
Ça commence à la gare Montparnasse, « pôle d’échange multimodal où se croisent chaque jour près d’un million de voyageurs » et ça se termine sur les récifs de l’île d’Yeu, bords quasi déserts de l’ultime confetti de notre territoire. C’est Maine Océan, un film qui bat la campagne, mais bien mieux que ne l’ont jamais fait tous les candidats aux élections, car durant les quelques deux heures et dix minutes que dure ce film voyage, la France n’a jamais parue aussi bien regardée.
Car même si Maine Océan n’a pas l’ambition d’une fresque sociale, tous les personnages du film sont présentés par la pratique de leurs métiers (contrôleurs SNCF, avocats, pécheurs, danseurs, hôteliers…). Et c’est justement quand un contrôleur n’a plus envie de contrôler, quand un fonctionnaire n’a plus envie de fonctionner que s’embraye la mécanique de la comédie.
En cela, la traversée du territoire se double d’une traversée des apparences sociales, car chacun va peu à peu sortir de ses propres rails, de son rôle et de ses pratiques pour s'essayer une autre activité. Ainsi, l’avocate préfèrera plaider dans le train que d’attendre l’arrivée au palais de justice, le pêcheur de haute mer va s’improviser avocat le long d’une mémorable plaidoirie à la mode vendéenne et le contrôleur se rêvera, pour un moment, juste une fois, « le roi de la samba ».

Dans son naturel, dans sa nonchalance même, Maine Océan paraît même ne rien vouloir remettre directement en cause, et pourtant, il affirme la force d’une utopie : celle d’une société française qui aurait cultivé la libération de la parole, d’un pays qui poursuivrait le rêve commun de Jean Renoir et de Mai 68 : une société « où tout le monde parlerait avec tout le monde ».
1 commentaire:
"un film à l'image d'un pays idéal"... c'est bien dit... Un film dans lequel on aimerait habiter, ajouterai-je...
Rozier, Miossec, Gébé, rassemblés en un texte très pertinent sur l'un des 4 ou 5 films français que je préfère. Bravo.
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