une fois, pour une nouvelle variation autour de l'urbanisme Tetris) ;
… le passage de l’usine à gaz du système communiste…
…. à celui d’un nouveau niveau du libéralisme ;
… ce à quoi ressemblera la Chine de demain…
… mais surtout ce en quoi elle croira.
PS : Avec celui qui vient de réinventer l’eau chaude, je viens de me rendre compte que Jia Zhang Ke avait 19 ans au moment des évènements de Tian an men et qu’il aurait très bien pu être l’un de ces jeunes sacrifiés par son propre pays. J’ai le sentiment que ses films parlent aujourd’hui pour ces jeunes disparus en leur montrant comment leur pays s’est passé d’eux, mais continue quelque part à broyer sa propre jeunesse, ou tout du moins à ne lui offrir de bien piètres perspectives d’émancipation (cf le miroir aux alouettes de The world).
PS 2 : Site assez complet sur Ferreri.
mercredi 19 décembre 2007
Transporté

Bon cette hélice, quelque chose d’à la fois graphique et spatial, une sorte de synthèse entre le bi et le tri-dimensionnel, entre un espace et sa représentation. Ça tombe bien, exactement la base du cours : les rapports entre l’architecture, la ville, le paysage et le cinéma (en gros, une continuation de ce blog par d'autres moyens).
Avant : arrivé avec une heure et demie d’avance (évidemment, le campus paraissait tellement loin sur le plan, mais le bus est un « jet » comme ils disent là-bas). Du coup, déambulations « à la Elephant » dans les couloirs de l’école, l’une des rares en France à vraiment faire preuve d’ambition architecturale. Incroyable paradoxe : les écoles d’archi en France – sauf peut-être les toutes récentes - sont les lieux d’enseignement où l’espace est le plus mal traité et ne semblent connaître comme matériau que le parpaing et le préfa. Heureuse exception ici donc : une sorte de cloître contemporain ouvert sur la pinède dont la fluidité des espaces semble d’elle-même appeler la dolly et la steadicam.
Pendant : tout ce qu’on avait oublié de l’ambiance étudiante (c'était pourtant, il n'y a pas si longtemps) qui revient à la surface. On a tous quitté un amphi en milieu de cours, mais maintenant qu’on est passé de l’autre côté, ça fait drôle. Et puis le prof est (forcément) contagieux, d’où absolument personne assis aux cinq premiers rangs. Et puis les brouhahas qui augmentent tandis que je galère pour retrouver les extraits au milieu du DVD (salaud de time-code, tu vas t’afficher !), ma crispation perceptible, parfois le sentiment de voir mes points de QI passer à travers la passoire de mon cerveau, des élèves qui désertent devant Antonioni, mais d’autres qui rient devant Tati et Elia Suleiman (vraiment de l’humour pour architectes), un « wah c’est beau » devant Le vent nous emportera (étudiant esthète, tu es mon ami) et puis plusieurs « ouais » quand j’annonce que je termine avec des clips de Gondry (mais en préparant un tel coup, n’utilise-je pas le même stratagème que le prof d’allemand qui veut bien se faire voir de la 5emeB en lui faisant apprendre les paroles de Tokio Hotel ?). Pas beaucoup plus de réactions, d’où quelques regrets de ne pas les avoir suscitées davantage, d’autant plus que j’ignorais tout de leur degré de cinéphilie… Je ne saurais donc jamais si comme tout le monde aujourd’hui, ils ont trouvé Wenders daté ou si, comme moi à leur âge, ils ont été hypnotisés par l’Etat des Choses (mais l’extrait que je leur ai montré était quand même bien trop court).
Après : un point commun entre plusieurs des extraits que j’ai projetés me saute enfin aux yeux.
De L’Homme à la caméra (Dziga Vertov 1929)…
… au clip Guitar Man (Michel Gondry pour les Chemical Brothers 2002),
en passant par ...
Playtime (Jacques Tati 1967)
Stalker (Andrei Tarkovski 1979)
... et The World (Jia Zhang Ke 2005)
… si des films nous plaisent, ce n’est pas parce qu’ils « avancent comme des trains dans la nuit » (Truffaut) mais, comme l'attestent la présence de ces tramways, trains de banlieue, bus, draisine ou monorail, parce qu’avec eux « on est sûr de prendre le meilleur transport en commun » (Godard).
Peut-être que pour être totalement transporté, il ne me manquait plus que l'hélice croisée au détour du couloir se mette à tourner et à imiter le mouvement de l'hélicoptère.
Bon, je n’ai pas la phrase exacte de Godard (quelqu’un l’a ?) mais je me souviens très nettement l'avoir entendu proférer une telle métaphore dans « Cinéma – Cinémas ».
vendredi 24 août 2007
Aux antipodes
Douze heures de décalage horaire. Antipodes exacts de sa ville, mais pas pour autant des espaces de son cinéma.
Que l’on en juge par ce couloir (à gauche)...
... dont l’ambiance et la palette chromatique rappellent étrangement celles des espaces exigus où se trament les passions étouffées, inavouées de Nos années sauvages (1991) ou d’ In the mood for love (2000) (à droite).L’un des moments le plus saisissants d’ Happy Together est celui d’une (brève) rêverie du héros, saisi par le mal du pays.
Rêverie transcrite cinématographiquement par une caméra littéralement « tête en l’air ».

Ville comme vue en reflet dans une flaque d’eau. Pas assez de temps pour la reconnaître. De ce fait, rendue immensément fragile, de la fragilité du souvenir. Délice de la perte de repères. Magie de ces travellings upside down. A quoi ressemble son chez soi quand, depuis l’autre bout du monde, on n’en perçoit plus qu’une réverbération ?Autre histoire d’antipode dans cette séquence de The World (Jia Zhang Ke 2005) où au terme de ce joli dialogue…
- Et toi, tu ne pars pas ?- J’attends mon visa.
- Si tu ne l’obtiens pas, viens au Parc. On a la tour Eiffel, Notre-Dame, l’Arc de Triomphe. Plein de trucs français.
- Vous n’avez pas l’endroit où vit mon mari.
- Il vit au paradis ?
- Non à Belleville
- Belleville ?
- Chinatown. « La belle ville »
- Joli nom.
… je vois surgir un point de repère de mon quotidien, la station de métro dans laquelle je me suis engouffrée soir et matin pendant plus de dix ans, le lieu où j’ai donné des centaines de rendez-vous.
Sentiment rare de reconnaître (une part très ténue de) son quotidien dans un film tourné à l’autre bout du monde. Impression délicieuse de se retrouver simultanément des deux côtés d’un tunnel traversant le globe et creusé par le cinéma.Chez Wong Kar Wai, nécessité de partir aux antipodes pour retrouver ses repères. Chez Jia Zhang Ke, les antipodes communiquent. Quel que soit le bout par lequel on le regarde, there is only one World.
mercredi 9 mai 2007
Ce monde-là bientôt englouti
Car les vrais héros des deux derniers films sont les paysages contemporains : vallée bientôt enfouie, chantiers de démolition de Still Life (2007) et parc d’attractions de The world (2005). Paysages paradoxaux, car annonciateurs d’une mutation, mais d’une mutation « à l’envers ». Il y a des chantiers prométhéens dans Still Life, mais on y démolit bien plus qu’on y construit. Et si The world prend acte de l’émergence des non-lieux contemporains. Ce fameux parc, d’un artifice grossier et triomphant, existe coincé entre des autoroutes et des chantiers d’immeubles standardisés.
Il se dégage pourtant une certaine harmonie dans le regard porté sur ces paysages.
Plus de 350 ans séparent ces deux images (à gauche, le Pont de Six de Rembrandt), et pourtant, elles semblent voisines. Surtout dans l’échelle qu’elles donnent à la figure humaine. Dans l’image de droite, il est frappant de voir à quel point l’employé du parc semble échappé de la gravure de gauche. Plus proche d’un paysan du dix-septième siècle que d’un winner du vingt-et-unième, il ne peut pas être chose qu’un témoin incrédule d’un monde façonné sans lui.
Où donc trouver sa place, dans ce monde factice ?
Dans The world, l’espace social est en sous-sol, dans les souterrains.
Les coulisses grouillants du parc ne sont même pas backstage, mais understage. Aujourd’hui, les pro-Chinois ne clament plus : « cours camarade, le vieux monde est derrière toi », mais « le nouveau monde est au-dessus de nous ». Les personnages de Jia Zhang Ke sont toujours les derniers survivants d’un monde voué à être englouti.Mais la mutation et l’engloutissement travaillent le cinéma de Jia Zhang Ke, non seulement sur le plan thématique, mais aussi sur le versant du traitement de l’image, comme en atteste ce fondu-enchaîné.


Travelling dans le couloir qui s’achève avec l’irruption d’un jet d’eau, qui devient lui-même une matière pixellisée d’où naît l’image digitale. Entre les deux plans, le personnage de la princesse à la robe de mariée est passée d’un être de chair à sa représentation dans un mur d’images. Morphing du plan cinématographique vers l’image télévisuelle, image sans chair et sans échelle. Comme le parc. L’engloutissement à l’œuvre dans le monde contemporain – et dont prend acte le cinéma de Jia Zhang Ke - est aussi celui qui noie le monde réel sous le tout-venant des images.
Un point de vue complémentaire sur le cinéma chinois dans cet excellent blog
