jeudi 30 octobre 2008

Buster Bond


Pendant que le monde s'écroule, cultivons le flegme au naturel.
(Steamboat Bill Junior - Buster Keaton 1928)


80 ans plus tard, le monde n'en finit pas de s'écrouler, cultivons le flegme au numérique.
(Quantum of solace - produit dérivé - James Bond 2008)

Et puisque les commentaires me rappellent cette autre référence:
Deadpan (Steve Mc Queen 1997), autre "remake" keatonien.

mardi 28 octobre 2008

Architectural video game

Le bâtiment a-t-il tenu toutes ses promesses ?

On peut le vérifier ou bien s'amuser au petit jeu des 7 erreurs à travers ce petit montage (quasi parfaitement synchrone) qui présente les trois stades (conception, chantier, livraison) du dernier projet d'Alvaro Siza, la Fondation Iberê Camargo à Porto Alegre


Réinterprétation des rampes du Guggenheim new-yorkais, mais surtout comme toujours chez lui un balancement entre puissance sculpturale et fluidité d'espaces à la géométrie toujours inhabituelle. Passages entre le sombre et le lumineux, entre l'ample et l'étroit, entre le souterrain et l'irradié de lumière... Autant de volontaires contrastes d'ambiance et d'effets de surprise qui rappellent la surprise des parcours et des progressions dans les jeux vidéos. 

vendredi 24 octobre 2008

A propos de Nice

Je cherchais juste quelques images pour marquer le coup de ce week-end à Nice où cette table ronde me donnera l'occasion de savoir à quoi ils ressemblent lui, et lui (l'organisateur, je l'ai déjà rencontré).

Et puis au fil de mes pérégrinations youtubesques, je tombe là-dessus :

Une idée simple comme bonjour (pivoter l'axe du regard de 90 degrés)
Une façade qui devient paysage
La mémoire de la pierre soudainement incarnée et ces consoles humaines qui ne cessent de dévisager le spectateur.
Et surtout: ce si précieux mélange de solennité et de malice, qui redonne toute sa noblesse à l'architecture...

Nous sommes bien en présence des traits caractéristiques du cinéma de Manoel de Oliveira.

Ces images, comme ces autres, ce savoureux ballet mécanique :


sont tirées d'un documentaire de 1983, produit par l'INA : Nice : A propos de Jean Vigo. Quelqu'un a plus d'infos sur ce film ? Quelqu'un l'a vu ?

jeudi 23 octobre 2008

Oucipo (ouvroir de cinéma potentiel)

UN INVENTAIRE :

Si vous voulez réussir "le meilleur film actuel", Godard vous donne tous les ingrédients :

Bande annonce d'A bout de souffle (1959)

C'était six ans avant la fameuse recette fullerienne de Pierrot le fou (1965).
Sous l'influence des Mythologies (Roland Barthes 1957), Godard paraît préfigurer les listes de Pérec et les énumérations musicales de Vian.  Tous trois, en choeur, auraient d'ailleurs pu s'exclamer : "l'inventaire, c'est l'aventure". 

UN EPUISEMENT :

Il y a, ensuite (pièce sonore de Dominique Petitgand 1999)

Projetée dans le noir d'une salle de cinéma et sur un écran qui ne s'allumera jamais, ces pièces sonores évoquent un film absent, qui, au fur et à mesure des paroles égrénées, se mue en "film potentiel" qui prend corps dans l'imaginaire du spectateur.


UNE COMBINATOIRE :

Le grand mix des souvenirs. 
La méthode Cent mille milliards de poèmes - Raymond Queneau 1961 - (ou ici pour les travaux pratiques) appliquées à des vies à choix multiples.

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Mon oncle d'Amérique (Alain Resnais 1980)

***

Trois façons de manier les contraintes sans oublier de rester ludiques. Des manipulations qui me rappellent l'Oulipo. D'ailleurs, j'apprends que l'Oucipo a réellement existé "mais en lui-même n'a jamais été très actif". C'est qu'il se cache dans les recoins d'autres films.

mercredi 22 octobre 2008

Rouge est sa couleur



2008: Repeignons l'écran du cinéma français en rouge, les armes (de la poésie) à la main et haro sur Mao, le petit patron interprété par le réalisateur (Dernier Maquis - Rabah Ameur-Zaïmeche)

Bon, encore une fois faire le malin avec ces petites analogies, mais n'ayant pas vu La Chinoise, ça risque de ne pas aller bien loin...

En revanche, il est un autre point commun entre eux deux, celle de faire de chacun de leurs films, 
c'est-à-dire nécessairement 
sans oublier de l'habiter des atours d'

Fuyant, mouvant, instable, Dernier maquis est à l'image du lieu où il prend place: la cour d'une entreprise de palettes, où celles-ci constamment déplacées et ré-assemblées dessinent autant de petits théâtres sociaux.

Un jeu de construction, réassemblage qui dissocie les pièces (travail, religion, syndicalisme et pour aller vite, toutes les formes du collectif) pour mieux chercher de nouveaux assemblages. 
Travail de scénographie qui tire puissance de son minimalisme même et qui évoque...
... les recherches scénographiques d'Adolphe Appia (ou ici pour une petite mise en images) qui font des changements à vue du décor la condition même de la musicalité du récit.

Mais au-delà de ça, le motif de la palette en évoque un autre récurrent dans l'architecture arabe: celui du moucharabieh.

Comme la palette, c'est un élément à la fois opaque et ajouré, et, jouant sur la répétition, il s'affirme aussi bien pièce de menuiserie qu'élément structurant d'une architecture.

Voir sans être vu, remettre en jeu les cloisonnements, c'est tout l'art de Rabah Ameur-Zaïmeche. En somme, celui qui voit vraiment "entre les murs" dans le cinéma français, c'est bien lui.

vendredi 17 octobre 2008

L'effet Doinel

Elle était ado rebelle...


... elle est devenue mère de famille et maintenant, c'est à elle de composer avec son acariâtre fiston :


Appelons cela l'effet Doinel: retrouver le même acteur à différentes étapes de sa vie, et si possible en étant passé "de l'autre côté" (enfant / parent ; amoureux / divorcé, etc). Le métier d'acteur, c'est de vieillir tout en prenant bien garde à ce que les séjours devant la caméra témoignent toujours de ce que l'on a fait de sa jeunesse.

Ici, Linda Manz ado dans Out of the blue (Dennis Hopper 1980) et maman dans Gummo (Harmony Korine 1997). Entre les deux, la même tendresse revêche, la même allergie à la sensiblerie, la même mélancolie punk rock qui ne va pas se laisser abattre pour si peu.

mercredi 15 octobre 2008

la Terre abandonnée

Quand je pense que je n'ai toujours pas vu ça:
Et que si ça se trouve, c'est le meilleur film de l'année...  enfin, surtout pour la première demi-heure apparemment, ce trip muet (entre 2001 et Buster Keaton, à ce que l'on promet) sur la Terre terrain vague...

J'y ai repensé en tombant par hasard, il y a deux jours, sur la toute fin de Woodstock (Michael Wadleigh 1970), ces solos d'Hendrix pour fermer le rideau et surtout, surtout, les tout tout tout derniers moments "the party is over" (pour les impatients, sur la vidéo, c'est à partir de 6 minutes) :


... tout derniers moments qui comme rarement m'ont transmis l'impression d'une dévastation, d'une descente post-trip, d'un évanouissement du mirage, d'un rêve qui vient de s'enfuir et nous laisse là, tous, seuls en pauvres hères claudiquants et impuissants. Et les notes hurlantes d'Hendrix de se transformer en la plus sauvage des élégies.
Deux extraits qui condensent la psyché de leur époque. 68 : une utopie fugace, quelque part "perdue d'avance", surtout déjà évanouie voire liquéfiée dans la boue du réel. 08 : l'algorienne angoisse post-Kyoto. Entre les deux, 40 ans où l'on est passé du rêve au cauchemar ? Sans doute pas si simple... Dans les deux cas, une Terre abandonnée. A reconquérir ?

Il me revient en mémoire qu'il en avait déjà parlé sur son blog... en évoquant Bartas qui transmet une impression plus paradoxale : une Terre vierge pas plus hostile qu'accueillante, mais tout de même sur ses gardes, sur laquelle il paraît délicat de s'aventurer, que l'on n'ose guère toucher, juste, juste effleurer des yeux... mais à peine.
Freedom (Sharunas Bartas 2000)

lundi 13 octobre 2008

11 septembre de la finance

Et dire que tout cela avait déjà été prophétisé au cinéma, il y a 25 ans...

Première partie : Pirates à l'assaut.

Deuxième partie : Le nouveau monde en ruine.

Dès 1983, les Monty Python ne nous indiquaient pas tant Le sens de la vie que le sens de l'Histoire (à ma connaissance, c'est aussi la seule bataille navale immobilière de l'histoire du cinéma, même Fellini n'avait pas osé, à moins que...). 

samedi 11 octobre 2008

Amours


Pour dessiner l'amour, il faut être deux...

Mais deux fois le même ?
Ou plutôt deux qui ne font qu'un ?
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Pour dessiner l'amour, il faut se perdre dans la pelote de sensations contradictoires qui nous assaillent au moment de la première fois, quand on est sans repère face à l'amour...



Pour dessiner l'amour, il faut chercher, chercher, tester toutes les combinaisons...

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... avant de trouver les beaux accords...

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***
Elles ont à voir avec le dessin et la musique, les scènes d'amour dont je me souviens vraiment dans le cinéma récent. Avec le dessin pour leur quête du trait juste pour représenter les profils des corps et des visages. Avec la musique pour leur sens du tempo et le discret lyrisme qui les habite.

Dessiner l'amour, c'est aussi savoir explorer, comme chacun de ces extraits, trois accords sentimentaux : l'initiation, l'imbrication et la fusion.
L'amour, un moteur à trois temps ? 

***
Figure 1: Big Fish (Tim Burton 2004)
Figure 2: En chair et en os (Pedro Almodovar 1997)
Figure 3 : Paranoid Park (Gus van Sant 2007)
Figures 4 et 5 : My own private Idaho (Gus van Sant 1991)

mardi 7 octobre 2008

Auteur academy

Pour surmonter une crise d'inspiration, un cinéaste se réfugie au « Royaume », une secte, une communauté, un phalanstère (ou un espace métaphorique de la drogue, l’extase, l’expérience mystique, que sais-je encore). Au bout de l’expérience de régénération, il faudra tuer le gourou du « Royaume »  pour parvenir à la libération suprême et revenir en combattant dans le monde réel.

Résumé officiel, programme tant esthétique que psychanalytique de De la guerre, le dernier film de Bertrand Bonello, pas son meilleur, mais ce que l’on aurait coutume d’appeler un « échec intéressant », échec presque inscrit à l’avance dans les prémisses dépressifs du film, mais intéressant car volontairement inégal et parfois inspiré.

Et pourtant, une autre interprétation du film vient tout gâcher.  

Et si "Le Royaume", c'était le cinéma français ? Le cinéma français avec son lot de "pères à tuer" (incarné ici par Michel -la plus belle filmo du cinéma français-  Piccoli customisé en Kurtz-Brando hexagonal). Le cinéma français et sa proverbiale phobie du risque telle qu’il faut mener « en guerrier » les projets qui sortent des sentiers battus. Soit. Mais ensuite ? Incidemment, poser un tel état de fait, c’est demander : « A quoi ça sert de faire des films, quelle est leur nécessité absolue ? ». Or, la nécessité semble plutôt se situer du côté du nombril de Bonello. Comme pour Honoré, les arrière-pensées de politique politicienne viennent polluer la perception du film. Et comme chez lui, difficile de ne pas voir le film comme instrument pour conquérir (et surtout asseoir) une place au compagnonnage des auteurs. Tout autant que La belle personne, De la guerre ne transpire, au fond, que d’un seul sentiment tellement envahissant qu’il vient occulter tout le reste : vouloir devenir calife à la place du calife.

Mais tout cela ne serait pas si gênant si Bonello persévérait dans l’intense concision des meilleurs moments du Pornographe (2001) ou du court Cindy, the doll is mine (2005) et asseyait sa « place » sur l’assurance de son propre style. Or, sur quoi Bonello affirme-t-il désormais la soi-disant libération de son propre cinéma ? Rien de moins que sur un« refilmage » bien plat de séquences entières d’Apocalypse now (Francis Ford Coppola 1979), Tropical Malady (Apichatpong Weerasethakul 2004) ou Last days (Gus van Sant 2005).  C’est donc ça un assaut contre le conformisme cinématographique ambiant, la (con)quête d’une neuve inspiration, une expérience de combattant de la beauté ? A ce petit jeu du "scene dropping", au vu de ces remakes cheap (la référence à Tropical malady, le face-à-face avec un fauve invisible étant assurément la plus casse-gueule : il ne suffit pas de coller des rugissements sur la bande son, encore faut-il faire exister le hors-champ), on a plutôt l’impression d’un cinéma délavé et appliqué, d’un cinéma karaoké.

Sale impression renforcée par un autre voisinage visuel. Où voit-on des jeunes gens enfermés dans une grande maison pour passer leur temps à apprendre à copier… et qui, quand ils ne jouissent pas (en braillant) se reposent (affalés sur le canapé du salon) ? Mais bien sûr, c'est là et nulle part ailleurs, bien sûr...

Au cinéma ou à la télé, on chante et on danse en s'agenouillant devant le gourou.

D’où « film sur mon nombril » + « cinéma karaoké » = auteur academy…

D’où parmi la multitude de titres qu’aurait pu porter ce film tant chaque séquence veut faire un sort à chaque nouveau sujet abordé (« de la création », « de l’utopie », « du couple », « de la folie », « de l’abandon », « du corps et de l’esprit », « de l’héritage », « de la normalité », « de la difficulté à remplir une feuille de sécu quand on est un auteur »), le seul finalement approprié : « de la vanité » (d’un cinéaste).

Sinon, je n’en ai pas un souvenir très net, mais il me semble que Prenez garde à la sainte putain (Rainer Werner Fassbinder 1970) jouait carrément sur un amalgame autrement plus saisissant entre équipe de tournage et secte.... La bande-annonce pour se rafraichir la mémoire...

Palindrome...

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... kilométrique aujourd'hui sur le cadran de la 205. Le prochain dans 1100 km pour les 124 421 000 mètres du compteur (s'il tient encore jusque là).
(Si cette vidéo vous procure un torticolis, il est conseillé de retourner votre écran d'ordinateur à la verticale).

dimanche 5 octobre 2008

La danse du centenaire


Le danseur à canne, c'est, c'est, c'est... (la réponse, comme quoi il nous étonnera toujours).

jeudi 2 octobre 2008

Des yeux dans le dos





Les photos prises par Yang-Yang (5 ans) dans Yi Yi (Edward Yang 2000)

C’est pour « montrer aux gens l’autre moitié de leur corps, celle qu’ils ne peuvent pas voir eux-mêmes » que le petit Yang Yang photographie nuque sur nuque.  Pour de telles photos, cet alter-ego miniature du cinéaste s’attire les sarcasmes du surveillant de son école qui l’humilie en public et fait rire ses petits camarades devant ces photos qu’il désigne ironiquement (et bien bêtement) comme « de l’art d’avant-garde qui vaut très cher ». Quoi qu’il en soit, à voir ses œuvres, le petit Yang Yang montre déjà un sens du cadrage très sûr et une constance dans l’art de la série qui le feraient dialoguer avec des artistes  accomplis qui partagent ses mêmes tropismes.

***


Dans la ville de Sylvia (José Luis Guerin 2008)

Le petit Yang Yang aurait-il pu ainsi réaliser Dans la ville de Sylvia (Jose Luis Guerin 2008) ? Quoiqu’encore un peu jeune pour être doté du même regard désirant que le cinéaste catalan (encore que la plus belle scène de Yi Yi mette en scène un « coup de foudre » enfantin), le pari de cinéma de ne faire tenir tout un film uniquement par des filatures de « profils perdus » ne se révèle guère éloigné de l’imaginaire artistique de l’enfant photographe. Et puis surtout, il y a aussi cette idée, au fur et à mesure de l’observation des fragments de visages, des pérégrinations, de capter le mystère d’une personne inconnue, mystère évidemment nourris de fantasmes et de projections, mais mystère qui constitue pour chacune des personnes observées « l’autre moitié de leur propre personnalité, celle qu’elles ne peuvent pas percevoir elles-mêmes ».

***

Sans titre (1995)

Les passants (1998)
Deux photos de Valérie Jouve

Le petit Yang Yang aurait-il pu poursuivre son travail photographique sur les traces de Valérie Jouve ? Car la façon dont il fige ses dos et ses nuques anonymes rappelle quelque peu les figures hiératiques de passants dans la ville saisis par la photographe. Profils paradoxaux qui, au-delà, de figer la présence éphémère d’un passant, dressent finalement bien plus qu’une série de portraits : le portrait d’une ville contemporaine, non située mais assez familière, une ville définie avant tout comme une constellation d’anonymats.

Cette constellation d’anonymats, Valérie Jouve l’a aussi filmée dans un film documentaire qui n’apparaît pas sans parenté avec la démarche de Jose Luis Guerin. Il s’agit de Grand Littoral (2003, photos et extraits sur le site de VJ et chez PointLignePlan) du nom d’un immense centre commercial implanté en périphérie de Marseille. 

Muet et délibérément énigmatique, Grand Littoral saisit la spécificité de ces zones commerciales, en bordures des grandes villes, zones difficiles à décrire, encore plus à apprécier quoique fortement fréquentées. En étant filmé comme un bloc insécable (le centre commercial s’accroche à la voie rapide, elle-même incrustée dans un environnement minéral), un tel environnement met à jour sa spécificité: hors de la ville, pas encore dans la nature, tout entier voué à la consommation.  Mais cette sensation, le film la définit en creux, essentiellement par les pratiques et les trajectoires des usagers, mais aussi celles des flâneurs environnants (les calanques et les chemins de randonnée ne sont jamais loin). En poussant, on pourrait même y voir un Tati méditatif jetant un regard sur cette urbanité qui à force, devient presque irréelle. Tout aussi irréelle et fantasmatique que la ville sur coussins d’air de Jose Luis Guerin (vélos, circulations douces, tramways, jupons en flottaison).  

Deux formes d’urbanités irréelles (l’une en centre ville, l’une en périphérie) mais qui finissent par décrire une réalité insaisissable de la ville : son écheveau de chorégraphies invisibles. « L’autre moitié » de la réalité de la ville, ce spectacle ordinaire et permanent qui se passe tous les jours, dans notre ville, dans notre dos.