Cette semaine, la France a connu deux scandales. Tout le monde connaît le premier. Personne ne se soucie du deuxième. Et tel Denis Robert, je suis en mesure de révéler que ces deux scandales sont liés.Le premier est celui du package Fouquet’s-Johnny trop bourré pour chanter à la Concorde-Falcon et yacht maltais. Le second n’a pas la même envergure, et n’offusquera personne. Ce n’est d’ailleurs même pas un scandale, mais plutôt une occasion ratée. Cette semaine est sortie une nouvelle édition DVD du Mépris (JLG 1963), et que n’y figure pas en bonus deux courts-métrages géniaux de Jacques Rozier Paparazzi , et Le parti des choses: Bardot Godard , sur les à-côtés du tournage et les approches à distance entre Godard, Bardot et l’œil des photographes de la presse de caniveau. Pour voir ces deux courts films de Rozier, il faut donc aller fouiner dans les bonus de l’édition Criterion zone 1 du chef d’œuvre (Contempt pour faire snob jusqu’au bout).
Ces deux évènements sont liés car ces deux courts films de Rozier démontent, vingt ans avant le Reporters (1981) de Depardon et avec infiniment plus de saveur et d’ironie, l’hypocrite jeu du chat et de la souris entre la star traquée et les traqueurs. Sarko comme Bardot sont « seuls » sur une île ou un bateau, « seuls » au milieu de l’océan face à l’horizon, sous le regard des hommes et des dieux, « seuls » mais pris au piège qu’ils ont, en partie, eux-mêmes organisés. Rozier démonte lui-même la supercherie (in Jacques Rozier, le funambule, Editions Cahiers du Cinéma, 2001) : « Il y avait beaucoup moins de paparazzi que prévu. Ce n’était pas la meute escomptée telle que Bardot l’avait connue à Rome. Il a donc fallu « fictionnaliser » un peu. Les paparazzi étaient d’ailleurs assez sympathiques. Je pense avoir filmé l’ambiguïté : Bardot était agacée, mais devaient bien sentir qu’ils étaient nécessaires à son statut de star ».Depuis le début de la semaine, d’éminents spécialistes se relaient pour nous expliquer le triomphe de « Sarko marque globale ». Pas besoin d’être un spécialiste du marketing pour constater comment, depuis cinq ans, il occupe tous les esprits, comment il est parvenu à sommer quarante millions de citoyens à se positionner avec lui ou contre lui. Pas besoin d’être un spécialiste pour voir comment une « erreur de com’ » devient un incroyable « coup de com’ », qu’il est le premier politique à réussir ce que seules Garbo ou Bardot ont réussi : obséder au point de faire parler le plus de lui en disparaissant, en se mettant « en retraite » du monde.
Une autre dépêche dans les journaux d’hier nous apprend que Brian Molko, le chanteur de Placebo a posé plainte contre « Voici », non pas tant pour « violation de la vie privée » (il laisse ça aux Royal – Hollande), mais parce que le cliché le montrant avec une poussette à la main dans les allées du zoo de Vincennes sonne horriblement hétéro-beauf et selon ses termes, « nuirait à son image de marginal ». En gros, il n’arrive pas à faire scandale. Ouaaaah ! La bonne blague ! Ça se dit rock star ambiguë, sulfureuse, magnétique, déviante, androgyne, trouble, bi, gothique, queer… et ça n’a même pas lu Oscar Wilde ! Ça ne sait même pas qu’ « il y a quelque chose de bien pire que l’on dise du mal de vous, c’est que l’on ne parle pas du tout de vous » (je cite de mémoire). Alors que le petit Nicolas, lui, il le sait très bien depuis qu’il a quatre ans. Sans même avoir eu besoin de lire le poète victorien, il préfère qu’on le déteste, plutôt qu’on l’oublie. Et en plus lui, Nicolas, il sait très bien qu’aujourd’hui, le seul marginal, le seul qui provoque le scandale dès qu’il apparaît, c’est le milliardaire.





Oan Kim est membre du collectif photo MYOP (porfolios visibles sur le site
L'une de mes photos préférées est une vieille photo, qui n'est pas dans l'expo. Elle s'intitule "Montagne" et donne une dimension tout à fait inattendue à un carrefour parisien que j'ai arpenté des milliers de fois.









Un générique, c’est une entrée en matière, un moment de transition qui permet d’acclimater l’esprit d’un spectateur à l’univers qui va se déployer sous ses yeux. Celui de Lost Highway (David Lynch 1997) ne prend pas de gants avec le spectateur. Accélération immédiate. Démarrage pied au plancher. On est en voiture, mais ça tangue comme sur un bateau. Slalom nocturne sur la ligne jaune. Les titres jaunes viennent du fond de la perspective et nous sautent à la figure. Sur la bande-son, Bowie hurle I’m deranged. Difficile de faire plus minimaliste et plus explicite en même temps. On sait tout de suite de quoi va traiter le film : une trajectoire borderline et aveuglée lancée à fond les ballons.
Que nous montre ce film ? Un passage dans un souterrain. Un travelling en voiture dans le tunnel du pont de l’Alma. Le dernier travelling de Lady Di. Sauf que là, nous sortons du tunnel. Le temps de reprendre sa respiration… et pof, on replonge déjà. Car le travelling recommence. En boucle. Un cauchemar dont on n’arrive pas à sortir. Mais cette boucle, en est-ce vraiment une ? Pas tout à fait. La vitesse n’est pas la même. Ça semble avoir accéléré. Et puis, comme chez Lynch, ça paraît divaguer aussi. Bande son à l’avenant : scie murmurée d’infrabasses. Et puis à y regarder de plus près, Ce n’est pas la seule résonance lynchienne. Car ce travelling n’a pas été tourné sur les lieux du fatal crash princier…. mais à l’intérieur d’une maquette. Les piliers sont en carton, la route en papier noir. La maquette est un modèle de réalisme et pourtant, cet hyperréalisme (trop propre, trop aseptisé) accroît le malaise.