Les câbles et les haubans du Brooklyn Bridge (toute première image dès la fin du générique) instillent le doute. Et si c’était Spiderman lui-même qui les avait installés ? En plus d’être l’ange gardien de Manhattan, le super héros araignée en est son arpenteur le plus abouti. Grattes Ciels devenus totems au sommet desquels il peut lancer ses rets. Façades Ray Ban qui reflètent son double maléfique. Toitures terrasses comme postes d’observation privilégiés. C’est sûr. Spiderman a trouvé en Manhattan son écrin majestueux. Bien que le film soit éminemment critiquable par son volontarisme scénaristique et son risque de saturation permanente, il démontre, au détour de trois séquences, un sens rare de l’architecture et de la matérialité de la ville.
Il me semble que depuis West Side Story (Robert Wise 1961), on n’avait pas vu autant de fois dans un film, New York filmé en plongée, procurant ainsi un vertige inversé, quasi démiurgique de voir ainsi la ville ramenée à l’état de jouet.
Il me semble que depuis West Side Story (Robert Wise 1961), on n’avait pas vu autant de fois dans un film, New York filmé en plongée, procurant ainsi un vertige inversé, quasi démiurgique de voir ainsi la ville ramenée à l’état de jouet.

Il y a ensuite la meilleure séquence du film, celle du sauvetage de Gwen menacée par une grue folle qui taillade un immeuble de bureaux, d’abord à l’horizontale puis enfin à la verticale. Drolatique éventration d’immeuble et mise à nu de l’architecture fonctionnaliste.


Mais peu d’immeubles restent indemnes des luttes spidermanesques. Dans cet épisode où le super héros révèle sa double peau, son épiderme maléfique, ses cicatrices, ses blessures, la ville qui lui sert de terrain de jeux se devait aussi de révéler ses propres blessures. D’où l’incroyable élégance et poésie des séquences de destruction de ce troisième volet, où le spectre du 11 septembre n’est évoqué que par réminiscences : la mégapoutre qui taillade l’immeuble de bureaux ou les vents de sable et de poussière qui s’engouffrent dans les rues corridors. Si Spiderman est finalement un être plus torturé que prévu, c’est qu’il évolue dans une ville qui elle aussi, depuis qu’elle a connu la catastrophe, est un agglomérat d’ « écorchés » (au sens médical du terme) de bâtiments.
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