samedi 26 mai 2007

Crépuscule sur Cannes

Voilà, Cannes c'est fini.
Vu 17 films (sur 22) de la sélection officielle et beaucoup d'autres très intéressants dans les sélections parallèles. J'y reviendrai plus en détail car après vous avoir fait profiter de "mes avis sur les films avant de les avoir vus", il est normal d'avoir l'avis après.


Pour ma part, dans la sélection officielle, deux grandes oeuvres: Paranoid Park de Gus van Sant, fascinant itinéraire moral en même temps que plongée dans l'imaginaire adolescent et (mais là je suis l'un des seuls fans) Lumière silencieuse (photo) de Carlos Reygadas, fascinant itinéraire moral en même temps que plongée dans l'imaginaire mystique. J'ai comme l'impression qu'aucun de ces deux films ne sera pourtant au palmarès.

D'ailleurs, difficile de faire des pronostics. Le film le plus "oecuménique", celui qui plaît le plus à plus de gens différents, c'est celui des Coen No country for old men. Bon film, bon retour en forme, mais en même temps pas une immense nouveauté. Et comme ils ont déjà été couverts de prix, la Palme risque de signifier une "Palme de plus".

Difficile aussi car beaucoup des "auteurs radicaux" dont on attendait monts et merveilles ont énormément déçu (Bela Tarr, Zviaguintsev) ou livré des films honnêtes mais mineurs dans leur oeuvre (Sokourov, Naomi Kawase).

Enfin, le snobisme est-il inscrit dans mes gênes? Je me pose la question, car trois des films les plus applaudis et appréciés sont ceux que j'ai vraiment le moins aimé: celui de Fatih Akin Auf der anderen seite, fiction bien-pensante à base de destins croisés de personnages porte-paroles ou symptomatiques de leur cause, le tout filmé assez platement. La belle énergie de Head on semble s'être évanouie. Et puis surtout, il y a les cas pathétiques de Tarantino et de Kusturica s'amusant à délayer leur cinéma dans tous les sens, dans la plus pure et la plus triviale gratuité.

Dans le palmarès, je guetterai un prix mineur mais significatif : celui du scénario. Car Frears reste tout de même celui qui a déniché Hanif Kureishi (My beautiful Laundrette) et Peter Morgan (The deal, The queen) et qui a filmé la meilleure adaptation des Liaisons Dangereuses, celle de Christopher Hampton. Il sait donc ce que veut dire un bon script. Jouera-t-il la sécurité en récompensant l'une des solides fictions américaines, ou ira-t-il vers des terrains moins balisés en saluant la subtile (quoiqu'un peu longue) mécanique psychologique de Secret Sunshine ou l'adaptation de bonne tenue (pour ma part une belle surprise) d' Une Vieille Maîtresse ? Ira-t-il même plus loin dans l'audace en primant la narration éclatée de Paranoid Park, film tourné sans scénario (au sens d'une continuité dialoguée), mais non sans structure dramatique ?

Enfin, il y a fort à parier qu'il n'a pas été insensible à 4 mois, 3 semaines et 2 jours (pas vu, mais tout le monde en dit du bien) et Persépolis, car ces deux films construits sur des destins individuels pris dans des situations politiques sont dotés de la même énergie, la même vivacité et la même vérité que My beautiful laundrette ou Sammy et Rosie s'envoient en l'air. C'est le quotidien des personnages qui révéle une situation politique. Tout le contraire de Auf der anderen seite où l'on part d'une situation politique abstraite sur laquelle on va plaquer le destin d'un personnage théorique. Soit en bonne place pour le palmarès, un réalisateur roumain inconnu, une auteur de BD et un réalisateur d'animation dont la renomée n'avait pas non plus percé au-delà des spécialistes. Qui a dit que Cannes était uniquement le royaume des auteurs consacrés ?

Dans quelques jours, plein de débriefings et de rapprochements entre des films qui, a priori, n'ont rien à voir, si ce n'est d'avoir été vus dans un temps rapproché.

2 commentaires:

Hyppogriffe a dit…

"(...) fort à parier qu'il n'a pas été insensible à 4 mois, 3 semaines et 2 jours (pas vu, mais tout le monde en dit du bien) et Persépolis, car ces deux films construits sur des destins individuels pris dans des situations politiques sont dotés de la même énergie, la même vivacité et la même vérité que(...)"

Je ne comprends pas comment on peut en arriver à écrire de telles âneries. Que sais-tu de l'énergie et de la vérité d'un film que tu n'as pas vu?

Joachim a dit…

Tu as raison. Idiot de parler des films avant de les avoir vus.... mais dans ce cas, il s'agissait plutôt d'une déduction et d'un voisinage somme toute assez prévisible entre ce film roumain (que j'ai fini par voir ce matin) et ceux de Frears (les premiers anglais et aussi Dirty Pretty Things). De toute façon, bientôt, des avis argumentés sur les films vus à Cannes.