mercredi 31 décembre 2008

De 2008, il (me) restera ...

UN TOP 10,5 :

n°10 ex-aequo : Dans la ville de Sylvia (Jose Luis Guerrin) / Quatre nuits avec Anna (Jerzy Skolimowski)
Parce que ces deux films jumeaux (un été et un hiver ; un soleil et une lune de l’obsession amoureuse) sont avant tout de grands moments de pure mise en scène (certes, parfois aussi, un peu que ça, ce qui en fait quelque part leur limite et les empêche de transcender le « numéro d’auteur »).

n°9 : Home (Ursula Meier)
Parce qu’il n’y a pas besoin de filmer des scènes de danses pour réussir un film chorégraphié.

n°8 : Hunger (Steve Mc Queen)
Parce que la colère y devient palpable : on peut la saisir de ses mains, la ressentir comme un instinct.

n°7 : Le silence de Lorna (Luc et Jean-Pierre Dardenne)
Parce que quand le naturalisme dévie vers l’onirisme, la fable devient conte et le mélo de la plus belle eau.

n°6 : Lake Tahoe (Fernando Eimbcke)
Parce que son formalisme du segment filmé n’empêche finalement pas le film de respirer. Et parce que son orchestration des premiers et des seconds plans révèle aussi l’emboîtement de sentiments paradoxaux et initiatiques.

n° 5 : Woman on the beach (Hong Sang-Soo)
Parce que le film pourrait (devrait ?) s’appeler three lovers…

n°4 : Valse avec Bachir (Ari Folman)
Parce que sur des visages qui hésitent et sur une parole qui n’arrive pas à sortir, il faut dessiner les images qui manquent.

n°3 : A bord du Darjeeling limited (Wes Anderson)
Parce que Wes Anderson vaut mieux que l'infâmante appellation de cinéma playmobil... Parce que ce que partage une famille, c'est un certain déraillement de son imaginaire et de ses découvertes.

n°2 : Two lovers (James Gray)
Parce qu’il est déjà numéro 1 sur toutes les autres listes... Et aussi parce que c'est aujourd'hui, le 31 décembre 2008 que s'est envolé un avion entre New York et Los Angeles avec deux passagers manquants : Michelle et Leonard.

Et sur le trône du numéro 1 :


En avant jeunesse (Pedro Costa)

Parce qu’une fois prise les précautions d’usage pour s'y préparer (oui, c'est vrai, c'est bien le film le plus lent, le plus lugubre voire désespéré de l’année), dire que cela a été la plus puissante rencontre avec un cinéaste cette année. Bien davantage qu’un cinéaste d’ailleurs : un poète, un historien du temps présent, un peintre et un chamane. Au-delà de la ronde crépusculaire, au-delà de l'hybridation du documentaire et du cinéma plastique, la naissance sous nos yeux d'une allégorie concrète qui prend l'histoire immédiate à bras le corps pour se situer pourtant immédiatement au-delà des styles et du temps : dans le poème aussi bien que dans l'archive, dans le document comme dans l'incantation. Et puis un oeil qui traque, dans ces horizons bouchés, les infimes résidus de lueur pour les faire jaillir, tel un chimiste, en intenses précipités filmés où chaque plan, quand bien même soumis à la fixité absolue et à la lenteur radicale, révèle pourtant une incroyable dimension incantatoire.

TROIS FILMS VIRTUOSES MAIS...

Conte de Noël (Arnaud Desplechin), There will be blood (Paul Thomas Anderson), No country for old men (les frères Coen)

Finalement, je ne sais plus trop quoi penser de ces trois-là. De l'ambition et de l'indéniable virtuosité, c'est sûr, mais quelque chose qui finit par ne plus me toucher là-dedans (infiniment moins que les onze films cités au-dessus, même si certains ne sont pas exempts de maladresse). Mais précisément, quand bien même plusieurs de leurs moments me plaisent énormément, je pense avoir un problème de proximité avec ces trois films quand même hantés par une vision du cinéma purement rhétorique, presque de l'art pour l'art.

DEUX FACES-A-FACES

Celui entre Bobby Sands et le prêtre dans Hunger et le pile-ou-face entre Anton Chigurh et l’épicier (le seul qui s’en tire indemne) dans No country for old men.

TROIS PRIX D’INTERPRETATION

Meilleure performance d’acteur qui finit malheureusement par aspirer le film : Daniel « ne m’appelez plus jamais le meilleur acteur du monde, même si je fais tout pour » Day Lewis dans There will be blood.

Meilleure performance d’acteur qui fait un sort aux performances d’acteur : Robert Downey Jr dans Tonnerre sous les tropiques (Ben Stiller).

Meilleure performance d’acteur qui fait de ce dernier le véritable co-auteur du film : Samir Guesmi dans Andalucia (Alain Gomis).

PRIX SPECTRAL DU JURY

Meilleur film fantôme de l'année : Quatre nuits d’un rêveur (Robert Bresson 1971), dont je ne peux m’empêcher de trouver des traces dans Quatre nuits avec Anna et Dans la ville de Sylvia (ce qui n’est sans doute pas un hasard) mais également dans Two lovers (via les Nuits Blanches de Dostoïevski).

ET PUIS TOUT UN TAS D'ACCESSITS :

Meilleurs bâtiments vu dans un film : La citadelle de Beaufort (Joseph Ceddar) et la Cité des Vele dans Gomorra (Matteo Garrone)

Meilleur bâtiment qu’on espère retrouver un jour dans un film : ce musée d’Alvaro Siza qui ferait vraiment un bel écrin pour une poursuite.

Plus belle ville filmée : la périphérie de Marseille dans Grand Littoral de Valérie Jouve (2003). Paraît que Khamsa de Karim Dridi est tourné au même endroit, mais en-dessous des échangeurs et des voies rapides…. mais comme je ne l’ai pas vu… J’attends donc les DVD pour faire un splendide comparatif dessus-dessous.

Sinon Suzhou dans Cry me a river, court-métrage de Jia Zhang Ke, vu seulement partiellement dans cette exposition qui proposait d'autres étonnantes vidéos notamment un travelling en téléphérique et funiculaire à Shongqing.

Meilleur début de film : La première scène de Darjeeling limited… et la puissance picturale, architecturale et spatiale des premiers plans de Dernier Maquis (Rabah Ameur-Zaïmeche) et d’En avant jeunesse.

Meilleure fin de film : tout de même celle de Conte de Noël et les explosions à la fin de Beaufort

Meilleures (ou pires) fausses bonnes idées (dit autrement meilleurs films dont la bande-annonce est nettement meilleure que le film) : Seuls two (Eric et Ramzy) et Soyez sympa rembobinez (Michel Gondry)

Meilleur sujet plus fort que le film raté : Coluche, l’histoire d’un mec (Antoine de Caunes)

Meilleur film qu’on aurait quand même rallongé un petit peu : My magic (Eric Khoo…)

Meilleur courts-métrages rallongés en longs : Capitaine Achab (Philippe Ramos) et Rumba (Abel et Gordon)

Meilleur court-métrage vu cette année: Love you more de Sam Taylor-Wood (pour mémoire la chanson éponyme et BO du court)

Meilleure vidéo Youtube qui joue d'ailleurs sur les mêmes mécanismes de fixité, d'immobilité et d'esthétisme qu'En avant jeunesse, le meilleur film de l'année : celle-là, lugubre et funèbre de Sam Taylor Wood

Meilleure contribution improbable au gadget théorique de l'année, la "fiction Youtube" : Ben, la fiction "You tube", elle existait déjà, il y a 25 ans et avec mille fois moins de moyens, Eric Rohmer savait bien mieux filmer les soirées que dans Cloverfield.


Les nuits de la pleine lune (Eric Rohmer 1984)


Meilleur bonus DVD vu au cinéma : Les plages d’Agnès (Agnès Varda)

Meilleure émission de télé vue au cinéma : 20 minutes de bonheur (Oren Nataf et Isabelle Friedman)

Meilleur épisode de série vu au cinéma : Phénomènes (M. Night Shyamalan), en l'occurrence le chaînon manquant entre la série B et le pilote de série télé.

Meilleur film qu’on adorait à la télé mais qu’on n’est pas allé voir au cinéma parce que ça faisait trop peur : Sex and the city (Michael Patrick King)

Meilleur film pas vu en salle parce que c’est toujours complet, mais c’est pas grave, j’y retournerai demain : La vie moderne (Raymond Depardon)

Meilleur film pas vu en salle, mais c’est pas grave, il y en aura un nouveau du même auteur dans six mois : Mad detective (Johnnie To et Ka-Fai Wai)

Meilleur film pas vu en salle, mais c’est pas grave, il y en aura un nouveau du même auteur dans six jours et encore un suivant dans six mois : Christophe Colomb, l’énigme (Manoel de Oliveira)

Meilleurs films pas vus en salle, ce qui m’empêche de prendre part aux procès politiques de l’année : L’Echange (Clint Eastwood), grand film démocrate ou réac ? et Juno de Jason Reitman (l’enrobage de la comédie caramel ne servirait-il qu'à faire avaler une infâme pilule pro-life ?).

Naufrage de cinéaste autrefois aimé : Emir Kusturica pour ses deux tambouilles indignes de l’année.

Résurrection (relative) d’un cinéaste dont on n’attendait plus grand-chose : Ken Loach pour It’s a free world.

Meilleur cinéaste dont on attendait, il n'y a pas si longtemps, chacun de ses nouveaux films en tremblant et dont la sortie de l'opus de cette année est passée complètement inaperçue : Takeshi Kitano (pour Glory to the filmmaker).

Meilleur (mini) come-back : la fort brève reformation virtuelle de ces génies...

Meilleurs films que tout le monde aime mais moi mouaif : Eldorado (Bouli Lanners) et La zona (Rodrigo Pla)

Meilleur film que (presque) tout le monde aime et moi, ça me gêne pas de l’aimer : Entre les murs (Laurent Cantet)

Meilleur film que personne n'aime sauf la critique, et comme, je suis pas critique, ben non, j'aime pas : La frontière de l'aube (Philippe Garrel)

Meilleur film que pas grand-monde n’aime, mais moi si : La guerre selon Charlie Wilson (Mike Nichols)

Film le plus surestimé de l'année : La belle personne (Christophe Honoré)

Film le plus sous-estimé de l'année : Margot va au mariage (Noah Baumbach), tellement sous-estimé que sa sortie prévue en mars 08 a été annulée… alors même que le casting compte Jack Black et Nicole Kidman. Vraiment dommage parce que même s’il est moins réussi que Les Berkman se séparent (2005), le précédent de son auteur, il y a là un ton tout à fait étonnant, tchekhovien contemporain et cruel.

Meilleur comparatif en images pour critiquer le film le plus surestimé de l'année : Il n'y a qu'à voir comment ce simple extrait de Mean girls - Lolita malgré moi (Mark Waters 2004) en dit tellement plus que La belle personne dans son entier sur la façon dont une cour de récré (en l'occurrence, c'est à la cantine, mais ça fait le même office) fonctionne sur le même modèle qu'une cour aristocratique dont il faut acquérir les codes et voir aussi surtout comment, au détour d'un simple plan...

... il montre que derrière la topographie du lycée se dessine une nouvelle Carte de Tendre.

Meilleur titre de film pour résumer la situation du cinéma français, ou plutôt l’ultimatum qu’il a adressé via le club des 13 : Soit je meurs, soit je vais mieux (Laurence Ferreira Barbosa).

Meilleure raison d'aller mieux pour le cinéma français : En 2009, en plus des nouveaux Téchiné, Resnais et Claire Denis, on verra les premiers longs de Sophie Letourneur, Riad Sattouf et Joann Sfar. Can't wait...

LE POINT SUR L’ACTUALITE…

Meilleure raison de changer le titre de ce blog : lever toute ambiguïté car il pourrait faire croire à une incitation au travail dominical.

Meilleur rendez-vous manqué : Encore croisé Carax deux fois cette année (à Cannes et au métro Alexandre Dumas) et toujours autant la trouille de l’aborder… alors qu’il suffisait de lui dire merde.

Meilleure réplique pour expliquer la crise : "Plus la boîte où tu bosses est grande, plus l'appart' où tu vis est petit". Entendu dans Interior design (segment de Michel Gondry dans Tokyo!). Suivant l'idée reçue selon laquelle le Japon a 20 ans d'avance, nous savons à quoi nous attendre.

ET LE MOT DE CONCLUSION DE NOS DEUX HEROS HEXAGONAUX DE L'ANNEE...

- Pas mal tes 20 millions, mais si tu me les laisses les placer, je t’en promets 4,9 milliards.

-Hein ? »… (Jérôme Kerviel à Dany Boon)…

BON, NON, UNE CONCLUSION PAREILLE, C'EST QUAND MEME PAS POSSIBLE, CONCLUONS PLUTOT AVEC UNE REJOUISSANCE A VENIR

Meilleur film vu en 2008 et qui sera à coup sûr dans le top 2009 :

Ce cher mois d’août (Miguel Gomes) - Sortie le 17 juin 2009.

Plus j’y pense, plus j’y vois le manifeste du cinéma libre d’aujourd’hui, un cinéma qui ne pense pas qu’au cinéma, mais qui dit simplement que le cinéma, c’est ce qui rend la vie plus intéressante que le cinéma.

Sur ce, donc, bonne vie, bonne année et bon cinéma.

20 commentaires:

GM a dit…

Moi Sfar ça me fait peur quand même... Le bonhomme a viré au nawakisme politique pour le dire gentiment, et ses bouquins ne valent plus tripette depuis bien deux ans...

Dr Orlof a dit…

Oui Sfar, je n'en attends plus rien depuis qu'il s'est rangé du côté des ignobles BHL et Joffrin dans "l'affaire" Siné-Val.
Sinon, tes palmarès sont toujours si biens qu'on hésite ensuite à publier les nôtres!
Nous n'aurons pas beaucoup de films en commun dans les 10 premiers (un seul, à vrai dire) mais je me sens pourtant assez d'accord avec ces résultats.
Et puis, bien entendu, je contresigne pour le film le plus surestimé de l'année!
Bon réveillon à toi...

NB : Resnais en 2009! C'est déjà la meilleure nouvelle de l'année...

Edisdead a dit…

Hé hé, Pedro Costa...
"L'art pour l'art", chacun le voit où il veut. Moi, ce n'est donc pas chez PT Anderson, Coen ou Desplechin que je le vois, mais bien dans "En avant jeunesse" (et d'une autre manière dans "Hunger").

Nous n'aurons qu'un film en commun nous aussi (et ce sera, je pense, celui que l'on retrouvera chez le Doc).
En tout cas, bravo pour ton bilan, que l'on voudrait commenter point par point.

Je ne sais pas si tu es aussi déçu que moi, mais je suis d'accord avec ta formule sur le Varda : c'est juste un bonus de dvd.
N'hésites-pas à voir "Juno". L'oeuvre n'est pas transcendante mais sympathique, et fait partie de ces quelques films-rock-indépendant US pas désagréables (je n'y ai ressenti en tout cas aucun malaise par rapport au sujet, contrairement à d'autres).
Enfin, "Dans la ville de Sylvia" est peut-être celui que je regrette le plus d'avoir raté. Connais-tu son documentaire "En construction", sur un quartier de Barcelone ? Il est admirable. Il devrait te plaire.

Bonne longue soirée...

(et moi aussi, j'attends Resnais...)

Damien a dit…

Voilà un bilan tellement complet qu'on n'a plus besoin de s'y atteler, merci donc.... J'y ajouterais simplement comme bouse prétendument métaphysique la plus tarte de l'année : "La possibilité d'une île" de Michel Houellebecq (ne pas sous-estimer son aptitude à devenir une sorte de film-culte, comme le BHL). Je trouve moi aussi le Sfar assez alléchant a priori (superbe casting, et Sfar est quand même un bon raconteur d'histoires)

zvezdo a dit…

bon, c'est toujours rassurant de voir que même des spectateurs assidus n'ont pas tout vu (quoique ce "pas vu en salle" signifie peut-être que tu les as vus dans un cinéma en plein air ? en DVD ?). Incidemment, le meilleur bonus DVD attribué à Varda m'a beaucoup fait rire.... c'est tout à fait ça! bonne année à toi....

nicolas a dit…

cinq en commun, cool! et globalement d'accord sur les suivants, le varda surestimé, le honoré n'en parlons pas, cantet oui garrel non, charlie wilson... et loach, et l'admiration teintée d'indifférence (ou serait-ce l'inverse) pour no country et desplechin...

hunger par contre, je dois dire que je ne comprends pas bien.

D&D a dit…

A nouveau un très grand plaisir à lire ton bilan annuel, avec tant d'irrésistibles prix :-)
Et vraiment, vraiment, hâte de découvrir le film de Miguel Gomes...
Bonne nouvelle année de spectateurs (et pas que), Joachim.

Vincent a dit…

Que de films que je n'ai pas vus ! Donc que de films il me reste à voir.
Jolie liste dans laquelle je me réjouis de voir "Love you more" (celui-ci, je l'ai vu) mais je me suis étonné de ne pas croiser "Primrose Hill". Tu l'avais vu avant Clermont, peut être ?
Sinon, et selon la formule consacrée, bonne année à toi, ta famille, beaucoup de bonheur avec ton bout de chou et peut être que l'on se voit d'ici un mois.

Joachim a dit…

Merci de vos contributions, chers amis et bonne année à vous tous. Lire tous ces palmarès, c'est toujours un plaisir en même temps qu'un jeu infini (puisque les variations sont sans fin) et un rappel d'humilité, tant au fond, aucun palmarès ne ressemble à aucun autre en même temps que chacun est légitime. Je ne dis pas que toutes les oeuvres ni que tous les avis se valent, mais dès que les choix sont argumentés, c'est difficile d'aller contre. Pour ma part, si j'ai mis un peu à l'écart Coen, Desplechin ou Paul Thomas Anderson, c'est parce que je croyais y voir trois déclinaisons d'un forme "super théâtre de marionnettes" manipulé par et pour le seul plaisir (légèrement cynique) d'un réalisateur démiurge. Mais je suis conscient qu'on peut faire ce même grief à Wes Anderson. J'y vois seulement un poil plus de tendresse et de générosité. C'est tout, mais ce n'est que mon avis.

Sinon pour répondre en vrac.
Le Resnais de 2009 s'appelle "les herbes folles" et est une adaptation d'un roman de Christian Oster, mais je n'en sais pas plus. Comme autres réjouissances tricolores, j'aurais pu ajouter le prochain Mouret et le prochain... Honoré (pour ma part, quand même curieux parce que quand même quelque charme à Dans Paris et les chansons d'amour).

Bon, ensuite, l'hyperformalisme de Costa, c'est sûr mais j'y vois quand même pas mal d'échappées tant vers d'autres disciplines (peinture, poésie) que vers une interrogation inquiète sur la société contemporaine et la marche (déréglée) du monde. Sinon, Ed, toujours pas vu En construction, pas plus que Dans la chambre de Vanda, deux films que tu avais rapprochés et qui ont donc tout pour me plaire, a priori.

Le Varda, c'est juste un constat sur le format. Le film, j'en ai parlé dans les notes de Nightswimming. J'y reviendrais peut-être.

Sinon, Damien, serais-tu l'un des rares à avoir vu le Houellebecq ? En même temps, les seules défenses que j'en ai lues se trouvent sur des blogs (une fameuse gorgée de poison et les objets gentils), ce qui là encore relativise le jugement commun. Et je dois dire que si nous nous projetons un an en arrière, c'était un des films de 08 que j'attendais et qui promettait. Comme quoi...

Vincent. Je crois qu'aussi, à force de lire des classements, on finit toujours par tomber sur des titres qu'on a loupés, négligés et qui font, après coup, soudainement envie. On a beau dire, ici ou là, que l'année n'a pas été grandiose, qu'il sort trop de films, cette surabondance crée aussi une frustration. C'est très étrange comme impression. Sinon, j'avais effectivement vu "Primrose Hill" au printemps 07, ce qui m'avais permis de le faire figurer dans mon best of de l'année dernière. Et Clermont, cette année ? Nul doute qu'il y aura de bons titres, mais pour ma part, pas du tout sûr d'y aller...

Sur ce, rebonne année et bons films à vous tous.

philippe maurel a dit…

en parfait accord sur le 2 et le 3, mais pas encore vue le Costa; Du coup envie d'y aller s'il se trouve encore quelque part. Encore un classement parfaitement orchestré.
Philippe

asketoner a dit…

Très beau top cher Joachim. Et je suis ravi d'y trouver le minuscule et magnifique, mélodique et ouvert, Woman on the beach. (Et je regrette évidemment de n'avoir pas vu Lake Tahoe, mais ce genre d'erreurs se rattrapent.)
Je reste plus surpris par le Darjeeling (que je ne rapprocherai ni du Desplechin ni du Paul Thomas Anderson : je n'ai pas eu la sensation d'avoir été manipulé - mais j'y vois une douceur parfois trop mièvre, une conclusion banale, une somme de promesses non tenues, d'essais aussitôt avortés).
Quant au Houellebecq, si je l'ai défendu, ce n'est pas parce que je l'ai aimé (je trouve le film bête et indigent), mais parce qu'il était attaqué pour des raisons qui me semblaient malsaines. Je n'ai lu nulle part (sauf dans les inrocks) un article tentant de comprendre pourquoi le film était raté. Je n'ai lu qu'un enthousiasme de collégiens se payant la gueule du binoclard. Ce genre de 'bully' m'insupporte.
Après, bien sûr, il publie ses e-mails à BHL, et ça ne le rend pas très attachant. D'ailleurs, je me demande si l'année prochaine, on n'aura pas droit aux meilleurs sms de bégaudeau à ségolène.
Bonne année, qu'elle soit joyeuse, et pleine de découvertes exaltantes.
(Herzog est pour moi la meilleure nouvelle de ce début 2009 : un cinéaste vivant, singulier, et sans héritage.)

MAYDRICK a dit…

ET VOICI MON CLASSEMENT POUR 2008 :

1 - THERE WILL BE BLOOD Paul Thomas Anderson (Etats-Unis)
2 - NO COUNTRY FOR OLD MEN Joel Coen / Ethan Coen (Etats-Unis)
3 - JUNO Jason Reitman (Etats-Unis / Canada)
4 - TWO LOVERS James Gray (Etats-Unis)
5 - HUNGER Steve McQueen (Royaume-Uni / Irlande)
6 - INTO THE WILD Sean Penn (Etats-Unis)
7 - J’AI TOUJOURS VOULU ETRE UN GANGSTER Samuel Benchetrit (France)
8 - TEETH Mitchell Lichtenstein (Etats-Unis)
9 - LE PREMIER JOUR DU RESTE DE TA VIE Rémi Bezançon (France)
10 - JOSHUA George Ratliff (Etats-Unis)
11 - THE SAVAGES Tamara Jenkins (Etats-Unis)
12 - EN KARLEKSHISTORIA Roy Andersson (Suède)
13 - SUN TAAM Johnny To / Wai Ka-Fai (Hong Kong)
14 - SECRET DEFENSE Philippe Haïm (France)
15 - IL DIVO Paolo Sorrentino (Italie / France)
16 - REPRISE Joachim Trier (Norvège)
17 - FUNNY GAMES U.S. Michael Haneke (Etats-Unis / France / Royaume-Uni / Autriche / Allemagne / Italie)
18 - BE KIND REWIND Michel Gondry (Etats-Unis)
19 - THE DARJEELING LIMITED Wes Anderson (Etats-Unis) 20 - DER FREIE WILLE Matthias Glasner (Allemagne)

Je n'ai pris ici la peine de ne mentionner que les 20 premiers de mon classement. Ceux que cela intéresse peuvent découvrir les 251 films qui forment mon classement intégral sur mon blog à cette adresse :

http://maydrick.over-blog.com/article-26374818.html

A la prochaine.

Damien a dit…

Pour revenir sur le Houellebecq, en effet j'ai tenu à le voir, à cause du roman que je trouve magnifique. Pour moi, à part le choix de quelques paysages impressionnants, le film est absolument raté, dans ses intentions (pas toujours claires) comme dans sa forme finale (prétentieuse, ridicule, et surtout assommante). On dirait qu'il y a quelque chose d'un peu autiste chez Houellebecq, qu'il parvient dans l'écriture à transcender (aussi ses livres peuvent mieux que personne dire l'époque, une certaine mélancolie moderne, etc.) mais qui ne passe pas au cinéma.
Bien sûr, on peut le défendre comme "ofni", "grand film malade", etc. : je n'y vois que snobisme, ou, au mieux, aveuglement de fan.
Asketoner, je vous trouve bien naïf au sujet des Inrocks : ne voyez-vous pas la complaisance servile de ces gens prêts à toutes les bassesses pour ne pas fâcher le maître ? Houellebecq boycotte systématiquement les médias qui lui ont été ne serait-ce qu'une fois défavorables, alors il faut le ménager, afin que Bourmeau puisse encore obtenir l'interview exclusive (d'ailleurs, Houellebecq dans "Ennemis publics" renvoie l'ascenseur en citant plusieurs fois Bourmeau comme étant le seul critique à le comprendre, etc.)

asketoner a dit…

En réponse à Damien :
j'avoue, ça sent le copinage.
Ce que je voulais de dire, c'est que personne n'a essayé de savoir quel film Houellebecq aurait voulu faire, et que l'acharnement médiatique contre lui (un concert de ricanements) me semble suspect. A la même période sortait Faubourg 36 - je ne vois pas ce que La possibilité d'une île a de plus nul que Faubourg 36. Dans ces ricanements, on souligne surtout le trop-plein d'ambition de l'auteur. Mais l'ambition n'a jamais été le problème - le problème, c'est, me semble-t-il, le manque d'inspiration, de travail, de réflexion sur ce que pourrait être un film... Et je préfère ça (l'ambitieux qui échoue lamentablement), au petit tâcheron qui fait sa fiction familiale bien propre et agréée. Après, bien sûr, La possibilité d'une île, c'est un film de touriste friqué, c'est presque irregardable.

nicolas a dit…

asketoner : la somme d'"essais avortés", pour le anderson, c'est tout à fait ça et c'est immense et neuf, justement! après le film malade, voilà qu'on invente le grand film cabossé, un surplace bizarre, une série d'embrayages qui n'embrayent sur rien et font ressentir de manière incroyable (et purement cinématographique) une déprime, des trajectoires au point mort, c'est à la fois détourné et étonnement frontal, bref... top 10 bien mérité pour moi!

et puisqu'il semble que je l'ai oublié lors de mon dernier post, très bonne année à tous!

Damien a dit…

Asketoner :
le problème du film de Houellebecq n'est pas l'ambition en soi, mais le décalage entre cette ambition et le résultat : ça se voudrait une sorte de film contemplatif, de réflexion profonde sur l'avenir de l'espèce, et c'est juste un nanar mal fichu. Je suppose que l'acharnement contre lui vient surtout de la déception par rapport au roman, si subtil et si riche, et de la manière dont Houellebecq a trahi sa propre oeuvre.
A part ça, il ne m'est jamais venu à l'idée d'aller voir "Faubourg 36"... Autrement dit, on est assez d'accord finalement !

Joachim a dit…

Damien et Asketoner

Merci de cet échange. Pas lu "la possibilité d'une île" pour ma part même si j'admire beaucoup les autres romans de MH. Il me semble effectivement que son écriture est profondément solipsiste s'accorde mieux au face-à-face avec le lecteur qu'avec la dimension d'oeuvre et de travail collectif du cinéma. Peut-être ira-t-il un jour (si refaire des films le tente) vers des propositions aussi étonnantes que celles de Duras (ou Debord): à la fois très anti-cinématographiques mais en même temps dans la pureté du cinéma...

Nicolas

Je ne trouverais une meilleure défense du cinéma de Wes Anderson. J'ai de plus en plus de mal avec le "cinéma vignette", clos sur lui-même, mais Wes Anderson est bien l'exception qui confirme la règle : des segments autonomes qui sans réellement former une continuité respirent tout de même entre eux. Il y a beaucoup d'oxymores dans ce cinéma-là : un pessimisme joyeux, une exubérance discrète, au final une somme de ratages qui finit par dessiner une réussite paradoxale.

dasola a dit…

Bonjour, je n'avais pas lu jusqu'à présent ce palmarès très intéressant (et pointu). J'avoue que je n'avais absolument pas entendu parler de "En avant Jeunesse". Il n'a pa dû sortir dans beaucoup de salles et très longtemps. Ton billet donne envie. En tout cas bravo. Bonne journée.

Joachim a dit…

Chère Dasola
Ca fait plaisir de voir que deux mois après, il y a toujours des lecteurs pour ce billet. Concernant "En avant jeunesse", il était en sélection à Cannes en 2006, est passé sur Arte en février 2007 et enfin sorti dans quelques salles (et pas longtemps) en février 2008. Encore une fois, le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas du cinéma "facile" et plus d'un sont rebutés par la longueur de ses plans, mais en même temps, un film où on prend le temps d'écouter des chansons en entier, c'est toujours beau :

http://www.youtube.com/watch?v=blVH_p8GmtM

Pascale a dit…

Si j'avais su ça avant je t'aurais demandé de me fredonner Le matou revient !