vendredi 24 août 2007

Aux antipodes

Pour ne pas avoir à vivre de trop près les angoissantes dernières heures avant la rétrocession de Hong Kong à la Chine, Wong Kar Wai s’exila à Buenos Aires en 1997 pour y tourner Happy Together.

Douze heures de décalage horaire. Antipodes exacts de sa ville, mais pas pour autant des espaces de son cinéma.
Que l’on en juge par ce couloir (à gauche)...

... dont l’ambiance et la palette chromatique rappellent étrangement celles des espaces exigus où se trament les passions étouffées, inavouées de Nos années sauvages (1991) ou d’ In the mood for love (2000) (à droite).

L’un des moments le plus saisissants d’ Happy Together est celui d’une (brève) rêverie du héros, saisi par le mal du pays.
Rêverie transcrite cinématographiquement par une caméra littéralement « tête en l’air ».
Ville comme vue en reflet dans une flaque d’eau. Pas assez de temps pour la reconnaître. De ce fait, rendue immensément fragile, de la fragilité du souvenir. Délice de la perte de repères. Magie de ces travellings upside down. A quoi ressemble son chez soi quand, depuis l’autre bout du monde, on n’en perçoit plus qu’une réverbération ?

Autre histoire d’antipode dans cette séquence de The World (Jia Zhang Ke 2005) où au terme de ce joli dialogue…
- Et toi, tu ne pars pas ?
- J’attends mon visa.
- Si tu ne l’obtiens pas, viens au Parc. On a la tour Eiffel, Notre-Dame, l’Arc de Triomphe. Plein de trucs français.
- Vous n’avez pas l’endroit où vit mon mari.
- Il vit au paradis ?
- Non à Belleville
- Belleville ?
- Chinatown. « La belle ville »
- Joli nom.


… je vois surgir un point de repère de mon quotidien, la station de métro dans laquelle je me suis engouffrée soir et matin pendant plus de dix ans, le lieu où j’ai donné des centaines de rendez-vous.
Sentiment rare de reconnaître (une part très ténue de) son quotidien dans un film tourné à l’autre bout du monde. Impression délicieuse de se retrouver simultanément des deux côtés d’un tunnel traversant le globe et creusé par le cinéma.

Chez Wong Kar Wai, nécessité de partir aux antipodes pour retrouver ses repères. Chez Jia Zhang Ke, les antipodes communiquent. Quel que soit le bout par lequel on le regarde, there is only one World.

1 commentaire:

adam a dit…

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