vendredi 6 février 2009

Jeudi dernier, on a aussi manifesté...



... à Prague et pour de l'architecture ! Pour en fait débloquer le projet de la Bibliothèque Nationale bloqué depuis plus de deux ans. A l'occasion de cette nouvelle, j'apprends que le concepteur du projet controversé, Jan Kaplicky, tête pensante de Future Systems a disparu, depuis trois semaines déjà.

Apparemment, ce projet dénommé "la pieuvre" (j'aurais dit le bonnet phrygien) pose "blobem" :

... et apparemment les polémiques qu'il suscite dans la ville de Kafka font passer celles que nous avons vécues avec la pyramide du Louvre pour de la rigolade.

Prises de bec révélatrices de la réception d'une production architecturale toute en blobs et en formes organiques (officiellement inspirées par les réseaux de l'araignée, les ailes de papillon ou les écailles de poisson mais dont les sous-entendus sexuels ne parlent pas qu'aux esprits mal tournés) qui, pour ma part, me faisait ricaner comme un ado pendant mes études d'archi. Et puis, petit à petit, perversion ou pas, j'ai vraiment fini par prendre goût à leurs propositions décomplexées, qui apportaient une fraîcheur bienvenue et insolente dans cette discipline parfois précautionneuse.

Pour comprendre l'esprit Future Systems, il faut regarder cette image. 

Où se cache leur oeuvre ? Au milieu à droite de l'image (il s'agit d'un centre commercial à la façade en boutons argentés à Birmingham). Le bâtiment n'occupe que 10% de l'image, mais il forme surtout avce la pub sur le bus et la tour de bureaux années 60 en fond de perspective, un ensemble cohérent et éphémère qui transforme la ville en séduisant puzzle pop.  C'est surtout cela que j'apprécie chez Future Systems : la capacité à rebondir sur l'environnement contemporain et à ne pas s'effrayer du clinquant. 

Et puis j'aime aussi que leurs influences débordent de la stricte discipline architecturale. Disons même qu'en héritiers concrets d'Archigram, ils proposent plus que de simples bâtiments: des environnements pop dévoyés, nourris d'un évident délire graphique, sous l'emprise de l'art contemporain (belle collaboration avec Anish Kapoor pour le métro de Naples, de la BD et d'un cinéma fantasmé (disons qu'ils proposaient d'évidents décors pour d'hypothétiques remakes de Danger Diabolik, Orange mécanique ou Phantom of the paradise).

A gauche : Danger Diabolik (Mario Bava 1968)
A droite : Musée Ferrari à Modène (Future Systems architecte - 2009)

De l'oeuvre de Future Systems, on peut encore évoquer :

- Le magasin New Look à Londres avec ses faux airs de Korova Milk Bar. 


- de savoureux aphorismes entre Warhol et Le Corbusier tel que : "I am glad the jumbo jet was not designed by an architect... if it had been, it would have never flown" ou alors "People never create, they only criticize".

- et puis un documentaire (sur Arte un jour ?) où la polémique praguoise sert de révélateur à la démarche entière de l'architecte :


2 commentaires:

remi a dit…

autant je suis a 100% pour ce qui a été fait a Birmingham, autant le vert pomme du 'Blob' octopoussif me semble aggressif sur le 'skyline' pragois.

ou alors il faudrait demander aux Christo d'intervenir...

Joachim a dit…

Oui, mais le bâtiment est dans un parc regardant la ville et offrant de nouvelles vues sur elle, à l'écart donc et pas mitoyenne avec le Prague que l'on connaît. Cela dit, sur le papier, la confrontation entre le blob de Birmingham et la cathédrale pouvait apparaître autrement plus problématique qu'en réalité (la confrontation est plutôt intrigante et productive, somme toute).

Quant aux Christo, c'est une idée, mais il me semble que le projet, avec ses faux airs de tipi, joue déjà de la notion d'emballage. Leur intervention serait donc un "emballage d'emballage"... ;-)

Quoi qu'il en soit, merci de votre visite qui va me permettre de découvrir votre blog que je ne connaissais pas.