lundi 12 janvier 2009

Nostalgie, le meilleur des années 80


Certains se souviennent encore du nouveau Depeche Mode comme si c’était hier. Moi, cette période, c’est plutôt celle de mes débuts de cinéphile. Au risque d’aggraver mon cas…

Je me souviens donc :

-         Que la pub ciné pour Hit FM plagiait un plan d’Excalibur (John Boorman 1981) sauf qu’à la place de glaives sortant de l’eau, il s’agissait d’antennes de radio.

-         Avoir vu le même Excalibur à sa sortie au Gaumont les halles et n’en avoir gardé aucun souvenir, à part un autre plan où des vautours s’acharnent sur des yeux des pendus.

-         Avoir revu le même Excalibur, sept ou huit ans plus tard, en cours de français et n’en avoir gardé comme seul souvenir que les scènes d’amour (armures pour les garçons, nuisette pour les filles) que la prof passait pourtant en vitesse accélérée parce que soit disant « le film était trop long pour tenir les deux heures de cours ».

-         M’être aperçu, une certaine semaine que l’abréviation pour la carte familles nombreuses s’était transformée de « FN » à « Fa N » dans le Pariscope, sans doute pour éviter un malencontreux amalgame politique, mais que cette transformation n’avait pas été constatée dans l’Officiel des Spectacles.

-         Avoir vu Chambre avec vue (James Ivory 1985) au Triomphe (ex UGC du même nom sur les Champs Elysées) entre une salle qui passait Neuf semaines et demie (Adrian Lyne 1986)… et une autre  Emmanuelle (en quinzième année d’exploitation !) et avoir secrètement espéré des défaillances d’isolation acoustique entre ces salles.

-         Avoir longtemps cru que le « english subtitles » que l’on pouvait lire dans le Pariscope sous l’annonce des horaires et du titre « Emmanuelle » signifiait en fait « subtilités anglaises », terme que je m’imaginais être au corps ce que le « french kiss » est à la langue.

-          De Wim Wenders comme le seul invité ne riant pas aux blagues des Nuls sur le plateau de Nulle part ailleurs.

-         Avoir tout adoré sans y comprendre grand-chose aux Ailes du désir (Wim Wenders 1987), sauf la musique de Nick Cave, que je trouvais vraiment atroce.

-         Avoir attendu avec impatience la sortie de Bunker palace hôtel (Enki Bilal 1989) dont j’étais persuadé que ça allait être le meilleur film de 1989, et même l’un des meilleurs films de ma vie tout court.

De  De New York Stories (1988) que j'attendais comme ne pouvant être que le meilleur film du monde puisqu'il réunissait Coppola, Scorsese et Woody... et de mon refus de finalement le voir après les premiers retours (trop peur d'être déçu).


  - Avoir remarqué que le premier plan de Stalker (le film préféré de Jean-Louis Aubert, dixit une interview dans 7 à Paris) avait été plagié dans Bunker Palace Hôtel, ce qui fit nettement baisser la cote du film bilalien.

-         Avoir caché avoir vu deux films à mes copains cinéphiles d’alors, et vraiment pensé que s’ils savaient, c’était trop la honte pour moi (parce qu’en plus, j’avais aimé les films) : 37,2 et Robocop.

     Avoir voulu tenter de garder le même type de secret pour l’Aventure intérieure (Joe Dante 1987) jusqu'à ce qu’on en parle en cours de bio.

-         Avoir pensé : « mais qui va acheter ça ? » quand j’ai vu qu’il fallait débourser plus de mille francs pour obtenir à la Fnac la K7 VHS de Robocop en import.

    Avoir appris la mort de John Cassavetes dans une discussion de cour de lycée, et que j’ai fait semblant de savoir qui c’était.

-         De la vitrine de la Fnac où l’on pouvait encore acheter des extraits de films en super 8, et que les dits extraits se partageaient entre dessins animés, « morceaux de bravoure de faux classiques des familles » (Ben Hur, West side story, La mélodie du bonheur) et Emmanuelle 1 et 2.

-         De la pluie de poissons du Dernier combat (1983) et du père qui meurt dans le scaphandre en bois dans Le Grand Bleu (1988), les seuls moments à peu près poétiques dans toute l’œuvre de Luc Besson.

-        Que Patrick Bouchitey avait inventé la air guitar dans une scène de Lune froide (1990) où il mime un solo de Jimi Hendrix (Castle made of sand) face à la mer.

-        Qu’il avait fallu attendre six mois pour que Down by law (Jim Jarmusch 1986) ressorte… en version française et que la célèbre rengaine « I scream, you scream, we all scream for ice cream » avait été traduite par « je gueule, tu gueules, on gueule tous pour un gueuleton… » Six mois pour trouver ça, franchement….

-         M’être enthousiasmé pour des films qui ne sont pas passés à la postérité et dont j’ai beau chercher, je n’ai plus aucun souvenir : Domani Domani (Daniele Luchetti 1988), Longue vie à la signora (Ermanno Olmi 1987) et True Stories (David Byrne 1986) (mais celui-là, je l’ai revu depuis).



-         Que Le Guépard et Barry Lyndon ressortaient chacun alternativement, un été sur deux.

-         Avoir vu Longue vie à la signora le jour de sa sortie dans la salle 7 du Marignan Concorde Pathé, salle dont on disait déjà que l’écran avait la même taille qu’une télé. 

-        Avoir vu Jabberwocky (Terry Gilliam 1977) dans la salle 4 du Grand Pavois, plus petite qu’un home cinema.

-         De la lumière qui s’est rallumée dans la salle 2 du Grand Pavois, juste après la scène d’amour à plusieurs de Rusty James (Francis Ford Coppola 1983).

-         Avoir constaté, pour la première fois où je lisais Le Film Français, que j’avais vu Brazil (Terry Gilliam 1985) en 145 eme semaine d’exploitation à l’Epée de Bois.

-         Des dimanches après-midi du Denfert qui proposait à la suite M le maudit et Huit et demi (Federico Fellini).

-         Qu’Orange Mécanique passait le samedi après-midi au Studio Galande et le dimanche soir au Châtelet Victoria, crever d’envie de le voir durant mon adolescence, mais n’avoir jamais tenté le coup (trouillard !) alors que franchement…

-         De cinémas disparus où je n’ai jamais mis les pieds : la Boîte à films (75017) où l’on pouvait voir Faut trouver le joint (Cheech et Chong 1978) et des Templiers (75003) où l’on pouvait voir Apocalypse now, chacun des deux films sans doute en exploitation depuis leur sortie.

-         D’une file d’attente qui remplissait tout le hall de Beaubourg pour une projection d’Orange Mécanique en 1991 (là, je les avais mes 18 ans) et n’avoir pas progressé d’un millimètre dans cette file d’attente jusqu’au fatal « c’est complet ».

-         D’une expérience quasi similaire au même endroit, deux ans auparavant pour La strada, mais que comme le film était projeté sans sous-titres, beaucoup de gens sortaient de la salle, ce qui permettait d’y rentrer finalement et de découvrir le film en ayant raté le début et sans comprendre les dialogues.

-         Du Paltoquet (Michel Deville 1986) comme de mon premier film que je suis allé voir après en avoir lu une bonne critique dans Télérama.

-         De l’éloge de La lectrice (Michel Deville 1988) dans Télérama et, la semaine suivante, de la réaction outrée du même Télérama sur l’affiche du même film (où Miou-Miou montrait sa culotte avec en arrière-plan un texte caviardé de Sade). Jamais vu le film d'ailleurs.


-         Avoir loupé Mauvais sang à la séance du lundi 11h30 au Ciné Beaubourg les Halles (ex MK2 Beaubourg) à cause d’un foutu baby-sitting à la même heure.

-        Avoir vu sans absolument rien y comprendre, l’improbable Manuscrit trouvé à Saragosse (Wojciech Has  1965) à ces mêmes séances de midi où l’on pouvait aussi voir des films aux titres aussi étranges et attirants que Rencontre avec des hommes remarquables (Peter Brook 1979)-jamais vu- ou Chronique d’Anna Magdalena Bach (Straub et Huillet 1962), et vu depuis celui-là.

-         N’avoir pas osé dire que je m’étais ennuyé devant Bagdad Café (Percy Adlon 1988) et Le festin de Babette (Gabriel Axel 1988).

-         Avoir eu peur que la famille remarque que la VHS du Nom de la Rose paraissait un peu abîmée à force d’avoir été vue et revue, mais à un moment précis : la scène du dépucelage du moinillon par la sauvageonne.

-         Etre entré sans payer au Marignan Concorde Pathé pour Les maris, les femmes, les amants (Pascal Thomas 1988) et à l’UGC Biarritz pour L’amour est une grande aventure - Skin deep (Blake Edwards 1989)

-         Ne m’être fait jamais pincer quand j’ai fraudé au cinéma, tout comme quand j’ai chapardé des livres de poche. En revanche, pour les 33 tours…

-         Avoir remarqué que l’on pouvait très facilement passer de la salle 6 à la salle 7 des Sept Parnassiens, ce qui permettait de voir deux films pour le prix d’un, mais n’avoir jamais tenté le coup.

-         Etre entré sans payer dans la grande salle du Forum Horizon (la première dont l'entrée était à 50 francs) pour la ressortie en son THX de Lawrence d’Arabie (David Lean 1962).

-         Des sifflets dans la salle, quand, après l’entracte de Lawrence d’Arabie, on a eu droit à une pub avant la deuxième partie et que j’ai même entendu : « mais la pub au milieu des films, c’est pire qu’à la télé, ici ».

-         Des files d’attente dominicales du Kinopanorama qui faisaient le tour du pâté de maisons.

-         Avoir pensé « n’importe quoi » quand j’ai entendu sur TV6 que « nos parents avaient eu West Side Story et nous on aura Absolute Beginners (Julian Temple 1986) »

-           De la pire projection de ma vie, celle de l’interminable et gnan-gnan West Side Story, vu assis sur les marches du Kinopanorama.

-           De Michel Polac annonçant, à la grande joie de ses invités, sur le plateau de Libre et change (M6) que tous les romans de John Fante allaient être adaptés au cinéma. Bon, on a eu droit qu’à un apparemment académique Bandini (Dominique Deruddere 1989) alors que bordel, si Jarmusch ou Wenders s’étaient attelés à Mon chien Stupide ou Demande à la poussière, on en pleurerait encore…

-          N’avoir jamais avoir osé aborder M.au lycée parce qu’elle me faisait trop penser à Michelle Pfeiffer dans Les liaisons dangereuses (Stephen Frears 1989).


-           Avoir rêvé croiser Patrick Modiano prendre des notes devant la façade du Studio Bertrand qui lui ressemble tant, un cinéma  que je n’ai jamais vu en fonctionnement, mais qui a toujours gardé sa façade de cinéma...

mardi 6 janvier 2009

City express

Tout va trop vite et les villes deviennent des biens comme les autres, des biens à consommer le plus rapidement possible. Dans cette construction des représentations urbaines rapidement troussées, rapidement reçues, le cinéma y a aussi évidemment sa part. Disons simplement qu'il sait alterner les clichés et les images moins attendues tout en sachant parfois les balayer avec une désinvolture bienvenue.  

NEW YORK en 3 minutes 44 :


Manhattan (Woody Allen 1979)

L'électricité de la grosse pomme devient le carburant d'une ivresse musicale. La ville condensée à un swing, un mood.

Record battu !

ROME en 1 minute 34 :


Journal intime (Nanni Moretti 1994)

Tourniquet de façades ? Dérive situationniste dans la ville éternelle ? Divagation chrono-architecturale ? Somme toute, l'un des rares exemples où une ville connue et reconnue de tous est présentée sous sa face à la fois la plus proche et la plus inconnue de nous : celle du récit de l'architecture moderne.

Record battu !

PARIS en 1 minute :


French Kiss (court-métrage d'Antonin Peretjatko 2004)

Plus fort que le Louvre en 9 minutes 43 secondes (et sa vague déclinaison hispanique), le Paris expédié: celui qui ne nous intéresse plus de toute façon, celui des monuments et des commémorations, celui dont Jacques Chirac fut maire. Derrière tout cela, l'un des rares films français (le seul récent ?) qui brocarde notre beau pays, dans la joie et la bonne humeur. Si vous n'avez pas encore vu ce mix ébouriffé de calembours Vermot et de ludisme godardien, c'est là et là. Have a nice trip !

samedi 3 janvier 2009

Petite parenthèse pareidolique

Depuis que je vais sur ce blog et sur cet autre, j'ai non seulement appris un nouveau mot, mais je vois des visages partout.



ce visage vert, vu là...




J'y rajoute deux exemples plus saisissants dans des espaces que je n'ai malheureusement pas eu la chance d'expérimenter. 

A l'intérieur du Cloud Gate (sculpture d'Anish Kapoor - Millenium Park, Chicago 2004). Les infinis reflets de cette concavité paraissent aussi bien aspirer tout regard vers un nouveau nombril du monde à moins que son aspect de masque funéraire s'apparente à une déclinaison contemporaine de la vanité.

Et puis cet espace qui impose à chacun de dévisager cette figure somme toute assez effrayante, entre hydre, murène et raie manta, espace pourtant empreint de béatitude, puisqu'il s'agit de...
... la salle des audiences pontificales au Vatican (Pier Luigi Nervi architecte 1971). Alors, qui veut faire l'ange fait la bête ?

mercredi 31 décembre 2008

De 2008, il (me) restera ...

UN TOP 10,5 :

n°10 ex-aequo : Dans la ville de Sylvia (Jose Luis Guerrin) / Quatre nuits avec Anna (Jerzy Skolimowski)
Parce que ces deux films jumeaux (un été et un hiver ; un soleil et une lune de l’obsession amoureuse) sont avant tout de grands moments de pure mise en scène (certes, parfois aussi, un peu que ça, ce qui en fait quelque part leur limite et les empêche de transcender le « numéro d’auteur »).

n°9 : Home (Ursula Meier)
Parce qu’il n’y a pas besoin de filmer des scènes de danses pour réussir un film chorégraphié.

n°8 : Hunger (Steve Mc Queen)
Parce que la colère y devient palpable : on peut la saisir de ses mains, la ressentir comme un instinct.

n°7 : Le silence de Lorna (Luc et Jean-Pierre Dardenne)
Parce que quand le naturalisme dévie vers l’onirisme, la fable devient conte et le mélo de la plus belle eau.

n°6 : Lake Tahoe (Fernando Eimbcke)
Parce que son formalisme du segment filmé n’empêche finalement pas le film de respirer. Et parce que son orchestration des premiers et des seconds plans révèle aussi l’emboîtement de sentiments paradoxaux et initiatiques.

n° 5 : Woman on the beach (Hong Sang-Soo)
Parce que le film pourrait (devrait ?) s’appeler three lovers…

n°4 : Valse avec Bachir (Ari Folman)
Parce que sur des visages qui hésitent et sur une parole qui n’arrive pas à sortir, il faut dessiner les images qui manquent.

n°3 : A bord du Darjeeling limited (Wes Anderson)
Parce que Wes Anderson vaut mieux que l'infâmante appellation de cinéma playmobil... Parce que ce que partage une famille, c'est un certain déraillement de son imaginaire et de ses découvertes.

n°2 : Two lovers (James Gray)
Parce qu’il est déjà numéro 1 sur toutes les autres listes... Et aussi parce que c'est aujourd'hui, le 31 décembre 2008 que s'est envolé un avion entre New York et Los Angeles avec deux passagers manquants : Michelle et Leonard.

Et sur le trône du numéro 1 :


En avant jeunesse (Pedro Costa)

Parce qu’une fois prise les précautions d’usage pour s'y préparer (oui, c'est vrai, c'est bien le film le plus lent, le plus lugubre voire désespéré de l’année), dire que cela a été la plus puissante rencontre avec un cinéaste cette année. Bien davantage qu’un cinéaste d’ailleurs : un poète, un historien du temps présent, un peintre et un chamane. Au-delà de la ronde crépusculaire, au-delà de l'hybridation du documentaire et du cinéma plastique, la naissance sous nos yeux d'une allégorie concrète qui prend l'histoire immédiate à bras le corps pour se situer pourtant immédiatement au-delà des styles et du temps : dans le poème aussi bien que dans l'archive, dans le document comme dans l'incantation. Et puis un oeil qui traque, dans ces horizons bouchés, les infimes résidus de lueur pour les faire jaillir, tel un chimiste, en intenses précipités filmés où chaque plan, quand bien même soumis à la fixité absolue et à la lenteur radicale, révèle pourtant une incroyable dimension incantatoire.

TROIS FILMS VIRTUOSES MAIS...

Conte de Noël (Arnaud Desplechin), There will be blood (Paul Thomas Anderson), No country for old men (les frères Coen)

Finalement, je ne sais plus trop quoi penser de ces trois-là. De l'ambition et de l'indéniable virtuosité, c'est sûr, mais quelque chose qui finit par ne plus me toucher là-dedans (infiniment moins que les onze films cités au-dessus, même si certains ne sont pas exempts de maladresse). Mais précisément, quand bien même plusieurs de leurs moments me plaisent énormément, je pense avoir un problème de proximité avec ces trois films quand même hantés par une vision du cinéma purement rhétorique, presque de l'art pour l'art.

DEUX FACES-A-FACES

Celui entre Bobby Sands et le prêtre dans Hunger et le pile-ou-face entre Anton Chigurh et l’épicier (le seul qui s’en tire indemne) dans No country for old men.

TROIS PRIX D’INTERPRETATION

Meilleure performance d’acteur qui finit malheureusement par aspirer le film : Daniel « ne m’appelez plus jamais le meilleur acteur du monde, même si je fais tout pour » Day Lewis dans There will be blood.

Meilleure performance d’acteur qui fait un sort aux performances d’acteur : Robert Downey Jr dans Tonnerre sous les tropiques (Ben Stiller).

Meilleure performance d’acteur qui fait de ce dernier le véritable co-auteur du film : Samir Guesmi dans Andalucia (Alain Gomis).

PRIX SPECTRAL DU JURY

Meilleur film fantôme de l'année : Quatre nuits d’un rêveur (Robert Bresson 1971), dont je ne peux m’empêcher de trouver des traces dans Quatre nuits avec Anna et Dans la ville de Sylvia (ce qui n’est sans doute pas un hasard) mais également dans Two lovers (via les Nuits Blanches de Dostoïevski).

ET PUIS TOUT UN TAS D'ACCESSITS :

Meilleurs bâtiments vu dans un film : La citadelle de Beaufort (Joseph Ceddar) et la Cité des Vele dans Gomorra (Matteo Garrone)

Meilleur bâtiment qu’on espère retrouver un jour dans un film : ce musée d’Alvaro Siza qui ferait vraiment un bel écrin pour une poursuite.

Plus belle ville filmée : la périphérie de Marseille dans Grand Littoral de Valérie Jouve (2003). Paraît que Khamsa de Karim Dridi est tourné au même endroit, mais en-dessous des échangeurs et des voies rapides…. mais comme je ne l’ai pas vu… J’attends donc les DVD pour faire un splendide comparatif dessus-dessous.

Sinon Suzhou dans Cry me a river, court-métrage de Jia Zhang Ke, vu seulement partiellement dans cette exposition qui proposait d'autres étonnantes vidéos notamment un travelling en téléphérique et funiculaire à Shongqing.

Meilleur début de film : La première scène de Darjeeling limited… et la puissance picturale, architecturale et spatiale des premiers plans de Dernier Maquis (Rabah Ameur-Zaïmeche) et d’En avant jeunesse.

Meilleure fin de film : tout de même celle de Conte de Noël… et les explosions à la fin de Beaufort…

Meilleures (ou pires) fausses bonnes idées (dit autrement meilleurs films dont la bande-annonce est nettement meilleure que le film) : Seuls two (Eric et Ramzy) et Soyez sympa rembobinez (Michel Gondry)

Meilleur sujet plus fort que le film raté : Coluche, l’histoire d’un mec (Antoine de Caunes)

Meilleur film qu’on aurait quand même rallongé un petit peu : My magic (Eric Khoo…)

Meilleur courts-métrages rallongés en longs : Capitaine Achab (Philippe Ramos) et Rumba (Abel et Gordon)

Meilleur court-métrage vu cette année: Love you more de Sam Taylor-Wood (pour mémoire la chanson éponyme et BO du court)

Meilleure vidéo Youtube qui joue d'ailleurs sur les mêmes mécanismes de fixité, d'immobilité et d'esthétisme qu'En avant jeunesse, le meilleur film de l'année : celle-là, lugubre et funèbre de Sam Taylor Wood

Meilleure contribution improbable au gadget théorique de l'année, la "fiction Youtube" : Ben, la fiction "You tube", elle existait déjà, il y a 25 ans et avec mille fois moins de moyens, Eric Rohmer savait bien mieux filmer les soirées que dans Cloverfield.


Les nuits de la pleine lune (Eric Rohmer 1984)


Meilleur bonus DVD vu au cinéma : Les plages d’Agnès (Agnès Varda)

Meilleure émission de télé vue au cinéma : 20 minutes de bonheur (Oren Nataf et Isabelle Friedman)

Meilleur épisode de série vu au cinéma : Phénomènes (M. Night Shyamalan), en l'occurrence le chaînon manquant entre la série B et le pilote de série télé.

Meilleur film qu’on adorait à la télé mais qu’on n’est pas allé voir au cinéma parce que ça faisait trop peur : Sex and the city (Michael Patrick King)

Meilleur film pas vu en salle parce que c’est toujours complet, mais c’est pas grave, j’y retournerai demain : La vie moderne (Raymond Depardon)

Meilleur film pas vu en salle, mais c’est pas grave, il y en aura un nouveau du même auteur dans six mois : Mad detective (Johnnie To et Ka-Fai Wai)

Meilleur film pas vu en salle, mais c’est pas grave, il y en aura un nouveau du même auteur dans six jours et encore un suivant dans six mois : Christophe Colomb, l’énigme (Manoel de Oliveira)

Meilleurs films pas vus en salle, ce qui m’empêche de prendre part aux procès politiques de l’année : L’Echange (Clint Eastwood), grand film démocrate ou réac ? et Juno de Jason Reitman (l’enrobage de la comédie caramel ne servirait-il qu'à faire avaler une infâme pilule pro-life ?).

Naufrage de cinéaste autrefois aimé : Emir Kusturica pour ses deux tambouilles indignes de l’année.

Résurrection (relative) d’un cinéaste dont on n’attendait plus grand-chose : Ken Loach pour It’s a free world.

Meilleur cinéaste dont on attendait, il n'y a pas si longtemps, chacun de ses nouveaux films en tremblant et dont la sortie de l'opus de cette année est passée complètement inaperçue : Takeshi Kitano (pour Glory to the filmmaker).

Meilleur (mini) come-back : la fort brève reformation virtuelle de ces génies...

Meilleurs films que tout le monde aime mais moi mouaif : Eldorado (Bouli Lanners) et La zona (Rodrigo Pla)

Meilleur film que (presque) tout le monde aime et moi, ça me gêne pas de l’aimer : Entre les murs (Laurent Cantet)

Meilleur film que personne n'aime sauf la critique, et comme, je suis pas critique, ben non, j'aime pas : La frontière de l'aube (Philippe Garrel)

Meilleur film que pas grand-monde n’aime, mais moi si : La guerre selon Charlie Wilson (Mike Nichols)

Film le plus surestimé de l'année : La belle personne (Christophe Honoré)

Film le plus sous-estimé de l'année : Margot va au mariage (Noah Baumbach), tellement sous-estimé que sa sortie prévue en mars 08 a été annulée… alors même que le casting compte Jack Black et Nicole Kidman. Vraiment dommage parce que même s’il est moins réussi que Les Berkman se séparent (2005), le précédent de son auteur, il y a là un ton tout à fait étonnant, tchekhovien contemporain et cruel.

Meilleur comparatif en images pour critiquer le film le plus surestimé de l'année : Il n'y a qu'à voir comment ce simple extrait de Mean girls - Lolita malgré moi (Mark Waters 2004) en dit tellement plus que La belle personne dans son entier sur la façon dont une cour de récré (en l'occurrence, c'est à la cantine, mais ça fait le même office) fonctionne sur le même modèle qu'une cour aristocratique dont il faut acquérir les codes et voir aussi surtout comment, au détour d'un simple plan...

... il montre que derrière la topographie du lycée se dessine une nouvelle Carte de Tendre.

Meilleur titre de film pour résumer la situation du cinéma français, ou plutôt l’ultimatum qu’il a adressé via le club des 13 : Soit je meurs, soit je vais mieux (Laurence Ferreira Barbosa).

Meilleure raison d'aller mieux pour le cinéma français : En 2009, en plus des nouveaux Téchiné, Resnais et Claire Denis, on verra les premiers longs de Sophie Letourneur, Riad Sattouf et Joann Sfar. Can't wait...

LE POINT SUR L’ACTUALITE…

Meilleure raison de changer le titre de ce blog : lever toute ambiguïté car il pourrait faire croire à une incitation au travail dominical.

Meilleur rendez-vous manqué : Encore croisé Carax deux fois cette année (à Cannes et au métro Alexandre Dumas) et toujours autant la trouille de l’aborder… alors qu’il suffisait de lui dire merde.

Meilleure réplique pour expliquer la crise : "Plus la boîte où tu bosses est grande, plus l'appart' où tu vis est petit". Entendu dans Interior design (segment de Michel Gondry dans Tokyo!). Suivant l'idée reçue selon laquelle le Japon a 20 ans d'avance, nous savons à quoi nous attendre.

ET LE MOT DE CONCLUSION DE NOS DEUX HEROS HEXAGONAUX DE L'ANNEE...

- Pas mal tes 20 millions, mais si tu me les laisses les placer, je t’en promets 4,9 milliards.

-Hein ? »… (Jérôme Kerviel à Dany Boon)…

BON, NON, UNE CONCLUSION PAREILLE, C'EST QUAND MEME PAS POSSIBLE, CONCLUONS PLUTOT AVEC UNE REJOUISSANCE A VENIR

Meilleur film vu en 2008 et qui sera à coup sûr dans le top 2009 :

Ce cher mois d’août (Miguel Gomes) - Sortie le 17 juin 2009.

Plus j’y pense, plus j’y vois le manifeste du cinéma libre d’aujourd’hui, un cinéma qui ne pense pas qu’au cinéma, mais qui dit simplement que le cinéma, c’est ce qui rend la vie plus intéressante que le cinéma.

Sur ce, donc, bonne vie, bonne année et bon cinéma.

lundi 29 décembre 2008

Elégance masculine

Comme quoi, ils étaient faits pour s'accorder...


Les têtes : Il Divo, un groupe clinquant qui vise à décaper la classe à l'italienne.
Les jambes : Il Divo, un film clinquant qui vise à décaper la classe politique italienne. 

mardi 23 décembre 2008

2008, année des découvertes

Les films les plus marquants vus cette année ne portent pas le millésime 08. Plus troublant, ils éclairent même d'une autre lumière certains titres 2008.

Ainsi, en 2008, comme beaucoup, j'ai vu et aimé Two lovers, mais le vrai, le pur, le seul mélodrame amoureux, c'est La source thermale d'Akitsu (Kiju Yoshida 1962).
Grand film sur le serment amoureux vécu comme une contagion, le drame de Yoshida restera le plus intense et passionnel moment ciné de l'année. 
Comme le film de Gray, il tire sa force d'une certaine conjugaison de genres et de sensations contradictoires : la douceur de l'élégie (rarement vu la nature filmée avec autant d'éclat et d'incandescence) n'empêche pas de faire sourdre la puissance sismique du ravage sentimental. D'où une sorte de pièce poétique inédite: l'élégie tellurique. Et au-delà de la puissance d'incarnation, d'inoubliables et entêtants motifs picturaux : des changements de saison filmés comme de fascinants sortilèges plastiques ; l'insistance sur les figures de la grille (qui sépare et diffracte l'image des amants) et des fondus (qui au contraire, les rapproche tout en les diluant). Idée pour un prochain TP, une fois qu'on aura remis la main sur le DVD : résumer le film en cinq captures de fondus (tous plus beaux les uns que les autres ) et qui paraissent dessiner un territoire mental : les limbes des amants où plutôt le refuge que ceux qui se savent par avance condamnés, construisent par communion d'esprits.

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Ainsi, en 2008, comme certains, j'ai vu et aimé Darjeeling limited, mais le vrai, le pur, le seul divertissement mélancolique haut de gamme, stylé jusque dans le port de ses costumes et les coutures de ses malles de voyage, c'est Paper moon (Peter Bogdanovich 1973). 

Proximité tant de style que de thématiques (la filiation contrariée, le voyage initiatico-psychanalytique). En fait d'éloge détaillé, pas grand-chose à rajouter à celui-là. Et pour apporter de l'eau au moulin du voisinage des deux cinéastes, signalons simplement la bonne place du film de Bogdanovich (grand succès à l'époque de sa sortie, totalement oublié depuis) dans ce classement improbable et surtout ce dialogue entre pair et fils.

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Ainsi, en 2008, comme ceux appartenant à la confrérie, j'ai vu et aimé En avant jeunesse ! mais le vrai, le pur, le seul film sur la jeunesse qu'on ne parvient pas à arrêter, c'est Rysopis - signe particulier néant (Jerzy Skolimowski 1964). 

Film de fin d'études, mais plutôt étude de la jeunesse aussi bien comme sujet que comme objet. Plus que de livrer un autoportait bouillonnant, Skolimowski prend à bras le corps les contrariétés de son époque et de son pays pour faire véritablement de son présent, table rase.

Si Skolimowski ne se sent nulle part à sa place, c'est l'espace autour de lui qui s'en trouvera chamboulé. Virtuose dans son jeu sur la diffraction de l'espace (toujours trop restreints ou mal proportionnés, toujours animé de mouvements contradictoires), le film fait feu de tout bois et scénographies de chaque séquence, presque de chaque instant. Au bout du compte, l'impression de transformer l'impatience en carburant vital ou tout du moins en implacable mécanisme de survie contre l'oppression et l'ennui. Elan créatif qui se poursuivra de la plus belle des manières dans son film jumeau suivant: Walkower (1965), film chéri ici et chroniqué au tout début de ce blog.

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Enfin, comme beaucoup de ploucs cannois, en 2008, je n'ai pas eu envie de franchir La frontière de l'aube, mais le seul, le vrai, le pur film de Garrel où il jette magnifiquement du vinaigre sur ses plaies si soigneusement cultivées, c'est Elle a passé tant d'heures sous les sunlights (1985), vu quelques semaines auparavant.

"Plus embouti qu'abouti" (je ne sais pas de qui est la formule, mais je l'adore), ce Garrel qui mime le démoulage de rushs laisse entrevoir une passionnante réinvention de soi-même et de l'écriture filmique à la première personne. Film qui trouve son contraste et son intensité dans une suite de gammes filmées forcément inégales mais où la musicalité dissonante et la friction des moments entre eux apportent finalement un étrange apaisement, plus fort en tout cas qu'une illusoire harmonie. Rien n'est simple ni affectivement, ni professionnellement dans la vie de Garrel qu'il transpose à l'écran, mais ce qu'il en ressort, malgré tout, c'est un besoin vital d'expérimenter et de renouer avec l'innocence du regard avec finalement sa plus fidèle amie : sa caméra.   

Et puis, rendons grâce à ce film d'être l'un des rares (si ce n'est le seul) à avoir filmé le plus moderne et le plus secret (moderne et secret, deux adjectifs qui vont bien à Garrel) des monuments parisiens : le Mémorial des martyrs de la déportation (Georges-Henri Pingusson architecte 1962) ...

.... visité au cours d'une assez bouleversante séquence déjà évoquée lors d'un précédent post.