





















Un adulte enfant un peu dérangé psychiquement qui vit l’amour par procuration en épiant sa voisine…
… et qui, quand l’amour se présente réellement à lui préfère mettre ses sentiments à l’épreuve de la tragédie.
Ça ne vous rappelle rien ?
Eh bien, non, il ne s’agit pas de Two lovers (James Gray 2008) mais de Bianca (Nanni Moretti 1984).
Entre les deux films, pas vraiment d'émotion comparable, mais un point commun tout de même : restituer l’ambivalence des méandres amoureux via des mélanges de genres a priori contre nature. Chez Gray, la short story new-yorkaise (à la Salinger) couplée avec l'ampleur opératique du mélodrame. Chez Moretti, un passage de relais entre satire, romance et suspense criminel où plutôt que de travailler le mixte des genres en filigrane, il s'agit plutôt d'assaisonner les trois humeurs de l'homme morettien (tant ses alter-egos fictionnels que le cinéaste lui-même) : tout en même temps rigolard, mélancolique et furieux.
Sinon, pour d'autres voisinages avec le film de James Gray, voir la très belle note chez Ludovic.


Quand la musique s’arrête, la vie s’arrête. A cet implacable théorème distillé par ce morceau de bravoure hitchcockien, on peut tendre en miroir une autre séquence plus souriante, ponctuée là aussi par les percussions de l'orchestre :
Chez Hitchcock, la grande forme : la symphonie comme marqueur du suspense….. Chez Iosseliani, l’ampleur orchestrale survient par la mixité de formes musicales plus modestes (la symphonie naît de l’imbrication des sonates et des impromptus), formes musicales où la discipline du groupe aura été précédée de l’échappée individuelle du soliste. Tous les deux s ‘attachent à la figure du percussionniste comme anti-virtuose (on n’est jamais allé à l’orchestre pour entendre un solo de tambours ou de percussions), mais là où le cymbalier d’Hitchcock n’est qu’une pièce consciencieuse de la mécanique de l’ensemble, celui d’Iosseliani est un fugueur qui manque de sécher ses obligations professionnelles. Celui d’Hitchcock est un employé modèle. Celui d’Iosseliani plus qu’un dilettante. Mais c’est précisément son goût du risque et de la flânerie, son appétence à vivre non pas « en musique » mais « dans la musique » qui l’empêche de transformer son métier en routine. Arriver juste à temps pour effectuer son roulement, c’est peut-être le meilleur sort à faire pour les quelques notes de sa partition qui n’auront jamais pris autant de valeur.
Chez Hitchcock, il est des notes de musique comme des heures chez les Romains : Vulnerant omnes, ultima necat (toutes blessent, la dernière tue). Vivre, serait-ce repousser la dernière note ?
Chez Iosseliani, point de destin comme partition écrite à l’avance, mais une constante réinvention du moment. Les notes de musique sont comme les instants de grâce : d’autant plus belles qu’elles risquent ne pas avoir été jouées. Il faut un rien pour que les moments de grâce s’évanouissent, pour que la musique parte de travers. Et cette somme de petits riens, le film d’Iosseliani l’esquive constamment. Chez Hitchcock, la note tue. Chez Iosseliani, vivre, c’est partir à la quête de la note juste…
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Et puis l'art de la ronde et de la charade chez Iosseliani comme cette façon de privilégier le sans-grade de l'orchestre me rappelle ce célébrissime dessin de Sempé où lors des applaudissements, le chef d'orchestre salue le pianiste qui salue le premier violon qui salue ses accompagnateurs et ainsi de suite jusqu'au triangle, sommet de cette pyramide inversée. De l'art de renverser (en douceur) les hiérarchies.

Figure 1 : le créateur: inventer des formes et des histoires...
Figure 2 : le critique : inventer des mots et des discours...