dimanche 25 mai 2008

Cannes report #9: Du dernier Garrel...

... je ne sauve qu'une réplique magnifique: "Avoir un enfant, c'est comme sauter par la fenêtre... mais du bon côté".

C'est tout ce que je garde, parce que le film s'applique à dire, plan après plan, scène après scène, exactement le contraire. C'est quand même embêtant. C’est le fils d’un père qui dit à son fils qu’à choisir, il vaut mieux la mort que la paternité. De ça, aucun critique aux ordres ne parle (les dithyrambes aveugles de la critique franco-française sont le meilleur –et le seul- gag du festival) et j’ai le droit de trouver ça, limite, gênant, voire obscène.

Certes. Le film a essuyé ricanements, sièges qui claquent et huées comme Brown Bunny (Vincent Gallo 2003) ou Tropical Malady (Apichatpong Weerasethakul 2004) dans ces mêmes lieux, mais ce n'est pour autant qu'il est, à leur égal, un geste d'artiste intraitable balancé, dans toute son intégrité, à la figure du spectateur. Ce n'est qu'une oeuvrette de routine, minuscule, autiste et peu inspirée. Si l’invitation faite à Garrel était une façon de marquer le coup des 40 ans de ce que vous savez, c’est encore un dommage collatéral de plus à mettre au crédit de cette grotesque commémoration. Car avec ce film particulièrement faible, Garrel n'apparaît pas tant comme le chantre de l'amour libertaire, que comme un mandarin du cinéma dit d’auteur, aussi empêtré dans ses dogmes et son repli sur soi qu’un vieux cégétiste, une vache sacrée de la critique qui, sortant d'un film imposant et célébré, verse dans l'auto caricature. Le pire, c’est qu’un tel film donne de la Nouvelle Vague une image pas si éloignée de celle de ses contempteurs : un cinéma nombriliste, cheap et étriqué tourné dans des chambres de bonne. Ah bon, c’est ça la Nouvelle Vague ? Et le regard sur la société ? Et l’affirmation d’une nouvelle écriture purement et strictement cinématographique (quand bien même elle serait traversée par la littérature chez Rohmer, le théâtre chez Rivette, le jeu chez Resnais, la musique chez Demy and so on…) ? Et le mélange de gravité et de sérieux, de pensé et d’inattendu, de théorique et de vivant ? Autant de traits saillants (et non exhaustifs) de la NV que l’on serait bien en peine de trouver au détour de cette Frontière de l’Aube, si peu dessinée.

Somme toute, ce film gère l’« héritage » de la NV, mais en père de famille prévoyant, préfère le placer sur un compte d’épargne dont on connaît à l'avance le rendement (car on ne sait pas de quoi demain sera fait dans cette France sarkozyste ma bonne dame) plutôt que de l’investir dans des contrées mois balisées. En somme, le film est sans doute, à l’égal de 90 % de la production française, plus proche du cinéma des années 50 qu’il ne veut bien l’avouer, tant il ne joue que sur une fiction prévisible, l’exhibition de quelques signes formels déjà usés et des noms au casting. Et le fait que Louis Garrel soit passé lui-même à la réalisation (pas vu Mes copains, mais échos vraiment pas terribles) viendrait confirmer que « le cinéma de papa » d’aujourd’hui, c’est bien celui de Garrel.

Car c’est précisément sur le rapport père-fils que le film achoppe et demeure exemplairement fidèle à l'esprit de 68, ou plutôt d’un symptôme de cette génération. Après avoir mue par Oedipe (tuer les pères), cette dernière est maintenant saisie par le syndrome de Cronos (dévorer ses propres enfants). Car ce qui coince au fond, c'est ce que Garrel Philippe impose à Garrel Louis : faire rejouer au fils les amours mortifères du père (avec Nico et Jean Seberg, le film est une variation autour du film-portrait, Les Hautes Solitudes de 1974) pour au final, condamner le fils et lui dénier toute devenir autre qu’une simple alternative binaire : « sois comme moi, mon fils ou disparais » ! (spoiler : la fin est, quelle surprise, la même que celle des Amants réguliers).

Tout cela est d’autant plus triste que le film « avoir un enfant, c'est comme sauter par la fenêtre... mais du bon côté » a déjà été fait et par… Philippe Garrel lui-même. C’est un passage très beau d’Elle a passé tant d’heures sous les sunlights (1985), où justement Garrel Philippe se demande comment filmer son jeune fils, s’il a le droit de l'intégrer si jeune à sa fiction. Il va voir son ami Doillon Jacques, papotage, hésitation, interrogation et puis la réponse :

... un seul plan ou plutôt une seule photo où il tient fièrement le petit Louis tandis que résonne la chanson Le petit chevalier chantée par le fils de Nico et sortie du souvenir de La cicatrice intérieure (1972).

En un plan (ou plutôt une photo de famille) et une chanson, tout est dit : l’enfant comme petit chevalier que rien ne viendra « effroyer », l’enfant qui a peut-être sauvé la vie du père, en tout cas qui l’a fait « sauter du bon côté », la chanson comme souvenir douloureux du passé (mais sublimé par l’inspiration mélancolique), un réconfort peut-être sentimental, mais qui permet de regarder l’avenir avec une confiance réciproque, une fierté retrouvée.

Enfin, « héritage de 68 dernière » avec les critiques de Libé, du Monde, des Inrocks, élogieuses, forcément élogieuses, mais qui lues ici, ne résonnent pas autrement que comme l’aveu du déni sartrien. 40 ans après, il s’agit toujours de ne « surtout pas désespérer Billancourt », ou plutôt de ne pas déroger à la sacro-sainte politique des auteurs et de ne pas froisser le Club des 13... qui seraient maintenant 300. Or, précisément, un auteur, ça connaît des hauts et des bas, ça se laisse parfois aller à la facilité et le travail du critique (même conquis d’avance par tel ou tel cinéaste) ne serait-il pas plutôt de pointer les endroits où le cinéma vit plutôt que de célébrer ceux où il se décline (à tous les sens du terme). Le vent souffle où il veut. La paresse (celle de Garrel comme celle des critiques), aussi, hélas.

Je précise que j’ai eu mal en écrivant ce post, car La frontière de l’aube est vraiment un film que j’attendais, et que j’aime vraiment beaucoup, et de plus en plus, l’intégrité de la période 80-90 de Garrel que je ne cesse de (re)découvrir film après film.

Photogrammes : Elle a passé tant d'heures sous les sunlights (un film où Garrel Philippe choisissait de ne pas sauter par la fenêtre, tandis que, attention spoiler, il y précipite aujourd'hui Garrel Louis).

2 commentaires:

Ska a dit…

Grosse déception en effet. Et encore tu as la bonté de ne pas rentrer dans les détails et de ne pas parler de quelques séquences plus qu'embarassantes (les scènes au miroir bien entendu). J'avoue aussi que le peu de discernement de certains critiques sur ce film m'a laissé assez pantois. Car il y a un moment où il faut se rendre à l'évidence, c'est raté (mais comment justifier cet effet d'écho cheap et grotesque sur la voix de Laura Smet devenue apparition/spectre ?!)
Sur le rapport père/fils, ce que tu dis est très bien vu aussi.

sexy a dit…

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