jeudi 23 octobre 2008

Oucipo (ouvroir de cinéma potentiel)

UN INVENTAIRE :

Si vous voulez réussir "le meilleur film actuel", Godard vous donne tous les ingrédients :

Bande annonce d'A bout de souffle (1959)

C'était six ans avant la fameuse recette fullerienne de Pierrot le fou (1965).
Sous l'influence des Mythologies (Roland Barthes 1957), Godard paraît préfigurer les listes de Pérec et les énumérations musicales de Vian.  Tous trois, en choeur, auraient d'ailleurs pu s'exclamer : "l'inventaire, c'est l'aventure". 

UN EPUISEMENT :

Il y a, ensuite (pièce sonore de Dominique Petitgand 1999)

Projetée dans le noir d'une salle de cinéma et sur un écran qui ne s'allumera jamais, ces pièces sonores évoquent un film absent, qui, au fur et à mesure des paroles égrénées, se mue en "film potentiel" qui prend corps dans l'imaginaire du spectateur.


UNE COMBINATOIRE :

Le grand mix des souvenirs. 
La méthode Cent mille milliards de poèmes - Raymond Queneau 1961 - (ou ici pour les travaux pratiques) appliquées à des vies à choix multiples.

video
Mon oncle d'Amérique (Alain Resnais 1980)

***

Trois façons de manier les contraintes sans oublier de rester ludiques. Des manipulations qui me rappellent l'Oulipo. D'ailleurs, j'apprends que l'Oucipo a réellement existé "mais en lui-même n'a jamais été très actif". C'est qu'il se cache dans les recoins d'autres films.

4 commentaires:

kaherk a dit…

tout ça me fait me rendre compte à quel point l'Oulipo, qui à l'époque de sa conception devait apparaître complètement gratuit, complètement a-temporel, apparaît aujourd'hui un fruit qui doit tout à son époque : l'énumération et la liste, parmi les figures qui le représentent le plus, sont des manifestations de l'importance des objets, de la numération, de la quantité, autant de choses qui résument et reflètent l'émerveillement/fascination/horreur qui a accompagné l'industrialisation et les 30 glorieuses, c'est à dire l'entrée dans la consommation.

Consommation, liste de courses, énumération : tout ça se rejoint, non ?

Joachim a dit…

Fort bien vu, cher Kaherk. J'ajouterais à ce voisinage thématico-artistique, le mouvement des Nouveaux Réalistes, en particulier les accumulations d'Arman. D'ailleurs, Week-end, par exemple, me semble un film irrigué aussi bien par l'Oulipo (les contraintes et coq-à-l'âne du récit) que par les Nouveaux Réalistes (la poésie, destruction de l'accumulation).

Damien a dit…

Je trouve cette hypothèse (celle de kaherk) séduisante à première vue, mais très discutable ensuite, pour deux raisons :
1)liste et énumération me semblent des figures propres à Perec beaucoup plus qu'à l'Oulipo : ce qui représente l'Oulipo c'est surtout la contrainte forte (le lipogramme par exemple) ou la combinatoire.
2)La liste n'est pas tant que ça typique de cette époque : l'auteur "listomane" par excellence, c'est quand même Rabelais.

Joachim a dit…

... Rabelais, un autre auteur de l'abondance.

Je ne suis pas un spécialiste, mais je crois savoir que la base de l'Oulipo était de faire se croiser les potentialités de la littérature avec celle des mathématiques et de l'informatique, d'où ce raccourci abusif que je me permets, à mon tour: l'Oulipo, une littérature de la croissance, croissance aussi bien au sens d'une époque de la ... qu'au sens de la croissance mathématique (séries, programmes, etc...).