Un temps d'avant les attentats et d'avant les virus.
Est-ce qu'on pouvait pour autant se balader dans les rues sans peur au ventre ?
Pas sûr....
(Vieille vidéo Facebook que je pensais avoir perdue après déconnexion du réseau social. Je me permets de la remettre ici. Déjà des petits airs de capsule temporelle).
Soit Godard fait incognito des piges dans des agences de pub, soit tous les "créas" se sont soudainement pris de passion pour sa période "mao-situ", si l'on peut dire.
En témoigne, en quelques jours, trois campagnes qui, volontairement ou non, lui adressent de gros clins d'yeux.
Super U (rentrée 2011) versus Deux ou trois choses que je sais d'elle (1967)
France 2 / La Croix (rentrée 2011) versus Vent d'est (1970)
(On notera au passage que cette formule - et son corollaire inverse repris par la pub, peut-être parce que plus confortable (?) - doit avoir l'un des meilleurs ratios "nombre de spectateurs / postérité de réplique" de l'histoire du cinéma... même si sans doute la dite formule a été employée et ré-employée en moult autres occasions et sur moult autres supports).
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Et pour rester dans le chapitre "(post-)Nouvelle Vague et publicité", rappelons cet amusant blasphème.
La campagne d'affichage pour les téléviseurs 3D crée à la station Tuileries un effet de collage qui m'interpelle visuellement, mais sur lequel j'ai du mal à mettre des mots. Pour les non-Parisiens, rappelons que cette station est animée par une fresque photographique autour d'images emblématiques des cinquante dernières années. Et donc, collé à un panneau d'affichage, nous avons le premier homme sur la lune, soit un scaphandre à côté d'une paire de lunettes et les mêmes reflets dorés (ce qu'ils voient, c'est un trésor ?) sur leurs visières. A 40 ans d'écart, deux avancées technologiques qui produisent des images comparables mais avec des visées totalement antagonistes : l'exploration de l'infini contre le repli domestique, l'odyssée de l'espace contre l'affalement dans le salon. Plus simplement, ne m'étant pas renseigné sur les télés 3D, je me demande réellement quelle en serait leur finalité. Uniquement pour (re)voir les blockbusters en relief ? Ou alors, allant de pair avec de nouveaux modes de filmage, travailler à une plus grande immersion Comme pour la Formule 1, pourrait-on imaginer des caméras embarquées sur chacun des participants à un match de foot ou de rugby pour les transformer en épopées subjectives ? A terme, avec une "3D-isation" appliquée à l'ensemble d'une grille de programmes, pourra-t-on réellement avoir l'impression de dîner avec Claire Chazal, s'asseoir sur le banc de touche pour raisonner Domenech (ou lui dire plus calmement que la 75e minute approche et qu'il serait temps de faire rentrer Govou) ? Quoi qu'il en soit, cette avancée (???) me permet de verbaliser mon allergie au flux télévisuel, parce que j'y sens que les dispositifs de pseudo-convivialité (les toc-shows) ou de fausse immersion (la télé-réalité) qui paraissent intégrer le spectateur se révèlent au final très excluants. S'il y a une bien une cloison à faire sauter, une nouvelle dimension à conquérir, c'est bien celle-là, celle de la vraie invitation adressée au spectateur.
ce qui pourrait faire d'elle l'une des inspiratrices involontaires de cette stupéfiante campagne de pub : (photo via nitot sur Flickr).
Mais plus que tout, avec ces deux "affaires", on se dit que John Carpenter dans They live (1988) avait déjà tout prévu. Sur la nudité de ces slogans, le choc de leur impact urbain et leur contenu latent de rappel à l'ordre , on lira donc avec intérêt cette pertinente analyse.
Dans le même temps (c'est-à-dire il y a presque trois semaines), le chantre du "stop thinking" cinéma, aka Gaspar Noé, faisait sa réapparition sur le Net avec un teaser-générique bardé de noms-slogans de son croquignolet dernier opus (Enter the void).
Bon, le film, mouaif, mais je dois avouer une faiblesse (coupable, ô combien coupable) pour cette ligne de coke visuelle, ce déferlement de mots stupides qui en 80 secondes en typographies sous acide (et vraisemblablement sous influence Peter Tscherkassky) me transmet infiniment plus la transe de la nuit tokyoïte que ne le font les 2h40 du soit-disant film-trip qui doit suivre ce générique. Ou l'on perçoit finalement l'hypnose de la mégalopole davantage dans le scintillement déréglé des néons et des inscriptions que dans l'espace urbain. C'était déjà la très forte sensation procurée par :
Tombée de nuit sur Shanghai (Chantal Akerman 2007), dont il était question là.
Pas le droit de fumer dans le métro. Pas même le droit de fumée sur les images dans le métro. Pas de fumée sans feu : après Sartre, Tati et Coco Chanel, Gainsbourg est la quatrième icône nationale à tomber au champ d'honneur de la censure tabagique de la RATP qui, ne tolérant aucun autre transport que ceux pris en commun, exige une affiche sans volutes. Mais malin comme il est, le grand Serge a déjà trouvé le moyen de déjouer l'hypocrite bannissement des plaisirs.
Reprise de la Ligue 1. Premier match de la saison et le PSG qui se fait rattraper par Montpellier dans les dix dernières secondes. Pas au niveau de leur chef d'oeuvre du 7 mars 2001 contre La Corogne (défaite 4-3 alors qu'ils menaient 3-0), mais signe de la persistance du tragi-comique dont on ne semble pas se lasser du côté de ce club (à moins que ce ne soit aussi une façon pour les Montpelliérains de se rappeler au bon souvenir du nouvel entraîneur parisien Antoine Kombouaré, lui qui fut le buteur du miracle, c'est-à-dire de la victoire contre le Real à la 96e minute). Indice supplémentaire ? Je me demande si cette peur de gagner inscrite presque génétiquement dans la psyché du club parisien n'était pas déjà perceptible sur les murs de la capitale, ces derniers jours :
DEBOUT : "Une fenêtre, c'est un homme. (...) Elle encadre l'homme. Elle est en accord avec sa silhouette. La ligne verticale est celle de la station debout. Elle est la ligne de vie." Auguste Perret1923 (Propos extraits d'une célèbre "dispute" entre architectes dont les détails sont là). Toile : Le violoniste à la fenêtre (Henri Matisse 1918)
ASSIS, COUCHE : Une fenêtre, c'est une méditation assise ou allongée. C'est ce que me soufflent les toiles d'Edward Hopper (ici Morning sun 1952).
VAUTRE :
"La bonne échelle d'une fenêtre, c'est celle d'un homme vautré." C'est ce que m'a dit Will Ferrell croisé à Galway en juillet 2009. Depuis, je ne peux m'empêcher de le voir comme une variation burlesque et déréglée de l'homme de Vitruve.
Il y avait déjà eu cette inversion d'il y a quelques semaines, déjà pointée ici, entre ces deux films (celui de gauche pourrait avoir l'affiche de droite), mais ça ne marchait que dans un sens :
Mais ce matin, au dos d'un kiosque de Ménilmontant, le switch parfait : entre les deux affiches, on peut tout inverser (photos, titres, postures, attitudes) et ça donnerait exactement le même résultat :
Bon, comme la photo est vraiment de mauvaise qualité, j'en ai fabriqué une nouvelle avec la preuve de ce que je vous avance :
Renseignements pris, il ne s'agissait que du décollage d'une fresque sur la cinquième République (décoller la République, vous vous rendez compte, à moins qu'il ne s'agisse d'un coup d'Arnaud Montebourg, croisé quelques heures plus tard aux alentours).
Quoi qu'il en soit, accordons-nous un petit moment d'archéologie inverse pour abriter ici quelques captures de cet éphémère lacérage plastique (qui peut aussi rappeler quelque peu l'oeuvre de ce peintre)...
... oeuvre d'art involontaire et vouée à l'oubli puisque déjà recouverte.
J'y rajoute deux exemples plus saisissants dans des espaces que je n'ai malheureusement pas eu la chance d'expérimenter.
A l'intérieur du Cloud Gate (sculpture d'Anish Kapoor - Millenium Park, Chicago 2004). Les infinis reflets de cette concavité paraissent aussi bien aspirer tout regard vers un nouveau nombril du monde à moins que son aspect de masque funéraire s'apparente à une déclinaison contemporaine de la vanité.
Et puis cet espace qui impose à chacun de dévisager cette figure somme toute assez effrayante, entre hydre, murène et raie manta, espace pourtant empreint de béatitude, puisqu'il s'agit de...
... la salle des audiences pontificales au Vatican (Pier Luigi Nervi architecte 1971). Alors, qui veut faire l'ange fait la bête ?
Petit jeu en regardant le ciel bleu, on s’amuse parfois à reconnaître des contours et des formes aux nuages. Pour tromper l’ennui dans les trains de banlieue, appliquons la même méthode. Tiens, par exemple, cette tâche informe sur un mur lépreux :
Bon sang, mais c’est bien sûr. A peu de choses près, à quelques bras rajoutés, à quelques cheveux tirés, c’est bien ça :
"365 jours ouvrables", c'est un peu plus encourageant qu' "à chaque jour suffit sa peine". C'est surtout le titre d'une (la meilleure ?) chanson de Diabologum , groupe fort inégal mais excitant dans son avidité de découverte et dans les quelques mots d'ordre lancés dans leurs chansons: "A découvrir absolument" ou "L'art est dans la rue", slogans avec lesquels on ne pouvait être que d'accord. Et puis pour avoir mis en musique rageuse le monologue final de Françoise Lebrun dans "La maman et la putain", il sera immensément pardonné à ce groupe. Je retrouvais aussi dans ces compositions une certaine impatience adolescente et désordonnée et surtout une envie de faire partager ses dernières découvertes en musique en art, en cinéma ou en littérature. A sa manière, ce blog tente la même chose. D'abord en tentant d'établir des "passerelles" entre différentes oeuvres et / ou évènements. Ensuite, en essayant de faire découvrir des films rares qui me tiennent à coeur ("films inconnus"). Enfin , mes textes et mes photos interrogent mes expériences autour de mes deux terrains de jeu et chantiers de réflexion favoris: la ville dans laquelle j'évolue et le cinéma que mes yeux préfèrent.