dimanche 16 décembre 2007

Best (?) of

A une semaine d’intervalle, j’ai encore vécu l’expérience Une sale histoire (Jean Eustache 1979) : j’ai vu deux fois la même séquence dans deux films différents. La séquence, c’est quelqu’un regardant médusé sur une télé vintage 1973 le discours de Nixon annonçant la fin de la guerre du Vietnam. Les deux films, ce sont American Gangster et I’m not there. Effet pas si surprenant dans la mesure où les deux films s’affirment comme deux beaux spécimens de l’ « american compile », une suite de vignettes pas désagréables mais qui donnent toujours l’impression d’avoir été piochées ailleurs et reproduites avec un tel luxe de détails et de souci de vraisemblance que les véritables auteurs des deux films ne sont pas Ridley Scott et Todd Haynes, mais Arthur Max et Judy Becker les deux chargés du "production design".

Passons vite sur American Gangster qui s’adresse sciemment à un spectateur qui n’aurait vu ni Serpico, ni le Scarface de De Palma, ni les Affranchis, ni les Parrains, ni Deer Hunter, ni Shaft, ni même… Jackie Brown…. ni même Catch me if you can dont il reprend la structure narrative pour déboucher sur la même étrange (et filiale ?) complicité entre le chat et la souris.

Le cas d’ I’m not there est encore plus décevant, mais aussi plus intéressant. Voir Todd Haynes se livrer au « pastiche impeccable » n’est pas une surprise, mais Far from Heaven allait au-delà de la surface sirkienne pour explorer l’inconscient de la société américaine des années 50 (marrant de voir comme ce film comme Safe 1995, le grand film de Haynes, peuvent rétrospectivement se lire comme une sorte de pré-Desperate Housewives).

Ici, rien de dire qu’on ne dépasse jamais la surface des images tant Haynes se soumet au slogan de Velvet Goldmine (1998), pensant qu’il fera tout le travail : « la vérité d’un homme, c’est son image », slogan trop fier de sa warholitude pour être réinterrogé. Mais ça ne marchait déjà pas pour Bowie, alors pourquoi serait-il adapté à Dylan ? Oui, c’est sûr, Haynes (et Lachman son chef op) restent de bons illusionnistes qui n’ont pas leur pareil pour leur faire croire qu’ils savent (re)faire de belles archives et retrouver tel grain de 1974 ou tel dispositif d’interview d’ABC en 1966. Mais cela suffit-il pour traquer la vérité d’un personnage, même public ? Incroyable de voir le nombre de séquences ne consistant qu’en reconstitutions d’interviews, discours, autoanalyses d’un personnage si conscient de sa situation. Même plus du « cinéma filmé », mais de la « télé cinémascopée ». Finalement assez proche du piteux Ali de Michael Mann (réalisateur sans doute estimable, mais tellement rouleur de mécanique qu’il en devient suspect). C’est l’anti Control (Anton Corbijn) qui nous rendait Ian Curtis si proche parce que si loin du mythe, si inconscient de la révolution souterraine qu’il était en train d’accomplir.

Symptôme d’un film qui ne dépasse jamais ses intentions pourtant alléchantes : son prologue dans un noir et blanc qui évoque le film sur la créature de Roswell : dissection de Dylan, cet extra-terrestre, six acteurs… pour au final si peu d’incarnation. La véritable virtuosité ne réside pas dans ses changements d’acteurs, mais simplement de supports. Débauche d’efforts pour juste un "euréka !" de casting et quelques slogans de plus : « Je est un autre », « un artiste, c’est un phénix », « le véritable héritier d’une tradition doit savoir revêtir les oripeaux du traître et de l’imposteur ».

A quelques moments, I’m not there ébauche pourtant une direction trop vite abandonnée quand il s’attache à quelques (esquisses de) personnages de fans trahis par le passage de Dylan à l’électricité ou de croquignolets Black Panthers cherchant à tout prix quel sens politique donner aux paroles de Bob. Là, j’aurais aimé suivre celui qui a crié « Judas » et qu’il ne soit pas juste une voix dans la foule. Là, j’aurais aimé que le film s’attarde sur la façon dont les textes de Dylan, pourtant baignés d’une poésie parfois sibylline, rencontrent l’écho de toute une société, tout un pays, toute une époque, sans que son auteur l’ait consciemment cherché. Il y aurait sans doute un beau film à faire sur la façon dont certaines chansons tombent à pic dans nos vies, nous suivent qu’on en vient même parfois à leur en vouloir. Il ya aurait sans doute beaucoup à faire sur la force et l’ambivalence de certains refrains (au hasard totalement subjectif de Bashung, de Clash, de NTM ou de Dominique A) et sur les milliers de sens qu’on peut leur donner, un film qui n’est pas dans I’m not there, mais quelque part entre Nick Hornby et On connaît la chanson. Mais bon, là, je m’égare.
Quand Warhol avait filmé Dylan (ci-dessus), on avait déjà compris: le dernier endroit où il a envie d'être là (be there), c'est bien devant une caméra.

En somme, pour parler comme un sémiologue (mais c’est sans doute ce à quoi prétend aussi Haynes), un film bien trop du côté de l’émetteur (Dylan figure médiatique) et pas assez du récepteur (ceux qui écoutent Dylan). Peut-être l’inverse du Caïman de Moretti qui pour déconstruire le personnage public de Berlusconi choisissait sciemment le versant du discours tellement celui de l’image était vicié d’avance.

American Gangster et I’m not there, un film de studio et un film indépendant, un film qui réunit trois oscarisés et un autre toute la « experimental jet-set » (de Soderbergh à Gus van Sant en passant par Kim Gordon, ils sont tous au générique sauf Harmony Korine qui devait avoir piscine), mais finalement la même vanité, voire la même vacuité : des slogans en lieu et place de dramaturgie (celui d’ American Gangster, c’est « gangstérisme, stade suprême du capitalisme » et surtout beaucoup trop de compile et pas assez de DJ pour foutre le feu et fusionner ces morceaux épars récoltés ailleurs. Mais bon, il n’y a qu’un seul Tarantino.

vendredi 14 décembre 2007

Dream Team

Piqué sur ce blog hispanique (riche en belles listes), cette sélection asiatique à faire pâlir Thierry Frémaux.


Goal : Suwa
Défense : Bong Joon-Ho, Suzuki, Tsaï Ming Liang, Johnnie To
Milieu : Wang Bing, Jia Zhang-Ke, Hou-Hsiao-Hsien, Hong Sang-Soo
En pointe : Apichatpong et Kawase
Coach : Kiarostami.


Mon espagnol restant très limité, je suis loin d’avoir compris toutes les justifications, mais il y a des choix très judicieux comme d’autres évidemment plus discutables. De toute façon, une sélection, ça se fait et ça se refait à l’infini et puis chacun a deux, non trois métiers, le sien et critique de cinéma (Truffaut) ou plutôt, le sien, critique de cinéma et sélectionneur de son équipe.

Deux grands absents : Kitano (qui ferait un super coach en galvanisant bien comme il faut tous ces petits gars et saurait trouver les mots pour ceux, comme Kawase, qui se rendent parfois coupable d’un peu trop de tendresse) et Wong Kar Wai. J’ai bien peur que le sélectionneur n'ait pointé chez le réalisateur aux lunettes noires le syndrome Beckham : enfant prodige devenu enfant gâté, ultra doué mais trop ivre de sa propre starification au point d’en oublier lui-même ce qui faisait l’essence de son propre talent.

Suwa dans les buts. Normal, le gardien est toujours un atypique, mais très sûr de lui.

Excellents choix pour les joueurs de couloirs qui doivent conjuguer quantité de qualités a priori difficilement compatibles : polyvalents, solides, une vélocité dans les courses qui doit se combiner à la précision des centres, maestria et efficacité, infatigables et inspirés. Exactement le cinéma de Johnnie To et Bong Joon-Ho.

Bon Suzuki, je connais pas bien, mais dans la défense, il faut toujours un patriarche inamovible comme Baresi.

Tsaï Ming Liang en libéro : très bien aussi. Un temporisateur méthodique au sang plus que froid, mais toujours capable de se ménager un espace, même aussi étriqué qu’un trou dans un plancher, pour surprendre l’adversaire avec ses fantaisies personnelles.

Wang Bing et Jia Zhang-Ke en 6 et 7, aux deux postes d’organisateurs, c’est vraiment pour leur vision à la fois globale et très focalisée, leur lecture du jeu, leur capacité à deviner le placement de toute l’équipe (de toute la société). Logique de mettre Wang Bing plutôt vers la récupération arrière (la mémoire) et Jia-Zhang Ke pour réorienter le jeu vers l'avant (la nouvelle Chine qui s'éveille).

Dans le genre de ne pas y toucher, le n°8 Hong-Sang-Soo se pose là. Sans doute le joueur qui vendrait le moins de maillots, qui aurait le moins de fans, silhouette prosaïque et technique qui ne fait pas franchement rêver mais c’est toujours lui qui ferait toujours la passe décisive grâce à une faille touchante dévoilée chez l’adversaire. Derrière la carapace du joueur perso (voire narcissique disent ceux qui ne l’aiment pas), un vrai altruiste.

HHH en n°10, j’ai bien peur que son jeu ne soit devenu plus prévisible et qu’il fatigue un peu. En fait, il ferait un meneur de jeu à la Baggio époque Juve : capable de se faire totalement oublier pour mieux sortir une et une seule action qui fait basculer le match, le tout avec l’humilité non pas du travail bien fait mais du génie non ostentatoire. Il pourrait néanmoins être remplacé à la mi-temps par Im Sang-Soo (Une femme coréenne 2003) ou Lee Chang-Dong (Secret Sunshine 2007) dont le sens de la polyphonie et des relais demeure de précieux atouts de meneurs de jeu.

Finissons avec le duo de pointe Apichatpong / Kawase. Très beau choix qui fait la nique à tous les renards des surfaces et bourrins de la frappe. Ces deux-là, on les imagine inventer des tas de nouveaux gestes pendant lesquels le cours du match paraîtrait comme suspendu, comme des Panenka mais dans le cours du jeu ou des tirs en feuille morte que les adversaires regardent hypnotisés avant qu’ils ne viennent mourir dans la lucarne. Exactement comme le but de Thierry Henry contre l’Irlande en septembre 2005 et qu’à ma grande surprise, j’avais vu en direct dans un restaurant en Syrie (mais c’était le match du come-back de Zidane, ce qui explique sans doute sa diffusion dans un pays arabe) : moment complètement irréel, à la fois universel mais totalement imprégné d’une culture autre, dépaysant mais où chacun retrouve finalement ses repères, exactement comme les films d’Apichatpong et de Naomi.

Enfin pour tous ceux que ça intéresse, Arte a acquis les droits de retransmission des causeries d’avant et d’après-match du coach Kiarostami.

Enfin, le banc doit être fourni en jeunes pousses prometteuses et virevoltantes comme Katsuhito Ishii (The taste of tea 2004) encore un peu vert pour tenir tout un match, mais capable de prouesses sidérantes.

Voilà pour ma note « coming out footballistique ». Si j’en prévois d’autres, rassurez-vous, ce ne sera sans doute pas avant l’Euro 2008 (mais je ne parlerai évidemment que de l’architecture des stades, les architectes suisses constituant la dream-team de la discipline).

L'ordre (juste ?) est dans la rue

Punishment Park (Peter Watkins 1971) , hier à l’Action Ecoles….


… et Punishment Street, hier rue des Ecoles.

PS : Tiens, d’ailleurs Sarko s’est-il inspiré de Godard ("pas juste une image, mais une image juste") quand il répondait qu’il voulait juste de l’ordre quand Ségo proposait l’ordre juste ?

mercredi 12 décembre 2007

De la sincérité

Ce n'est pas parce qu'un cinéaste est sincère (ou le prétend) qu'il réalise des bons films. Cependant, c'est peut-être finalement la première question que l'on va toujours interroger au cinéma. Pour continuer mon exercice favori de rapprochement de films qui n'ont rien à voir sauf le fait de les avoir vus en même temps, confrontation prochaine d' Anatomie d'un rapport (Luc Moullet 1975) et My blueberry nights (Wong Kar Wai 2007), deux films où la maladresse rode mais où la sincérité suinte précieusement de l'écran.

Dans l'un on parle...

Dans l'autre, on plane...

Anatomie d’un rapport (Luc Moullet 1975) d’abord. Vu lundi soir dans de grindhousesques conditions de ciné-club (projecteur 16 mm au balcon, sautes et rayures, changement de bobine à mi-film, son grumeleux à souhait) qui, presque encore plus que le film lui-même, nous ramenaient directement en 1975. A un moment, Moullet sort une théorie comme quoi les westerns sont toujours plus intéressants vus vingt ans après et 32 ans plus tard, il n’est rien de dire qu’Anatomie d’un rapport tient sacrément le coup. Film donc hyper daté, mais également hyper actuel, en ces temps auto-fictionnels.

Là encore, beaucoup de voisinage avec des films plus ou moins jumeaux. Eustache au premier chef. La maman et la putain (1973) pour l’état des lieux sentimentaux après féminisme et libération sexuelle, mais peut-être encore plus Une sale histoire (1978) dans le dispositif de brouillage vrai / faux, joué / reconstitué, réel / scénarisé. Ce dont Moullet témoigne, c’est d’une invasion du discours et de la dialectique jusque dans la sphère intime et son rapport ambivalent à cet amas de mots : à la fois ce qui cimente son couple, mais en même temps l’empêche d’éprouver une complicité plus directe, intuitive voire instinctive. Paradoxalement, c’est le cinéma qui lui offre l’occasion de revenir à une relation plus simple, ne serait-ce qu’en dressant humblement l’autoportrait de son couple (comme Garrel, beaucoup de plans plus « blanc et noir » que « noir et blanc » toujours aussi beaux sur les visages).
Pour en revenir au dispositif même du film, disons que ce jeu permanent entre le premier et le second degré, entre le récité et le spontané, permet à la fois de très bien faire entendre les discours de l’époque et de révéler leur part de convention. Mise à plat des discours qui se révèle diablement efficace, 32 ans plus tard, et laisse le spectateur plus que libre face à ce fragment à la fois intime et sociétal capté en direct. Une façon d’être parfaitement honnête, parfaitement sincère tout en gardant un poil d’ironie salvatrice. Ça me rappelle aussi un peu Sophie Calle, même si je n’ai pas vu No sex last night (1996) et même si l’œuvre de la grande Sophie joue plus franchement la carte de la cruauté et du cynisme.


Le couple, ses rendez-vous manqués, sa disharmonie, son désynchronisme, ce sont aussi les grands thèmes de Wong Kar Wai. Ce n’est rien de dire que je n’attendais pas grand-chose de My blueberry nights et que… voyons voir… Oui, c’est vrai, c’est gnangnan, cliché et autocaricatural. C’est vrai que quand le film passera au prochain ciné-club de M6, on risquera de ne pas s’apercevoir de la coupure de pub. C’est vrai que Norah Jones et Jude Law sont bien gentils mais manquent de charisme. C’est vrai que le dialogue est rempli d’aphorismes à la noix qui m’ont évoqué une ancienne pub pour France 3 : « c’est plus difficile d’aller au bout de la rue que d’aller au bout du monde »… Et pourtant je refuse de considérer ce film comme raté, quand bien même, si je le regardais froidement, je ne trouverais pas grand intérêt à 90 % de ses moments. Serait-ce la jurisprudence Pola X (Leos Carax 1999) : quelques minutes tellement intenses qu’elles justifieraient à elles seules la vision du film, voire excuseraient même la déception devant l’ensemble ?
Car My Blueberry Nights surprend même au cœur de sa déception. Ainsi, alors qu’on fulmine de voir le premier road-movie statique (isomorphisme des lieux où les bars, les dinners et les casinos paraissent interchangeables), le premier road-movie dont le territoire américain est quasi absent (les quelques plans de route ont l’air de sortir de chutes publicitaires), on est tout à coup cueilli par l’un des plus beaux plans de paysage que l’on ait vu au cinéma, sauf que ce paysage-là… c’est le lit d’où émergent Nathalie Portman et Norah Jones.
Ça ne dure pas longtemps mais on a envie de ne retenir que ça. Et puis, ça suffit pour se dire que Wong Kar Wai reste imbattable dans les intérieurs, que même dans les grands espaces, il tient à conserver une part de la densité made in HK et que sans doute son cinéma tient en un oxymore : l’ampleur claustrophobique.
Plus tôt, dans le film, il y a eu un autre moment où tout a semblé s’arrêter, le film lui-même a paru vouloir se reposer de lui-même, de ses tics et qu’en baissant ainsi la garde, il parvient vraiment, profondément à toucher et que cela ne peut-être que l’œuvre d’un cinéaste qui croit vraiment profondément, sincèrement à ce qu’il filme. En fait, c’est lié à tout ce qui se passe dans le bar entre Rachel Weisz et David Strathairn, le frère du flic inconsolable de Chungking Express avec dix ans de plus. Car, pour filmer ce qui se passe entre eux, d’un coup, WKW retrouve, non pas une maestria mais une concision qui nous repose du ressassement de ses motifs. Quel usage des chansons, des regards, des gros plans sur les visages et surout des silences juste avant que la musique reparte.

Et puis, il y a ce moment où il menace son amour enfui. C’est un moment triste et joyeux, qui m’a fait penser au sentiment que procure cet autre film où les gens s’ennuient dans les bars…

La garçonnière (Billy Wilder 1960)


Et puis, quand Rachel Weisz relâche la porte et qu’on se demande s’il va son ex-mari va se servir de son flingue. Et la gamme de sentiments condensés par le son étouffé de la porte… alors qu’on attendait une détonation ! C’est aussi beau que cette autre séquence du film de Wilder où une détonation distille aussi bien l’inquiétude que le soulagement... et qui justement commence par quelqu'un qui court... comme dans un film de WKW.


Alors, oui bon c’est sûr, ensuite au niveau de la comédie romantique douce-amère, WKW doit encore prendre de sacrées leçons auprès de Billy Wilder, mais l’espace d’un film dans le film, il est parvenu à procurer une émotion qui (re)fait croire à des clichés, à faire ressurgir le passé de personnages silhouettes, à peine croisés mais qui émeuvent profondément. Comment parvenir à cela si ce n’est par une profonde sincérité ? Oui vraiment même si le mot est bateau, je n’en vois pas d’autres.

Y aurait-il un sens à rapprocher ces deux cinémas qui paraissent aux antipodes l’un de l’autre : le rustre et le sophistiqué ? Quel point commun trouver entre le cinéma dénudé (à tous les sens du terme) de Moullet et celui de WKW saturé de cosmétiques ? Peut-être simplement que l’un comme l’autre, peut-être de manière plus ou moins volontaire, osent finalement se confronter à la gaucherie (de style et de son propre personnage chez Moullet, de fond chez WKW avec son usage inconsidéré des clichés voire des fautes de goût) pour parvenir à transmettre une part de leur sincérité de cinéaste.

Sur Moullet, on peut lire ça, et ça et aussi ce Moulethon informel...

samedi 8 décembre 2007

Le silence de ces espaces infinis m'effraye

Renvois sans fin, cascades de réflexions, mises en abymes et effets « vache qui rit » à l’infini. On n’a jamais fini de s’amuser quand les miroirs se font face, comme ici devant les lavabos d’une grande entreprise (dont je tairais le nom).Tentative pas si simple que ça, puisque l’angle mort est réduit à sa portion congrue.
D’où cette question : mais où placer la caméra (sans compter tout le matériel d’éclairage et de prise de son) pour arriver à tourner un tel plan :

Signs and wonders (Jonathan Nossiter 2000)
Et puis, tiens, ça m'a fait revenir en mémoire ce portrait de Deleuze (j'ignore le nom du photographe, quelqu'un sait?) qui donne une petite idée du déploiement de sa pensée.

jeudi 6 décembre 2007

Nip / Tuck (intermède gore)

Surgeons must be very careful
When they take the knife !
Underneath their fine incisions
Stirs the Cuplrit
– Life !

Que très prudents soient les chirurgiens
Quand ils prennent le bistouri !
Sous leurs délicates incisions
Bouge la coupable – la Vie !


Film: Les yeux sans visage (Georges Franju 1960)
Poème: Quatrain (Emily Dickinson, entre 1858 et 1864)

Les insultes sont dans la rue

Encore une brève escapade en province (ici à Compiègne) où l'on n'a pas manqué de me rappeler mon statut d'habitant blasé de la capitale.

mercredi 5 décembre 2007

Qu’elle était verte ma banlieue !

Vu ce week-end à la Cinémathèque, le fleuron d’un sous-sous genre des sixties : le « film de blousons noirs » (aux USA, ce sont les films avec Elvis, en France, plutôt des documentaires) : Les Cœurs Verts (Edouard Luntz 1966). Un film qui m’en évoque beaucoup d’autres, mais pas les « films de banlieue » (De bruit et de fureur, Jean-Claude Brisseau 1989 ; La Haine, Mathieu Kassovitz 1995; Ma 6-T va crack-er, Jean-François Richet 1997) alors que certains prétendent qu’il en serait l’ancêtre.
Pour donner une idée de ce film inconnu réalisé par un cinéaste inconnu (en tout cas pour moi), tentative de description en forme de recette de cuisine : le trois-tiers cinématographique (à défaut du quatre-quarts).

- Un tiers de déambulations à la Rozier et Eustache du début (tendance Nouvelle Vague désinvolte). Dans un Paris que les « blousons noirs » voient, en sortant de la Santé, pour la première fois de jour puisqu’ils n’y allaient que la nuit. Des bouts de dialogue qu’on n’entend plus aujourd’hui. « c’est bath », « ça biche », « v’la les snobs de Neuilly », « y’a de l’embauche ?». Des acteurs sans doute proches de leurs rôles, mais manifestement intimidés par la caméra, ce qui donne un mélange de recherche de justesse et de théâtralité sans doute pas tout à fait voulue.

- Un tiers de description naturaliste et de tentative d’oratorio filmé sur la tristesse suburbaine (tendance L’Amour existe Maurice Pialat 1960). Un film qui enregistre la banlieue toute neuve sortir de terre ne peut pas être mauvais. En plus, on a droit au chantier du CNIT et aux débuts de la Défense qui apparaît plus que jamais comme une maquette posée sur la ligne d’horizon des terrains vagues et de la zone de Nanterre.
La part la plus précieusement documentaire du film se situe toujours dans les arrière-plans, au détour de séquences parfois convenues. Ce qui paraissait banal à l’époque se révèle étonnant aujourd’hui et parfois inversement. Ainsi, dans les trente glorieuses, on pouvait travailler sur un chantier en santiags et sans casque, manier des fers à béton sans gants et monter sur des toitures glissantes sans harnais. Mais que faisait l’inspection du travail ? Et puis au-delà du discours social attendu, au détour d’un plan, un parallèle spatial qui en dit long : quand le héros en liberté conditionnelle retrouve sa piaule à peine plus salubre et confortable que sa cellule de la Santé (mais au moins il y est tout seul).

- Et puis, un tiers de « comment tromper l’ennui » à base de poses à la Mods (Serge Bozon 2002). Mais à cette époque, il paraissait courant dans les grands ensembles flambant neuf de passer son après-midi le dos collé à un mur de brique ou à s’asseoir perché sur le haut des échafaudages comme les oiseaux sur les lignes à haute tension. D’où une quantité de plans statiques réglés comme des pochettes de 45 tours ou des dispositions de scopitones. Rappelons que le grand Serge est le compositeur de la BO composée d'impros jazzy et de l'instrumental de "Je t'aime moi non plus", invitation idéale pour danser le slove. A noter que la chanson étant datée de 1967 et le film de 1966, cela voudrait donc dire que les paroles ont mis un an à venir. Sujet d'étude pour les gainsbourologues.Et puis une séquence d’intrusion de nuit dans une piscine qui ressemble furieusement à celle de Kids (Larry Clark 1995) comme quoi, les moyens pour moins s’emmerder persistent d’une époque à l’autre. Comme quoi, toutes les modes se démodent, sauf celle du désœuvrement.
Peu importe si, au bout du compte, le tout est inférieur à la somme de ses parties, Les Cœurs verts paraissant justement bien porter la couleur de leur titre : pas aussi mûr et abouti que les références qu’il évoque (en tout cas chez moi), mais néanmoins attachant. Un film qui procure d’agréables impressions, mais pas celles escomptées : juste un charme au lieu d’un coup de poing, paradoxe d’un film sans doute perçu d’une incroyable justesse au moment de sa sortie alors qu’aujourd’hui, il paraît juste d’une plaisante artificialité.

lundi 3 décembre 2007

On entre dans le sixième mois

V. parvient encore à voir ses pieds, mais pour combien de temps encore ?

samedi 1 décembre 2007

www : world without web

En 1968, on se demandait comment communiquer avec un ordinateur.
Le seul inconvénient, c’était qu’il fallait tester plein de codes avant de trouver le bon.

Ou plutôt les bons, car comme l’atteste cette communication cérébrale réussie, c’était encore l’époque où cohabitaient deux standards (comme dans les années 80 VHS et Betacam) : COM et VEH.

Ce dernier suffixe tombera en désuétude aux alentours de 1979 établissant ainsi la suprématie du « dot com » comme seule et définitive formule magique des temps modernes.

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En 1981, il n’y avait pas besoin de You Tube pour regarder des vidéos de qualité déplorable.

Le seul inconvénient, c'était que le stockage prenait juste un tout petit peu plus de place.

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En 1982, il n’y avait pas besoin d’IMDB pour obtenir la filmographie ainsi que les renseignements professionnels sur son réalisateur favori d’un simple coup de clic (ou plutôt d’un simple coup sur son clavier).


Le seul inconvénient, c'était qu'il fallait bien préparer bien en avance l’Apple II avec une disquette en carton.

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En 1983, il n’y avait pas besoin de Meetic pour penser que la drague, c’est plus facile d’abord derrière un écran...
... avant de passer aux choses sérieuses en face à face si tout se passe bien.

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Et la même année dans le même film, il n’y avait pas besoin d’eMule pour télécharger... ... la dernière saison de Nip/Tuck.
Le seul inconvénient, c’était que cela exigeait de sacrées compétences de bricolage.
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Comment faisions-nous dans nos vies d'avant sans le Net ? Pour toute réponse, ces quelques anecdotes tirées de films visionnaires donnent, revues aujourd’hui, la saveur délicieuse du futur antérieur. Et une constatation de bon sens : le web était déjà présent dans nos têtes avant même de fonctionner, les comportements anticipant la technique.

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Dans l'ordre:

2001, l’odyssée de l’espace (Stanley Kubrick 1968)
Scanners (David Cronenberg 1981)
L’Etat des Choses (Wim Wenders 1982)
Videodrome (David Cronenberg 1983)