Passons vite sur American Gangster qui s’adresse sciemment à un spectateur qui n’aurait vu ni Serpico, ni le Scarface de De Palma, ni les Affranchis, ni les Parrains, ni Deer Hunter, ni Shaft, ni même… Jackie Brown…. ni même Catch me if you can dont il reprend la structure narrative pour déboucher sur la même étrange (et filiale ?) complicité entre le chat et la souris.
Le cas d’ I’m not there est encore plus décevant, mais aussi plus intéressant. Voir Todd Haynes se livrer au « pastiche impeccable » n’est pas une surprise, mais Far from Heaven allait au-delà de la surface sirkienne pour explorer l’inconscient de la société américaine des années 50 (marrant de voir comme ce film comme Safe 1995, le grand film de Haynes, peuvent rétrospectivement se lire comme une sorte de pré-Desperate Housewives).
Ici, rien de dire qu’on ne dépasse jamais la surface des images tant Haynes se soumet au slogan de Velvet Goldmine (1998), pensant qu’il fera tout le travail : « la vérité d’un homme, c’est son image », slogan trop fier de sa warholitude pour être réinterrogé. Mais ça ne marchait déjà pas pour Bowie, alors pourquoi serait-il adapté à Dylan ? Oui, c’est sûr, Haynes (et Lachman son chef op) restent de bons illusionnistes qui n’ont pas leur pareil pour leur faire croire qu’ils savent (re)faire de belles archives et retrouver tel grain de 1974 ou tel dispositif d’interview d’ABC en 1966. Mais cela suffit-il pour traquer la vérité d’un personnage, même public ? Incroyable de voir le nombre de séquences ne consistant qu’en reconstitutions d’interviews, discours, autoanalyses d’un personnage si conscient de sa situation. Même plus du « cinéma filmé », mais de la « télé cinémascopée ». Finalement assez proche du piteux Ali de Michael Mann (réalisateur sans doute estimable, mais tellement rouleur de mécanique qu’il en devient suspect). C’est l’anti Control (Anton Corbijn) qui nous rendait Ian Curtis si proche parce que si loin du mythe, si inconscient de la révolution souterraine qu’il était en train d’accomplir.
Symptôme d’un film qui ne dépasse jamais ses intentions pourtant alléchantes : son prologue dans un noir et blanc qui évoque le film sur la créature de Roswell : dissection de Dylan, cet extra-terrestre, six acteurs… pour au final si peu d’incarnation. La véritable virtuosité ne réside pas dans ses changements d’acteurs, mais simplement de supports. Débauche d’efforts pour juste un "euréka !" de casting et quelques slogans de plus : « Je est un autre », « un artiste, c’est un phénix », « le véritable héritier d’une tradition doit savoir revêtir les oripeaux du traître et de l’imposteur ».
A quelques moments, I’m not there ébauche pourtant une direction trop vite abandonnée quand il s’attache à quelques (esquisses de) personnages de fans trahis par le passage de Dylan à l’électricité ou de croquignolets Black Panthers cherchant à tout prix quel sens politique donner aux paroles de Bob. Là, j’aurais aimé suivre celui qui a crié « Judas » et qu’il ne soit pas juste une voix dans la foule. Là, j’aurais aimé que le film s’attarde sur la façon dont les textes de Dylan, pourtant baignés d’une poésie parfois sibylline, rencontrent l’écho de toute une société, tout un pays, toute une époque, sans que son auteur l’ait consciemment cherché. Il y aurait sans doute un beau film à faire sur la façon dont certaines chansons tombent à pic dans nos vies, nous suivent qu’on en vient même parfois à leur en vouloir. Il ya aurait sans doute beaucoup à faire sur la force et l’ambivalence de certains refrains (au hasard totalement subjectif de Bashung, de Clash, de NTM ou de Dominique A) et sur les milliers de sens qu’on peut leur donner, un film qui n’est pas dans I’m not there, mais quelque part entre Nick Hornby et On connaît la chanson. Mais bon, là, je m’égare.
En somme, pour parler comme un sémiologue (mais c’est sans doute ce à quoi prétend aussi Haynes), un film bien trop du côté de l’émetteur (Dylan figure médiatique) et pas assez du récepteur (ceux qui écoutent Dylan). Peut-être l’inverse du Caïman de Moretti qui pour déconstruire le personnage public de Berlusconi choisissait sciemment le versant du discours tellement celui de l’image était vicié d’avance.
American Gangster et I’m not there, un film de studio et un film indépendant, un film qui réunit trois oscarisés et un autre toute la « experimental jet-set » (de Soderbergh à Gus van Sant en passant par Kim Gordon, ils sont tous au générique sauf Harmony Korine qui devait avoir piscine), mais finalement la même vanité, voire la même vacuité : des slogans en lieu et place de dramaturgie (celui d’ American Gangster, c’est « gangstérisme, stade suprême du capitalisme » et surtout beaucoup trop de compile et pas assez de DJ pour foutre le feu et fusionner ces morceaux épars récoltés ailleurs. Mais bon, il n’y a qu’un seul Tarantino.






Tentative pas si simple que ça, puisque l’angle mort est réduit à sa portion congrue.




La part la plus précieusement documentaire du film se situe toujours dans les arrière-plans, au détour de séquences parfois convenues. Ce qui paraissait banal à l’époque se révèle étonnant aujourd’hui et parfois inversement. Ainsi, dans les trente glorieuses, on pouvait travailler sur un chantier en santiags et sans casque, manier des fers à béton sans gants et monter sur des toitures glissantes sans harnais. Mais que faisait l’inspection du travail ? Et puis au-delà du discours social attendu, au détour d’un plan, un parallèle spatial qui en dit long : quand le héros en liberté conditionnelle retrouve sa piaule à peine plus salubre et confortable que sa cellule de la Santé (mais au moins il y est tout seul).
Et puis une séquence d’intrusion de nuit dans une piscine qui ressemble furieusement à celle de Kids (Larry Clark 1995) comme quoi, les moyens pour moins s’emmerder persistent d’une époque à l’autre. Comme quoi, toutes les modes se démodent, sauf celle du désœuvrement.


... avant de passer aux choses sérieuses en face à face si tout se passe bien.
... la dernière saison de Nip/Tuck.
Le seul inconvénient, c’était que cela exigeait de sacrées compétences de bricolage.
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