vendredi 16 avril 2010

Je défie Oliver Stone...

... qui nous assène avec la suite de Wall Street que "l'argent ne dort jamais", de faire aussi bien que ce mix (à voir là) sur le cycle infini des billets.

Avant même d'être mis côte à côte, chacun de ces deux extraits, la bande-annonce de L'argent (Robert Bresson 1983) et un passage de Temps / Travail (Johan van der Keuken, court-métrage de 1999) génèrent déjà, bien aidés par leur bande sonore mécanique, leur propre musique sérielle, sans début ni fin. C'est une sorte de cinéma techno, scandé, séquencé par la répétition et d’infimes variations de gestes comparables mais déclinés dans des contextes et à des échelles différentes.



Mais plus que tout, ce que j'aime dans ces deux extraits, c'est la façon dont ils prennent le contre-pied des discours habituels sur la folie spéculative ("tout cela, c'est à cause de la dématérialisation des flux") en montrant justement que certes, l'argent n'a pas d'odeur et pas sommeil (bonjour truismes), mais a quand même une matérialité, sa matérialité ambiguë que ces deux extraits parviennent à saisir. Cet argent qui file de mains en mains est-il à l’état solide ou déjà liquide ? Est-il un fluide qui brûle les doigts ou un solide qui se dégrade, à l’instar du mercure, ce métal à l’état intermédiaire entre solide et liquide et déjà dénommé « vif argent » ? Une honte ou un trophée ? Sans doute tout cela à la fois. Si le dire n’a rien de particulièrement original, le montrer en images sans paroles est une autre paire de manches, un défi aussi chimérique que celui auquel travaillent le ballet des mains dans ces extraits : caresser l’insaisissable.


8 commentaires:

M. a dit…

Je ne résiste pas au plaisir de vous envoyer ce lien :

http://www.faceploucs.fr/2010/03/economiste-en-herbe/

A méditer.

Joachim a dit…

Hi, hi... On dirait la crise expliquée par Bart Simpson ou Cartman.

Arnaud Baluchon a dit…

http://vimeo.com/8855065

Cher Joachim cette vidéo pourrait vous interesser. N'ayant aucune connaissance en architecture , je me demande si cette comparaison entre le couvent de La Tourette de Le Corbusier et l'architecture des cathédrales est judicieuses où s'il s'agit d'un potacherie porté par l'amour de l'art (et un hommage peut-être aux animations en papier découpés du Monty Python Fying Circus).

Joachim a dit…

Ah non, je ne connaissais pas. Merci de ce lien. Il est vrai que de passer d'Oliver Stone à "Stone on Stone" semble si naturel... ;-)
J'aime assez la vidéo, à la fois pertinente et impertinente. Elle ne paraît pas plus sacrilège que le geste de Le Corbusier lui-même qui, cherchant à s'affranchir de tout référent préalable à l'architecture religieuse (ni Roman, ni Gothique, ni Renaissance, à la limite de vagues réminiscences d'un dénuement protestant, voire cisterciennes) retrouve la mystique de l'espace indicible, en particulier par sa science de la lumière colorée qui produit, mais avec des moyens tout autre des effets comparables à ceux des grands vitraux.

Tifenn a dit…

ça, c'est ce que j'appelle un défi! Je pense pas que Oliver Stone soit en mesure d'atteindre l'efficacité du film de Bresson. Celui-ci à pousser à son point d'orgue, l'expressivité cinématographique! Un cinéma d'une fluidité sublime! Quand à Stone, ben sur le coup, je pense que on dernier bon film remonte à Tueurs nés. JFK est trop lisse, trop pédago. Je préfére l'envers du décor selon Pakula. World Trade Center, rarement j'ai vue une morale aussi puritaine! W ; c'est juste tellement inintéressant que je m'en souviens pas! Alors, difficile d'inaugurer le meilleur pour ce second opus de Wall Street surtout quand on connait les dérives idéologiques de Stone

Joachim vs Oliver : 1-0

Joachim a dit…

Hi, hi... Merci Tifenn et bienvenue ici. En ce qui concerne Stone, le seul film de lui qui m'ait intéressé est Platoon que j'avais vu bien jeune, mais qui conserve, malgré tout, quelques élans de sincérité (enfin, j'imagine). Sinon, le reste, effectivement, c'est aux exacts antipodes de Bresson et de van der Keuken (dont j'aime beaucoup à la fois le souci d'objectivité et sa grande malice).

Jerôme a dit…

Wall Street normalement ne devrait pas être un film sur la circulation des billets, mais sur leur disparition. Sinon Oliver Stone ferait mieux de filmer une salle de poker place Clichy.

Joachim a dit…

Oui sans doute... Mais avec ces crises et ces dévaluations en série, on va se réhabituer à voir l'argent se "rematérialiser" et passer de la main à la main.