lundi 14 avril 2008

Psychanalyse des films du dessus (le cinéma français malade du bling-bling)

Que nous dit, via ses affiches, le cinéma français mainstream ? Etude de cas à travers trois exemples qui sortent ce mercredi ou la semaine prochaine.

Exemple 1 : Un acteur-réalisateur bankable nous nargue avec son gros tas de fric.

Exemple 2 : Deux acteurs bankables se précipitent faire leur shopping de luxe en n’ayant pas oublié leur mallette débordante de fric.

Exemple 3 : L'acteur le plus bankable de cette bande des quatre en beaux costards et robes du soir caresse quelques billets de 500 euros, en se demandant s'il les laissera en monnaie au portier.

Une fois, ça ne veut rien dire.
Deux fois, c’est peut-être une coïncidence.
Trois fois, ça ne peut plus être par hasard.

A quoi sert l’argent du cinéma français :
1) A payer le cachet des acteurs bankables qui s’ennuient devant la caméra.
2) A servir d’accessoire sur les affiches.
3) Ce qui reste – parfois pas grand-chose – sera enfin mis sur l’écran.

A l’heure où même notre honni Président fait mine de promettre un vœu de (relative) chasteté sur le bling-bling, est-il bien raisonnable que le cinéma français prenne aussi servilement le relais ?

15 commentaires:

D&D a dit…

Bonsoir Joachim,
C'est vrai que pour le coup, ça me fait mal pour Tonie Marshall...

Joachim a dit…

Qu'est-ce qui te fait mal ? Que je me paye la tête de son nouveau film ? Si c'est le cas, elle s'en remettra. J'ai bien conscience que contrairement aux autres titres cités, elle vise peut-être un peu plus haut, avec en tête la comédie à la Hawks-Lubitsch... mais je ne peux pas m'empêcher de voir dans le projet quelque chose de pas très emballant, symptomatique d'un état du cinéma français, basé sur toujours les mêmes acteurs, les mêmes pitchs et au fond, des films assez prévisibles.

Frederic a dit…

Je ne dois pas trop me tromper en disant que tous ces films ont été mis en chantier il y a au moins un an, sous la fin du règne de Chirac II... ce Cinema était déjà bling-bling avant Sarko Ier...

Reste le cas de l'affichiste, evidemment...

Joachim a dit…

Certes. Sur le terrain de la quête des recettes "faciles et qui marchent" et de l'obsession de la rentabilité immédiate, il est clair que cela fait longtemps que le cinéma français dominant l'a effectivement devancé.

GM a dit…

Des défenseurs de Tonie Marshall? Ca m'étonne toujours... Que peut-on attendre après l'ignoble Fauteuils d'orchestre?

Joachim a dit…

Pour info, "fauteils d'orchestre", c'est Danièle Thomson.

Edisdead a dit…

"Fauteuils d'orchestre" et "Venus Beauté", doit pas y'avoir beaucoup de différence...
La démonstration est édifiante en effet. J'accorde toutefois le bénéfice du doute par rapport aux films eux-mêmes (bien que probablement, je n'irai en voir aucun). On peut par contre accuser sans problème les responsables de marketing qui hume l'air du temps. Ca me rappelle le "Putain de film" qui barrait l'affiche de "Tenue de soirée" de Blier : dans les semaines qui avaient suivi, on avait eu droit à de belles accroches dans le même genre pour plein d'autres films("Salopes!", "Sale étrangère" etc...)

Dr Orlof a dit…

Bien vu!
J'irai peut-être néanmoins voir le film de Tonie Marshall qui reste l'une des dernières (avec Salvadori, Podalydès) a tenté de s'extirper des sabots lourds de la comédie "à la française".
Je garde un bon souvenir de "Pas très catholique" et même du sympathique "France boutique".

Dr Orlof a dit…

"tenter", bien sûr...

D&D a dit…

J'aurais dû ouvrir mon message par un "bien vu !" volé au docteur, ça m'aurait fait gagner en clarté...
Je suis d'accord avec ton article, déjà sur les affiches qui me mettent mal à l'aise.
Je veux garder encore un peu d'espoir quand au film de Marshall parce que c'est une réalisatrice que je respecte (et je ne comparerai personnellement pas une seconde avec Danièle Thomson, même par mégarde), et, j'avoue, j'aime bien la femme aussi, ce que j'en perçois.
Peut-être ce film est-il son premier vrai faux-pas à mes yeux(je n'en sais rien encore mais ce que tu en annonces m'inquiète)... Sinon, ça ne doit pas la faire rigoler beaucoup non plus cette affiche.
Enfin, nous verrons bien...
Mais sur le fond, je suis sensible au propos de ton article et je partage ton indignation, bien sûr.

Vincent a dit…

On ne pourra pas reprocher au cinéma français de ne pas être en prise sur son époque !
Bon, celle qui me fait le plus mal, mais je suis de la région, c'est la première. Faire de Spaggiari, compte tenu de son histoire, un héros, ça me semble des plus douteux.
Sinon, comme le bon Docteur Orlof, j'accorderais le bénéfice du doute (ou le droit à l'erreur) à Tonie Marshall qui fait un bon "cinéma du milieu". Mais comme pour Ed, je n'irais probablement voir aucun de ces trois films.
Côté formule marketing sui tue, j'aimais beaucoup "N'y allez pas ça dure trois heures" pour la version longue du "Grand bleu". pour une fois, j'ai été obéissant.

GM a dit…

ah c'est marrant que je me sois banané comme ça, entre Marshall Thomson...

ceci dit, après détour rapide par sa filmo, je pense que mon inconscient n'a pas dit que des conneries, en glissant sur ce lapsus.

rance boutique? bigre, bigre... souvenir d'une tache de laid.

Damien a dit…

Bien vu Joachim, mais moi cet étalage de fric, ça me fait penser, toutes proportions gardées, aux somptuaires chorégraphies dirigées par Busby Berkeley sur le motif du dollar en plein pendant la crise économique américaine ("Gold Diggers 1933") - autrement dit, ça me paraît surtout un indice de la paupérisation générale du public !

Pouvoir, corruption et mensonges a dit…

Des marketeurs avisés doivent te lire puisque sur les nouvelles affiches de Ca$h tapissant Paris, la liasse de billets a été remplacée par une poignée de diamants. Tout de suite, c'est moins vulgaire.

BiBi a dit…

Bébert Spaghetti & Bernard la Nouille.


Il y a quelques quatre semaines, nous avions eu la banderole « Bienvenue chez les Ch’tis ». Nauséabond. Ce dimanche, nous avons eu droit à l’article en Une de Bernard Pivot dans le « Journal du Dimanche ». Il avait quitté ses dernières pages pour s’exposer en pleine première page dominicale. Mêmes odeurs.
Son article, (« Quand Spaggiari passait à Apostrophes »), a été écrit pour les 1.555.000 lecteurs du JDD et faisait dix fois plus grand que le minuscule bandeau qui célébrait Aimé Césaire, cet « homme qui faisait l’unanimité ». Notre ex-animateur d’Apostrophes se glorifiait, d’un ton badin, d’avoir rencontré et filmé en son temps le Héros du casse des égouts de Nice lors d’un délicieux « Apostrophe-canaille ». Passe encore que le 3 juin 1983, Monsieur Pivot ait interviewé Albert Spaggiari mais que Monsieur Apostrophe, quelques 25 ans plus tard, vienne nous faire partager sa joie d’avoir fait un court entretien du malfrat « dans un minable hôtel de Milan », voilà qui relève de l’indignité honteuse et d’un aveuglement durable.
Examinons ce que vient nous dire Monsieur Apostrophes ? Que Albert-la-Canaille, pareil à un héros de cinéma, « ressemblait à Oskar Werner, le Jules du film Jules et Jim de Truffaut », qu’il se faisait passer pour « écrivain car c’est une profession « passe-partout » (…passe surtout à Apostrophes) et que notre Héros aurait été formidable en vaurien des « Pieds Nickelés, fumeurs de cigares, eux aussi ». Ah c’est vrai, qu’il aurait été magnifique cet Arsène Lupin en « provocateur, escroc, bon vivant et rigolard » ! Ailleurs Pivot insiste : « c’était un filou intelligent, plutôt sympathique, un faux fragile, un agité de la fanfaronnade, un accroc de la gloriole ». Bibi n’exagère pas : tout est de Pivot dans ce dithyrambe.Seulement l’essentiel est honteusement éludé, totalement absent.

L’essentiel ? Albert Spaggiari, ce « filou plutôt sympathique », ce « faux fragile » était un ancien de l’Indochine qui, jusqu’à sa mort en 1989, a affiché ses sympathies pour les Mouvements d’extrême-droite et les milieux nationalistes. Après le casse, mégalomane, il aurait affirmé avoir financé une association d’Amérique du Sud, la Catena. « Catena est véritablement une organisation de récupération des nationalistes dirigée par d’anciens SS et qui veut regrouper toutes les forces pour combattre le communisme et rétablir un certain ordre hitlérien.” Une provocation de plus ? » (1) On peut le penser mais les sympathies du bonhomme, elles, ne sont pas douteuses.

Le titre du film sur Spaggiari (« Sans armes : ni haine, ni violence »), lui, ne laisse rien présager de bon. En d’autres temps, on avait eu Madonna déguisée en E.Peron où la chanteuse évita de nous parler de l’argent blanchi en Suisse de la diva argentine pour l’Internationale Noire. Là, Jean-Paul Rouve a du se tromper d’écran, confondant Albert avec Robin des bois. Avec les mêmes scénaristes amnésiques et les mêmes producteurs malades d’Alzheimer, on pourrait envisager d’autres films d’aventures avec héros bondissants et gentlemen-séducteurs. Pourquoi pas bientôt sur nos écrans : « Les Vacances de Darquier de Pellepoix à Vichy », « Les fabuleuses Tribulations de Paul Touvier » ou encore un remake d’« Un Eté 42 » avec Maurice Papon ? Bastonner sans armes, faire de la politique sans haine et convaincre sans violence, ce pourrait être le credo en continu de ce cher Albert et de ses charmants amis.

Il y a une volonté bizarre, quasi-unanime pour célébrer le côté bandit-seul-contre-tous, Mandrin moderne, « héros » qui vole les riches,« Cyrano de Bergerac, fauché et généreux » (Cinéma-France.com) ou « looser flamboyant » (L’Express), pour forcer cet unique trait. Cette insistance est plus que trouble : elle vient oblitèrer le passé de ce membre de l’OAS qui avait pris pour sa défense l’avocat Jacques Peyrat, alors membre du Front national et futur maire de Nice. Que le personnage soit complexe, pourquoi pas ? Ce sont les droits imprescriptibles de la Fiction mais que veulent dire ces éloges (avec des réserves aussi vite avancées que balayées) ?

Qui Bernard Pivot croit amuser avec sa comparaison sans raison entre Spaggiari et chacun des trois Pieds Nickelés ? Monsieur Apostrophes va jusqu’à nous rappeler que pour Albert, ce fut Mardi-Gras tous les jours. Un grand gosse ! Un Amuseur qui avait gardé son âme d’enfant ! « Quelques mois après l’interview, rapporte Monsieur Pivot, Avenue Mac-Mahon, je m’entendis interpeller joyeusement par mon prénom. L’homme retira ses lunettes noires mais pas sa barbe ni sa perruque. C’était Spaggiari. Paris lui manquait. »
Monsieur Pivot nous apprend aussi qu’Albert Spaggiari avait été surnommé Bébert Spaghetti au Collège. Faites attention Monsieur Pivot, BiBi, sans barbe et sans perruque pourrait bien vous apostropher de la même manière…
Du genre : « Ohé ! Ohé ! Bernard-la-Nouille ! »

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