lundi 26 octobre 2009

Outrenoir

Visite de l'expo Soulages et le symptôme récurrent à la sortie de toute imposante exposition : imaginer (avec un certain orgueil que le regard de l'artiste a déteint sur le sien propre). S'il est assez commun et commode de trouver enseignes et vitrines soudainement pimpantes et inspirantes à la sortie d'une expo sur le pop art ou les nouveaux réalistes, qu'attendre de la vision d'un peintre qui n'a pour (quasi) unique matériau la couleur anthracite et ses textures goudronnées ? Cafard chronique ? Broyage de noir ? Rien de bien engageant, dites-moi !
C'est dans l'exact contraire que réside l'effet provoqué : quête de la luminosité dans les contrastes du noir, fixation picturale du geste et du mouvement, géométrie modelée qui devient calligraphie, profondeur spatiale méditative qui semble sourdre du néant.

Bref, fort de ces acquis plastiques, je me suis soudainement demandé ce que Soulages aurait fait avec une caméra et dégainant mon téléphone portable à l'entrée de la salle audiovisuelle, je fais le fier avec ce film soi-disant "éminemment soulagien".

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Mouais, mouais, mouais...

Je me demande d'ailleurs si (numérique et facilité à filmer dans les basses lumières aidant), l'effet "fondu au noir" ou "black box" n'est pas en train de devenir l'un des poncifs du cinéma contemporain. Je me souviens du fameux "retour à la maison en pleine nuit" dans Peindre ou faire l'amour (frères Larrieu 2005), emblématique de mon ambivalence vis-à-vis de ce film sur lequel je change souvent d'avis : séduisante dans l'idée, beaucoup moins convaincante dans son exécution (pas vraiment de travail sur la durée, la spatialisation du son, au final l'impression qu'on a coupé la lumière ou sous-exposé de manière assez arbitraire comme on baisserait le son d'une radio). Pareillement, un gimmick déjà fameux de Visage (Tsaï Ming Liang, sortie le 4 novembre 2009) où Lætitia Casta occulte une fenêtre (et partant l'écran de la salle) au chatterton en temps réel risque bien d'échouer en pole position dans le bêtisier du film de festival.

Non, vraiment, la quête de la lueur dans le noir absolu, je ne vois ça que dans un seul film (quand bien même, je ne l'ai vu qu'à moitié) : Ce répondeur ne prend pas de messages (Alain Cavalier 1979) .

Oui, bon, en écrivant, je me rends compte qu'il y a Grandrieux aussi, mais c'est autre chose, un écho envoyé à la pulsion, à une énergie tellurique enfouie, là où Soulages et Cavalier font vibrer des flammes et des lumières bien plus ténues.