mercredi 18 avril 2007

Jacques-Manoel de Olirivetteira

Ironique chassé-croisé qui sans doute ravit ses propres protagonistes.

Au moment où le dernier film Jacques Rivette prend des tournures très oliveiresques dans son approche des passions contraintes, de la représentation et du verbe filmé, c’est le cinéaste portugais qui reprend le flambeau du jeu de piste parisien avec Belle Toujours. Ce dont j’ai été frustré dans la rencontre annoncée entre « Balzac, grand écrivain de Paris » et « Rivette, grand cinéaste de Paris », c’est-à-dire tout simplement une approche de la ville au diapason des fantasmes sentimentaux des personnages, je l’ai trouvé dans le film d’Oliveira.

Evidemment, l’évidente filiation surréaliste de Belle Toujours ! Evidemment, son imprégnation de Nadja de Breton et du Paysan de Paris d’Aragon !

Au début du Pont du Nord (Jacques Rivette 1982), c’est Bulle Ogier qui ne parle qu’aux statues. Dans Belle Toujours, c’est le cheval de la statue de Jeanne d’Arc qui fait de l’œil à Piccoli. C’est fou toutes les confidences que recueillent les sculptures en plein air.

3 commentaires:

Martial a dit…

Joachim, je n'ai pas encore vu le film de Rivette, mais le film d'Oliveira filme effectivement la ville, ses statues, et l'errance d'un personnage de fiction.

Tres juste ce que tu dis sur le fait que le cheval fait de l'oeil a Piccoli. Le cheval a egalement des oeilleres. C'est ce qui fait aussi que cet "insert" de la monture devient tout a fait déroutant. C'est là aussi où le film dépasse pour moi, si c'est possible, le surréalisme de Bunuel. Pas de symbole qui amene a lire quelque chose de cette statue, selon un code, mais un detail qui fait valdinguer le regard du personnage, et nos reperes.

Il faudrait aussi parler de ce qu'il n'y a pas chez Rivette en general, et que Oliveira a montré de mieux en mieux: un Au dela du Bien et du Mal, dans une sincere croyance, un mysticisme qui n'a ici plus rien a voir avec un catholicisme portugais. Pas d'ironie surtout, de l'humour oui. Et, enfin, une serieuse droiture qui l'amene a pouvoir filmer dans "Belle Toujours" la chose la plus infilmable, la plus violente selon moi, un viol à l'etat pur.

Martial

Joachim a dit…

Martial

Effectivement, pas de jugement moral. On sent vraiment Piccoli et Oliveira sur la même longueur d'onde dans leurs farces et leurs pieds de nez (à la mort ?). En revanche, j'aurais un peu peur d'utiliser le mot "viol" à la légère et de disserter dessus, mais je crois qu'il y a effectivement quelque chose de l'idée de rentrer dans les fantasmes de l'autre sans le prévenir, et sans gêne moral. Le personnage de Piccoli rentre enfin, 40 ans après dans ceux de Sèverine. En cela, le film pourrait être un anti "Eyes Wide Shut".
Sinon, j'ai vu "Twist" à Pantin, qu'il me semble, tu as monté. J'ai trouvé ça assez beau, mais le sens du film m'a plutôt échappé. Peux-tu m'éclairer là-dessus ? Je vais faire un tour sur le site de la réalisatrice.

Joachim a dit…

Ah oui, et puis aussi, cette idée de rentrer dans la croyance de l'autre, c'est quand même un principe sur lequel sont basés "Céline et Julie..." et "Le Pont du Nord" de Rivette.