mercredi 17 décembre 2008

Eternelles féminines

Prenant le relais de mes petits camarades (, et ), je transforme ce blog en chambre d'ado tapissée de posters de 20 actrices adorées. Pas tant des jugements sur des performances de jeu (et en essayant d'éviter les redites des précédentes listes), que plutôt 20 visages, 20 attitudes venues comme ça, sur le moment, et qui composent un puzzle fantasmatique... qui régalera peut-être quelque psychanalyste qui échouera un jour sur cette page.

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Les femmes enfants plus fortes que les adultes (Giulletta Masina dans La Strada - Federico Fellini 1954)


Les épouses, les mères et les muses (Gena Rowlands dans Gloria - John Cassavetes 1980)


Les mamans parfaites (Cate Blanchett dans La vie aquatique - Wes Anderson 2005)


Celle qui, dès le premier plan, nous dévisage sereinement quand on dit d'elle : "God, she's beautiful..." (Barbara Hershey dans Hannah et ses soeurs Woody Allen 1986)


Celle dont le "visage peut justifier la vie d'un homme" (Leonor Silveira dans Val AbrahamManoel de Oliveira 1993)


Celle qui collectionne les hommes (Haydée Politoff dans La collectionneuse - Eric Rohmer 1967)

L'étoile filante (disparue en 2005) toute en alternance de force et de fragilité révélant aussi bien la grandeur que la lâcheté des amants (Eun-ju Lee dans La vierge mise à nu par ses prétendants - Hong Sang Soo 2000)


Celle qui peut tout porter et qui porte plus d'un film sur ses épaules (Audrey Hepburn dans Voyage à deux - Stanley Donen 1967)


Celle trop âgée pour nous et dont l'élégance paraît venir d'un autre temps, presque d'un autre siècle (Eleonora Rossi Drago dans Eté violent - Valerio Zurlini 1959)


Dans la douceur des fins d'été, les sourires des filles d'Orouët, les cousines des philippines (les filles dans les films de Jacques Rozier)

Le canon qui devient tordante après avoir bu des canons (Kim Basinger dans Blind Date - Blake Edwards 1987)  - Bon souvenir de cette "Party au féminin" mais comme le film paraît un peu oublié... De toute façon, ceux qui n'ont pas eu 14 ans en 1987 ne peuvent pas comprendre... 


Celle qui sait prendre la lumière du Nord (Harriet Anderson dans Monika - Ingmar Bergman 1953)


Celle dont le regard ne se fânera jamais sous les lumières artificielles (Mireille Perrier dans Elle a passé tant d'heures sous les sunlights - Philippe Garrel 1983)


Celle qui cherche à nouveau la lumière mais pour qui les films sont désormais trop petits (Gloria Swanson dans Sunset Boulevard - Billy Wilder 1950)

La fille aux alumettes (Kati Outinen dans les films d'Aki Kaurismaki)

La femme aux pétards (Mary-Louise Parker dans la série Weeds - Jenji Kohan 2005-2008)


Celle qui bat les hommes sur leur propre terrain (Barbara Stanwyck dans Forty Guns -  Samuel Fuller 1957)


Celle qui ne se laisse pas faire par les hommes (Constance Towers dans The naked kiss - Samuel Fuller 1964)


Celle qui est aussi forte dans le monojambisme que dans le bijambisme (Rose Mc Gowan dans Planet Terror - Robert Rodriguez 2007)


Celle dont le diaphane visage de sainte est une promesse à la lévitation (Deborah Unger dans Crash - David Cronenberg 1996 et Signs and Wonders - Jonathan Nossiter 2000 ou ici dans White noise - Geoffrey Sax 2005 sans doute un fort mauvais film, nonobstant ce splendide photogramme). 

mardi 16 décembre 2008

Résistance passive

"Notre métier est aux antipodes de la société : on ne parle pas, on ne bouge pas, on ne produit rien. Mais on nous demande d'exprimer des sentiments, tel un performer."
Marie, 30 ans, modèle aux Beaux-Arts, en grève (citée dans Le Monde du 15 décembre : voir et là aussi).

"MODELES : L'important n'est pas ce qu'ils me montrent, mais ce qu'ils me cachent, et surtout ce qu'ils ne soupçonnent pas qui est en eux."
Robert Bresson (Notes sur le cinématographe 1975)

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Ce que Marie, 30 ans, "ne soupçonne pas en elle", c'est que ses deux seules phrases nous donnent la plus belle définition de la résistance à la vulgarité du monde : opposer l'expression à la productivité.

Photogrammes : Procès de Jeanne d'Arc (Robert Bresson 1962)

Merci à un vieil ami un peu perdu de vue, qui m'a fait découvrir ces propos en les mettant sur son profil Facebook (on s'est donc un peu perdu de vue dans le monde réel mais pas dans le monde virtuel).

Les grenouilles qui veulent se faire aussi grosses que le boeuf

Entendu à la radio, Philippe Haïm le réalisateur du sans doute nullissime Secret défense se gargariser du fait que "le cinéma français vivait une période faste et ne paraissait plus ridicule face au cinéma US". D'ailleurs, il en veut pour preuve qu'il n'a pas vu cette année de "Mesrine américain".
L'impression d'entendre Jérôme Kerviel donner une leçon d'arnaque à Bernard L. Madoff.

Du pain bénit pour les lacaniens ce nom: (the) mad off (the game), mad of... what ?... money ?... glory ?...

Transmis donc à Luc Besson, Matthieu Kassovitz, Jan Kounen, Guillaume Canet, Florent Emilio Siri et autres grenouilles qui veulent se faire plus grosse que le boeuf. Efforts bien vains que de vouloir concurrencer les Américains (enfin, certains Américains) sur leur propre terrain : celui de l'entourloupe disproportionnée. 

lundi 15 décembre 2008

A la dérive

Caméras embarquées qui manquent de passer par dessus bord à chaque coup de vent...


... mais au bout du compte, pour avoir su garder le pied marin et tenir la note....



... c'est bien le cinéma qui s'est dessalé. 

Extrait 1: Du côté d'Orouet (Jacques Rozier 1973)
Extrait 2: The national chante Gospel (Concert à emporter 2007)

Et puis si ça vous a plu, une autre bal(l)ade aquatique un petit peu plus calme mais non moins grâcieuse. 

vendredi 12 décembre 2008

Twice two lovers

Un adulte enfant un peu dérangé psychiquement qui vit l’amour par procuration en épiant sa voisine…

… et qui, quand l’amour se présente réellement à lui préfère mettre ses sentiments à l’épreuve de la tragédie.

Ça ne vous rappelle rien ?

Eh bien, non, il ne s’agit pas de Two lovers (James Gray 2008) mais de Bianca (Nanni Moretti 1984).

Entre les deux films, pas vraiment d'émotion comparable, mais un point commun tout de même : restituer l’ambivalence des méandres amoureux via des mélanges de genres a priori contre nature. Chez Gray, la short story new-yorkaise (à la Salinger) couplée avec l'ampleur opératique du mélodrame. Chez Moretti, un passage de relais entre satire, romance et suspense criminel où plutôt que de travailler le mixte des genres en filigrane, il s'agit plutôt d'assaisonner les trois humeurs de l'homme morettien (tant ses alter-egos fictionnels que le cinéaste lui-même) : tout en même temps rigolard, mélancolique et furieux. 

Sinon, pour d'autres voisinages avec le film de James Gray, voir la très belle note chez Ludovic.

jeudi 11 décembre 2008

Jeunes toujours

En passant, un bon anniversaire à nos deux aïeux préférés :
Manoel de Oliveira, cinéaste, né le 12 décembre 1908 : 100 ans dans quelques heures...

Oscar Niemeyer, architecte, né le 15 décembre 1907 : 101 ans dans quelques jours...

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Très intrigant, le titre du dernier projet d'Oliveira Singularités d'une jeune fille blonde, une relecture du blonde movie ?..

Le secret de leur longévité, c'est que chacun des deux est une moitié de dicton... Oliveira, c'est "bon pied" et Niemeyer "bon oeil"...

J'arrête là avec ces vannes à deux francs... Ils méritent mieux quand même ces deux artistes, mais j'ai pas pu m'en empêcher... Lisez plutôt de meilleurs hommages, ici et ...

mardi 9 décembre 2008

La note ou la vie


La vie comme symphonie qui ne prend son sens qu'à la toute dernière note: l'ultime. Serait-ce le sens de cette célébrissime séquence ?


L'homme qui en savait trop (Alfred Hitchcock 1956)

Quand la musique s’arrête, la vie s’arrête. A cet implacable théorème distillé par ce morceau de bravoure hitchcockien, on peut tendre en miroir une autre séquence plus souriante, ponctuée là aussi par les percussions de l'orchestre :



Il était une fois un merle chanteur (Otar Iosseliani 1970)

Une ouverture de film qui nous déroule un autre axiome que le morceau de bravoure hitchcockien : plus la vie va, plus la musique est là, présente comme résonnance aux plaisirs de la vie (et le film d’Iosseliani ne cesse de célébrer l’imbrication de ces trois formes d’hédonisme : la glande, la drague et l’art).

Chez Hitchcock, la grande forme : la symphonie comme marqueur du suspense….. Chez Iosseliani, l’ampleur orchestrale survient par la mixité de formes musicales plus modestes (la symphonie naît de l’imbrication des sonates et des impromptus), formes musicales où la discipline du groupe aura été précédée de l’échappée individuelle du soliste. Tous les deux s ‘attachent à la figure du percussionniste comme anti-virtuose (on n’est jamais allé à l’orchestre pour entendre un solo de tambours ou de percussions), mais là où le cymbalier d’Hitchcock n’est qu’une pièce consciencieuse de la mécanique de l’ensemble, celui d’Iosseliani est un fugueur qui manque de sécher ses obligations professionnelles. Celui d’Hitchcock est un employé modèle. Celui d’Iosseliani plus qu’un dilettante. Mais c’est précisément son goût du risque et de la flânerie, son appétence à vivre non pas « en musique » mais « dans la musique »  qui l’empêche de transformer son métier en routine. Arriver juste à temps pour effectuer son roulement, c’est peut-être le meilleur sort à faire pour les quelques notes de sa partition qui n’auront jamais pris autant de valeur.

Chez Hitchcock, il est des notes de musique comme des heures chez les Romains : Vulnerant omnes, ultima necat (toutes blessent, la dernière tue). Vivre, serait-ce repousser la dernière note ?

Chez Iosseliani, point de destin comme partition écrite à l’avance, mais une constante réinvention du moment. Les notes de musique sont comme les instants de grâce : d’autant plus belles qu’elles risquent ne pas avoir été jouées. Il faut un rien pour que les moments de grâce s’évanouissent, pour que la musique parte de travers. Et cette somme de petits riens, le film d’Iosseliani l’esquive constamment. Chez Hitchcock, la note tue. Chez Iosseliani, vivre, c’est partir à la quête de la note juste…

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Et puis l'art de la ronde et de la charade chez Iosseliani comme cette façon de privilégier le sans-grade de l'orchestre me rappelle ce célébrissime dessin de Sempé où lors des applaudissements, le chef d'orchestre salue le pianiste qui salue le premier violon qui salue ses accompagnateurs et ainsi de suite jusqu'au triangle, sommet de cette pyramide inversée. De l'art de renverser (en douceur) les hiérarchies.

vendredi 5 décembre 2008

L'illusion réelle

Des béances circulaires dans un bâtiment reprises....
... de Gordon Matta-Clark (extrait de Conical Intersect - 1975)
+
Un effet spécial repris de....

... L'homme à la caméra (Dziga Vertov 1929)
=
Turning the place (Richard Wilson 2007) 

Ou comment transformer l'illusion en littéral... (cf le making of)

mercredi 3 décembre 2008

Blasphème...

... que de les rapprocher ces deux-là (plutôt ces trois-là en l'occurrence) ?



Trop tôt , trop tard (Jean-Marie Straub et Danièle Huillet 1982)



C'était un rendez-vous (Claude Lelouch 1976)

Deux plans-séquences comme deux performances (celle sportive de Lelouch, celle à montrer dans une galerie pour les Straub). Deux moments d'hypnose et d'ennui. Deux "time capsules sur un Paris irréel". J'adore chercher des détails sur l'ambiance d'une Bastille que je n'ai pas connue: celle sans l'infâme Opéra et chez Lelouch, voir au bout de l'asphalte, ce Paris endormi et désert se mouvoir comme un décor de théâtre. Deux "mises en crise" du cinéma où le regard du cinéaste paraît disparaître derrière la production automatique d'images proches de celles d'autres médiums : caméra de surveillance ou jeu vidéo.

Deux prises de risques tout de même. Prise de risque littérale pour Lelouch prêt à sacrifier son permis moto pour l'amour du cinéma. Prise de risque plus conceptuelle pour les Straub, une sorte de "saut dans le vide" esthétique, un plan littéralement vidé de toute figuration, voire un monochrome filmé.  

En apparence, au vu des ces deux séquences, les Straub tournent en rond et Lelouch va tout droit. L'exact contraire des avis émis sur leurs parcours respectifs, fort de près de 50 ans de cinéma. Malgré des élans sincères, la filmographie de Lelouch s'enferre dans ses tics et s'englue dans le surplace tandis que celle des Straub progresse en creusant un même sillon rectiligne et franc. L'un bégaye. Les autres persévèrent.

De fait, ce que filment les Straub, c'est littéralement un mouvement de révolution, au sens géométrique du terme, mouvement par essence en déséquilibre, en  tension vers l'aspiration de sa propre ivresse : vers le vertige ou la faillite ? Circonvolutions qui semblent épouser la forme même d'une question sans réponse (tourner autour d'un "modèle inaccessible", en l'occurrence celui de la Révolution Française analysée par Engels, le saisir sous toutes ses faces sans jamais parvenir à l'épuiser). 

Quand le plan de Lelouch ne parle que de son assertion (arriver d'un point A à un point B sans surprise et sans encombre), ce que filment les Straub, c'est l'interrogation.

Merci à GM pour l'extrait des Straub et à Doc Orlof pour avoir suggéré le rapprochement (impie?). 

mardi 2 décembre 2008

Que faire de ses dix doigts ?

Figure 1 : le créateur: inventer des formes et des histoires...

Figure 2 : le critique :  inventer des mots et des discours...

Pour ceux que les nouveaux habits de la critique intéressent, rendez-vous donc ce vendredi 18 h au Centre Pompidou...