jeudi 5 février 2009

Switch

Il y avait déjà eu cette inversion d'il y a quelques semaines, déjà pointée ici, entre ces deux films (celui de gauche pourrait avoir l'affiche de droite), mais ça ne marchait que dans un sens :


Mais ce matin, au dos d'un kiosque de Ménilmontant, le switch parfait : entre les deux affiches, on peut tout inverser (photos, titres, postures, attitudes) et ça donnerait exactement le même résultat :


Bon, comme la photo est vraiment de mauvaise qualité, j'en ai fabriqué une nouvelle avec la preuve de ce que je vous avance : 



Critico-blog


L'explication de ce schéma ésotérique... Evidemment, ne vous gênez pas pour critiquer, amender, rajouter, nuancer... si cela vous intéresse.

vendredi 30 janvier 2009

1984

1984, c'était il y a un siècle...

Le jour même de l'union sacrée syndicale, je découvre 2084...

... cet incunable de Chris Marker (et du groupe confédéral audiovisuel CFDT, qu'il ne faudrait pas négliger), étrange et mélancolique uchronie à mi chemin entre un certain deuil du cinéma militant (plus réformiste que révolutionnaire, disons), mais tout de même prophétique dans l'inquiétude qu'il distille : lucidité face à "l'hypothèse grise, l'hypothèse crise", inquiétude face au trop-plein d'images et de discours, comme inquiétude devant "ce qu'il reste à faire"... Film saut dans le temps dont la prise d'élan ne prend que plus de valeur aujourd'hui, par son inévitable dimension de futur antérieur. 

1984, c'était il y a 25 ans...

Un motif marque dans ce petit film, et que l'on retrouvera chez d'autres titres de Marker (Sans soleil 1983, Level five 1997) : celui du visage écran, impassible reflet de la technologie qui, par un doux vampirisme, y gagne un supplément d'âme. Penser qu'au même moment, on assistait à une autre confrontation entre un homme et une machine, mais elle, annoncée et regardée comme le messie.


Deux faces-à-faces de l'homme et de la technologie. Deux interrogations face au futur. Marker nous dit que nous avons un siècle de militantisme derrière nous, Steve Jobs quelques années d'avance devant nous. Deux façons de tout faire pour que 1984 ne ressemble pas à 1984.

vendredi 23 janvier 2009

Art urbain


Passage dans SLAT, la sculpture de Richard Serra érigée au lieu-dit du carrefour de la folie (?!) à l'arrière de la Défense.  Ou comment un château de cartes métalliques révèle finalement quelques surprises derrière ses angles saillants, angles saillants typique de l'architecture du quartier, d'ailleurs.

Nuri Bilge Ceylan, l'humanité en noir et blanc


En haut : Les trois singes (Nuri Bilge Ceylan 2008)
En bas: Ma destinée (Victor Hugo, plume et lavis, 1867)

Nuri Bilge Ceylan se prendrait-il pour Hugo ? Pas tant le poète et le romancier fresquiste que le dessinateur, habité par la même « sombre ampleur de poche » (chercher le lyrisme avec des moyens somme toute restreints) que le cinéaste turc. La palette de noirs et de sépias du dessinateur à la plume...

... renverrait-elle à la gamme de noirs numériques que Ceylan manierait avec un soin précautionneux, gageant que chacune des nuances chromatiques renverrait à une strate inavouable de l’âme humaine ? Car évoquer la figure d’Hugo, c’est aussi ramener le spectre de l’emphase qui paraît roder autour du cinéma de Ceylan. Celui-ci gagnerait-il en formalisme ce qu’il perd en humanisme ? « Grande forme pour petits êtres », « misanthropie en cinémascope ». Certains griefs commencent à surgir à propos d’un cinéaste jusqu’alors unanimement célébré.

C’est oublier que l’instabilité est au cœur de ce cinéma-là et qu’au-delà de la surcomposition des cadres, de leur propension à métaphoriser « les grands forces du Destin », il y a toujours un léger balancement, une forme d’ironie triviale et quotidienne qui empêche le récit de sombrer dans l’emphase.

Chez Ceylan, personne pour s’exclamer « levez-vous, orages désirés », quand bien même tout concorde à ce que l’orage couve… mais sans jamais éclater. Foin de romantisme échevelé qui verrait le poète se perdre dans les éléments déchaînés, il s’agit plutôt de peindre un face-à-face inquiet et disproportionné. Reste que film après film, une certaine proximité, celle aussi bien que le cinéaste cultivait par rapport à ses personnages que celle qui naissait entre ces derniers et le spectateur paraît s’évanouir. Couple des Climats (2005) pris dans la glaciation de ses sentiments. Cousins d’Uzak (2003) dans les mailles de l’apathie relationnelle. Le cinéma de Ceylan proposait le défi de s’identifier à ces binômes peu enviables, mais il est vrai qu’à chaque film, le lien paraissait un peu moins fort qu’à la rencontre précédente. Il faut sans doute remonter à Nuages de mai (1999, finalement, le film le plus attachant de son auteur) pour se souvenir d’une famille comme d’une myriade de destinées dérisoires et autonomes, où chacun gagne sa dignité en étant habité par une idée fixe (à la limite de l’autisme) qu’il s’agit d’éprouver, de renforcer. Et sans doute la plus belle séquence de tout le cinéma de Ceylan est-elle dans une longue séquence de ce film : une nuit de veille, où le fils (déjà cinéaste dans le film) entraîne sa famille traquer la lueur d’une clairière, récompense tant pour les personnages eux-mêmes que pour le film (la séquence nous vaut de savoureux croquis atmosphériques pris sur le vif). Et c’est peut-être cette légèreté qui, de film en film, paraît s’être évanouie. Les Trois Singes est sans doute un film d’une grande maîtrise, peut-être un grand film, mais tout de même un film difficile à aimer totalement, inconditionnellement.

Amusant tout de même de constater  qu’avant Nuages de mai, Nuri Bilge Ceylan avait déjà fait tourner ses parents dans son court-métrage Koza (1995), (visible ici) et que de toute sa filmographie, c’est peut-être le film finalement le plus proche des Trois singes : même figure d’une « famille prise dans la tempête »,  préférant vaciller sur le seuil que de s’engouffrer dans la tempête. Et sans doute aussi la même ambivalence de jugement à son égard : maîtrise et picturalité, tentation de l’emphase, des grandes orgues, des grands thèmes, tentation tout juste mise à distance par une vibration constante… quoiqu’un peu appuyée.

Bon allez, pour finir, un haïku pour la route.

 Après mes larmes -

 la plénitude

de mon souffle blanc

***

Images : Les Climats (Nuri Bilge Ceylan 2005)

Texte : Hashimoto Takako (1899 - 1963)


Blanc sur blanc pour les Climats, « noir c’est noir » pour les Trois Singes. Chez Ceylan, l’humanité est en noir et blanc, pas tant manichéenne, que sur la tangente, prête à verser d’un extrême à autre… 

mercredi 21 janvier 2009

Les Cahiers servent encore à quelque chose

A défaut d'abriter une "nouvelle Nouvelle Vague", ils ont peut-être débusqué la Nouvelle Star (trouvé ici -leur top vidéos 2008 si le lien ne marche pas - et pour ceux que ça intéresse, la page myspace de l'auteur compositeur).

Faiseur de miracles

L'Amérique sous Bush : recoller les morceaux sous l'ère de la dislocation et de la catastrophe. (Lost, 2004-2008)

L'Amérique sous Obama : rien ne se casse et ils marchent sur l'eau.
(crash indemne dans l'Hudson, 16 janvier 2009)

dimanche 18 janvier 2009

L'art est dans le métro




En arrivant à la station Assemblée Nationale, je me suis franchement demandé si ces quais n'abritaient pas une de ses nouvelles oeuvres (lui aurait-on laissé carte blanche sur 150 mètres carrés) ?

Renseignements pris, il ne s'agissait que du décollage d'une fresque sur la cinquième République (décoller la République, vous vous rendez compte, à moins qu'il ne s'agisse d'un coup d'Arnaud Montebourg, croisé quelques heures plus tard aux alentours). 

Quoi qu'il en soit, accordons-nous un petit moment d'archéologie inverse pour abriter ici quelques captures de cet éphémère lacérage plastique (qui peut aussi rappeler quelque peu l'oeuvre de ce peintre)... 




... oeuvre d'art involontaire et vouée à l'oubli puisque déjà recouverte.

En attendant, j'espère que vous serez tous d'accord avec cet hymne impeccable.

mardi 13 janvier 2009

Etats généraux de la presse écrite

Devant la gravité de la crise de la presse écrite, décision a été prise, tant par souci d'économie que de collectivisation des ressources matérielles et intellectuelles, de signer la paix entre les frères ennemis de la critique et de les faire fusionner en une seule et unique publication.



En attendant éventuellement les "Téléraminrocks" ou le "Figaronde" ?...

Photogramme : Les sièges de l'Alcazar (Luc Moullet 1989)

C'est marrant, je l'ai vu, il n'y a pas si longtemps ce film et j'avais déjà oublié cette image. Merci donc à S. qui me l'a faite parvenir, en guise de voeux.

Retour vers le futur


- Monsieur Parvulesco, quelle est votre plus grande ambition dans la vie ?
- Devenir immortel... et mourir.
(Jean Seberg et Jean-Pierre Melville dans A bout de souffle - Jean-Luc Godard 1959)

- Monsieur Berri, quelle est votre plus grande ambition dans la vie ?
- Ressusciter la VHS... et mourir.

Jusqu'au bout, le tycoon sera resté un homme des années 80.

Sinon, la CCGCS (confédération des critiques grincheux crachant dans la soupe) vous recommande ce lien.