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vendredi 26 septembre 2008

Les pyramides du futur


Esquisse d'Erich Kettelhut pour le décor de Metropolis (Fritz Lang 1927)



L'immeuble de la Tyrell Corporation dans Blade Runner (Ridley Scott 1982)


Tour Triangle, Paris, Porte de Versailles (Herzog et de Meuron architectes - prévu pour 2012)


Figure ô combien connotée sur le plan de la symbolique, le triangle est finalement peu fréquent en architecture. Et pour ne rien arranger, sa traduction tridimensionnelle, la pyramide ne paraî, de Khéops au Louvre, ne porter qu'une seule valeur : la mégalomanie du souverain. Après cela, qui oserait encore manipuler de telles figures géométriques ?

Et pourtant, le dernier projet d'Herzog et de Meuron, la première "tour" parisienne construite depuis plus de 30 ans (211 mètres soit un de plus que la tour Montparnasse) ose nous balancer en pleine face un pur équilatéral, qui, aucun doute, se trouvera moults surnoms. Proposons déjà : "Toblerone galak" et "Dark side of the moon". Les contributions restent ouvertes jusqu'en 2012, date (optimiste) de la livraison du bâtiment.

Mais on peut tout de même faire confiance à ces architectes qui n'ont pas leur pareil pour jouer avec la monumentalité. Car le triangle ne se présentera frontalement que suivant un seul point de vue : celui d'un conducteur sur le boulevard périphérique. Pour peu qu'il pleuve et fasse brumeux, avancer à allure modérée sur le ruban d'asphalte Porte de Versailles provoquera la même impression que l'approche du Tyrell Building (lui-même démarquage futuriste d'une autre pyramide mais tronquée) dans Blade Runner. Alors, d'un seul coup d'un seul, Paris rattraperait-il son retard en matière de bâtiments "provocants et bigger than life" (le dernier, c'était Beaubourg) ? Alors, Paris 2012 = Los Angeles 2019 ?

Là où la proposition d'Herzog et de Meuron est maligne, c'est qu'elle joue aussi sur un côté Janus. Effrontément monumentale du côté des infrastructures (ce qui dote le boulevard périphérique d'une plus-value: un outil de découverte de la ville) et nettement plus discrète du côté de la ville. Car, à l'échelle du trottoir, le bâtiment pourtant imposant, se la joue Walk like an egyptian et montre son profil le plus rachitique: tranche, totem voire simple aiguille qui monte vers le ciel.
Diffraction de la perception qui rappelle l'approche cubiste d'Erich Kettelhut et Fritz Lang pour définir la ville de Metropolis, ville qui jouait sur la saturation et la répétition des architectures pour générer un agrégat dont la cohérence n'anesthésiait pas l'effroi. Herzog et de Meuron ont le cubisme plus ludique et plus accueillant, mais quoi qu'il en soit, ces exemples n'attestent que d'un seul souhait pour les mois à venir : que le projet ne se noie pas sous les innombrables débats et procédures qu'il ne manquera pas de soulever. Car les tours à Paris (encore une fois, la seule grande ville qui s'en méfie avec un tel acharnement),  faudrait quand même pas s'en faire une montagne.

Bon, bon, je m'emballe... Si ça se trouve, ça pourrait aussi ressembler à ça... ou encore pire...

mercredi 23 avril 2008

Sous l'oeil de la loi

Quel beau cliffhanger que celui qui clôt la première saison de Weeds !
(Attention spoiler !)
Rappelons que cette série met en scène une mère de famille qui, à la suite de la mort de son mari, s’adonne à la revente de hasch et que dans les toutes dernières minutes du dernier épisode, elle paraît enfin avoir trouvé l’amour.

D’où cette toute dernière séquence muette, condensée et qui pourtant, à elle seule, déploie et relance toute la machine fictionnelle pour la saison à venir.

Réveil amoureux.
Erotisme discret des jambes dénudées et de ce corps qu’il faut réchauffer. Ah tiens, cette robe de chambre tombe à pic…
… sauf qu’elle paraît avoir le pouvoir de transformer celui qui la porte en méduse, tant il est vrai que la petite inscription DEA traduit l’appartenance de son propriétaire à la Brigade des Stups.

Et un tout dernier plan qui tient en un seul regard. Y verrait-on le remords d’avoir été pris au piège, la culpabilité enfouie ou l’embarras de celle qui avait cru échapper à la loi et la voit désormais fondre sur elle ? Pas si sûr, car la rétention des affects va ici de pair avec la suspension de la fiction (ne zappez pas jusqu’à la prochaine saison) et c’est ce qui donne tout son prix à la séquence, dont un autre plaisir immédiat reste évidemment celui de pouvoir scruter un visage sur lequel se bousculent beaucoup d’émotions contradictoires.

Quelque part, je ne peux pas m’empêcher de voir dans cette séquence une variation autour de cette autre séquence célébrissime où là aussi, une inscription malfaisante pour le personnage entraîne sa prise de conscience qu’il va devoir affronter la loi là encore au travers de la suspension et de la décomposition d’un regard…..

…. la décomposition d’un regard médusé.

Au-dessus: M le maudit (Fritz Lang 1932)
En-dessous: Tête de méduse (Caravage 1532-1600)