mardi 29 avril 2008

40 ans de moral(e)...

Mai 68 : Le ménage de la morale est au plus haut.


Mai 08: Le moral des ménages est au plus bas.

Je ne sais pas de qui elle est, cette seconde photo (qui illustre l'article du Monde), mais c'est ça la France, un peuple de somnambules ou de zombies avançant machinalement ? Etrangement, l'image est quand même belle et paisible, puisqu'on la croirait sortie d'un film de Romero.

samedi 26 avril 2008

Madeleine rock: True Stories (David Byrne 1987)

La méthode Facebook ou Copains d’avant pour retrouver, via le Net, camarades de classe et amours de jeunesse s’applique aussi au cinéma et permet de retrouver la trace de films adorés à 14 ans (pour des raisons plus ou moins obscures) et dont on n’avait plus un seul souvenir.

Ainsi, en cette année 1987, tout jeune cinéphile encore traumatisé par Jarmusch et Spike Lee se précipitait derechef vers la nouvelle « perle du cinéma indépendant US », exactement comme une dizaine d’années plus tard, il s’extasiera sur le nouveau « joyau du vivier cinématographique asiatique ». Peu importe si après coup, il n’y a pas de tant de films que ça qui ont passé la rampe (qui se souvient d’Allison Anders ou de Ning Ying ?), cela donnera toujours matière à sourire de ses propres emportements, voire de son indécrottable part de conformisme que l’on n’osera, même (et surtout) à soi-même, jamais avouer.

Mais pour True Stories, j’ai au moins une excuse. Je ne connaissais quasiment rien des Talking Heads à l’époque et si le film m’avait tellement plu, c’était donc pour des raisons a priori strictement cinématographiques et non pas pur réflexe pavlovien de fan.
Le projet en quelques mots : un vrai-faux documentaire autour d’une petite ville texane en pleins préparatifs des cérémonies de son 150 eme anniversaire. David Byrne arbore le Stetson du guide goguenard sur le mode « ça paraît incroyable, mais pourtant ça existe » (« mais pas tant que ça David ! » a-t-on envie de lui hurler à chaque séquence), John Goodman celui de l’acolyte lunaire et d’autres gueules dans leurs rôles attendus d’habitants pittoresques. Autant dire tout de suite que si on aborde le film par ce biais du « Bienvenue chez les Texs », la déception est cruelle. Cela avait dû me paraître original à 14 ans mais aujourd’hui, que tout ces tentatives burlesques paraissent laborieuses et peu drôles… mais en un sens prophétiques du devenir d’un certain cinéma post American Beauty (type Garden State de Zach Braff) qui se veut irrésistible quand il n’est que poussif et déjà fatigué à force d’envoyer le sempiternel et répétitif clin d’œil au spectateur.


Qu’est-ce qui pourtant, à une seconde vision, retient l’attention de ce film mineur mais finalement singulier ? Tout simplement le sens de l’image qui a toujours habité les Talkings Heads et David Byrne en particulier. A ce chapitre glorieux, rappelons l’antécédent Stop making sense (Jonathan Demme 1984). Si ce « concert filmé » était aussi mémorable, c’était que le concert lui-même était déjà soigneusement empli d’une scénographie baignée par l’image (projections, slogans, associations d’images comme on dit associations d’idées, jeux d’images comme on dit jeux de mots). Et bien, True Stories conserve cet esprit-là et s’affirme comme un objet qui offre plusieurs angles de vue et propose des facettes du clip, d’installation ou de long-métrage sans jamais vraiment parvenir à les croiser. Peut-être ce manque d’hybridation qui donne au film un goût d’inabouti, mais en même temps semble annoncer des réussites postérieures plus manifestes comme les clips de Gondry (notamment le Star Guitar des Chemical Brothers pour sa lecture du paysage contemporain) ou les premiers opus de Hal Hartley ou Miranda July pour la comédie suburbaine arty.

L’impression donc de voir un prototype, qui défriche (tout le moins pour un musicien qui a abattu pas mal de cloisons) peut-être maladroitement, mais qui nous vaut tout de même de succulents fragments. Car ce qu’il reste de la vision du film, ce sont finalement autant de petites scénographies ou d’éphémères dispositifs dotés d’un charme inédit.

De la même manière que le groupe avait ouvert la porte des samples, de la sono mondiale, voire du téléchargement avec l’album Remain in Light (1980), True Stories est aussi prophétique, tant il apparaît avoir anticipé sa vision sur Toi Tube, chacune des parties étant finalement plus intéressante que le tout qui les englobe : on retire le liant indigeste du scénario et l’on grappille au hasard des séquences qui, indépendamment, paraissent finalement bien plus réussies que le film.

Au hasard de ce film-dimsum on recommandera donc :

Un clip : cet hallucinant prêche gospel à l’instar des concerts des Talking Heads, nimbé de projections dans lesquelles on pourra s’amuser à retrouver des images annonciatrices du 11/9.


Un slogan : Balancé d’une manière godardo-debordienne et qui devrait figurer au fronton de tous les centres commerciaux du monde et être annoncé à chaque coup d’envoi des soldes :


Une œuvre d’art : cette variation cartographie pop art du plus grand Etat américain.


Beaucoup d’instantanés : sous l’évidente influence de William Eggleston, Byrne déploie tout de même un sens plastique assez sûr et marquant comme quand il montre la construction de cette scène monolithe translucide qui vire à la pure abstraction inscrite dans le paysage.



Et puis une séquence qui a la grâce : celle-ci, bel accéléré de la mutation du territoire américain, directement des grands espaces originels à la suburbia, de la conquête d’un horizon toujours repoussé au mitage de la petite propriété… territoire dont les bardes sont les enfants.


Bon alors, toutes ces friandises parviennent-elles à faire un film ? Pas sûr, mais ça nourrira au moins les deux « albums », celui des Talking Heads comme celui de mes souvenirs.

Et puis, si vous avez oublié cette merveille (de Tina Weymouth la bassiste dissidente, and co), vous pouvez vous le remettre en mémoire.

jeudi 24 avril 2008

Ça alors !

Sa page imdb indiquait son come-back avec le chimérique projet "America" (mais "in production" depuis des lustres) ...
... mais c'était pour mieux tromper son monde !

Puisqu'apparemment, il a tourné un autre film (en Pologne pour sûr et sinon en cachette ?) Quatre nuits avec Anna qui, joie, joie, pleurs de joie, fait l'ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs.
17 ans que Jerzy Skolimowski n'avait pas touché une caméra !
Welcome back !

mercredi 23 avril 2008

Sous l'oeil de la loi

Quel beau cliffhanger que celui qui clôt la première saison de Weeds !
(Attention spoiler !)
Rappelons que cette série met en scène une mère de famille qui, à la suite de la mort de son mari, s’adonne à la revente de hasch et que dans les toutes dernières minutes du dernier épisode, elle paraît enfin avoir trouvé l’amour.

D’où cette toute dernière séquence muette, condensée et qui pourtant, à elle seule, déploie et relance toute la machine fictionnelle pour la saison à venir.

Réveil amoureux.
Erotisme discret des jambes dénudées et de ce corps qu’il faut réchauffer. Ah tiens, cette robe de chambre tombe à pic…
… sauf qu’elle paraît avoir le pouvoir de transformer celui qui la porte en méduse, tant il est vrai que la petite inscription DEA traduit l’appartenance de son propriétaire à la Brigade des Stups.

Et un tout dernier plan qui tient en un seul regard. Y verrait-on le remords d’avoir été pris au piège, la culpabilité enfouie ou l’embarras de celle qui avait cru échapper à la loi et la voit désormais fondre sur elle ? Pas si sûr, car la rétention des affects va ici de pair avec la suspension de la fiction (ne zappez pas jusqu’à la prochaine saison) et c’est ce qui donne tout son prix à la séquence, dont un autre plaisir immédiat reste évidemment celui de pouvoir scruter un visage sur lequel se bousculent beaucoup d’émotions contradictoires.

Quelque part, je ne peux pas m’empêcher de voir dans cette séquence une variation autour de cette autre séquence célébrissime où là aussi, une inscription malfaisante pour le personnage entraîne sa prise de conscience qu’il va devoir affronter la loi là encore au travers de la suspension et de la décomposition d’un regard…..

…. la décomposition d’un regard médusé.

Au-dessus: M le maudit (Fritz Lang 1932)
En-dessous: Tête de méduse (Caravage 1532-1600)

lundi 21 avril 2008

Sfumatos

« La peinture est poésie muette, la poésie peinture aveugle. »
Léonard de Vinci
Qu’aurait dit l’auteur de cette maxime et ci-devant inventeur du sfumato devant ces deux réinterprétations contemporaines de sa technique de "peinture du brouillard" où la profondeur naît de l’imprécision des contours ? « Poésie muette » ? Assurément ! « Peinture aveugle » ? Plutôt « embrumée », mais donnant surtout naissance à un beau paradoxe : atténuer les présences des corps pour mieux affirmer la densité - et partant une certaine permanence - du volatil.
Et comme seuls repères de ces espaces rendus irréls, là un faux soleil, ici une bouche d’aération fixés comme des astres, des pôles aimantant toute l’évanescence du monde.



The weather project (Olafur Eliasson - 2003)

Sur cette même oeuvre, on peut voir une autre vidéo un peu plus détaillée et de ce même artiste, une autre éclipse en kit.
***

Syndromes and a century (Apichatpong Weerasethakul 2007)

samedi 19 avril 2008

Saturday night fever (the cheap one)

video

Seulement deux mois d'âge, notre petite, mais déjà sensible à l'appel de la party.

(Ce post pour montrer mes grands débuts dans le film d'animation, mais le plus cheap du monde).

Sinon, pour rester dans le registre de la chorégraphie saccadée, voyez comment il danse, lui, c'est incroyable ! (Trouvé via... )

jeudi 17 avril 2008

Mots filmés

Au cinéma, chaque mot compte. La preuve !


MONOSYLLABES:

Dieu est dans les détails et la direction d'acteurs va parfois se nicher jusque dans la prononciation d'une seule syllabe. Les Coen héritiers de Feydeau, maniaque de la ponctuaction de chaque "Ah !" et chaque "Oh !" ? Et si Fargo (1996), leur film le plus pur, ne se condensait qu'en quelques interjections ?

Toujours dans le registre des "digests in 5 seconds", je ne me lasse pas de cet excellent parallèle et puis celui de Scarface est aussi assez bêtement jouissif.



FLOW:

Dans ce petit exercice d'admiration (que je ne partage pas totalement à propos de ce film d'ailleurs, mais peu importe) autour de Pulp Fiction, c'est surtout la transformation de chaque syllabe en corps sautillant qui saute aux yeux. Pas tant un film d'action qu'un film où la parole est action. Pas franchement original de dire qu'on y flingue finalement plus avec l'impact des mots qu'avec celui des balles, mais c'est encore plus manifeste dans cette animation.





En passant, j'espère que vous n'avez pas oublié ce merveilleux clip où la musique paraissait naître de la pulsation même des signes des mots. Clip d'ailleurs introuvable sur Youtube et Dailymotion, ce qui nous vaut ce genre d'hommage désabusé.


KARAOKE:


De cette alliance des mots, de leur signe et de la musique, nous arrivons naturellement aux deux extraits qui avaient inventé le karaoké avant le karaoké.





Uccellacci et Uccelini (Pier Paolo Pasolini 1966)





Tirez sur le pianiste (François Truffaut 1960)

lundi 14 avril 2008

Psychanalyse des films du dessus (le cinéma français malade du bling-bling)

Que nous dit, via ses affiches, le cinéma français mainstream ? Etude de cas à travers trois exemples qui sortent ce mercredi ou la semaine prochaine.

Exemple 1 : Un acteur-réalisateur bankable nous nargue avec son gros tas de fric.

Exemple 2 : Deux acteurs bankables se précipitent faire leur shopping de luxe en n’ayant pas oublié leur mallette débordante de fric.

Exemple 3 : L'acteur le plus bankable de cette bande des quatre en beaux costards et robes du soir caresse quelques billets de 500 euros, en se demandant s'il les laissera en monnaie au portier.

Une fois, ça ne veut rien dire.
Deux fois, c’est peut-être une coïncidence.
Trois fois, ça ne peut plus être par hasard.

A quoi sert l’argent du cinéma français :
1) A payer le cachet des acteurs bankables qui s’ennuient devant la caméra.
2) A servir d’accessoire sur les affiches.
3) Ce qui reste – parfois pas grand-chose – sera enfin mis sur l’écran.

A l’heure où même notre honni Président fait mine de promettre un vœu de (relative) chasteté sur le bling-bling, est-il bien raisonnable que le cinéma français prenne aussi servilement le relais ?

dimanche 13 avril 2008

Lent fermé

Pas si fréquent de voir, en un temps rapproché, deux films dont chacun promet de tirer une bonne part de leur dramaturgie d’un environnement architectural.
La Zona (Rodrigo Pla) va nicher son polar derrière les murs d’une gated community mexicaine., « ghetto pour riches » enclavé dans l’ordinaire faubourien.
Beaufort (Joseph Cedar), lieu dit d’un huis clos militaire sis à l’avant-poste d’un conflit Tsahal – Hezbollah.

Et finalement, deux récits d’émancipation, deux façons de sortir de l’enfermement, mais l’un d’une façon somme toute théâtrale, l’autre de manière plus surprenante, en interrogeant véritablement le rapport à l’espace et au temps.

Malgré l’originalité de son environnement (dont la part la plus intéressante est évidemment que dans de telles enclaves, plus rien, même la rue, n’est public), La zona m’a eu l’air de prendre des chemins, somme toutes, assez balisés.

L’application du premier plan (qui révèle une banlieue proprette… mais derrière des barbelés) rappelle immédiatement l’ouverture de Blue Velvet (David Lynch 1987) et lance des pistes de comparaison qui ne tournent pas à l’avantage du jeune mexicain. Car, de Lynch à Desperate Housewives en passant par Miranda July ou American Beauty, la banlieue pavillonnaire chic a souvent été explorée comme territoire révélateur des névroses de la classe dominante, et avec nettement plus de bonheur qu’ici.

Si l’on rajoute que pour se dénouer, la fiction a besoin de solder un conflit manichéen entre un fils et son père, où ce dernier se révèle finalement détestable (à votre avis, entre le père et le fils, qui parviendra à « tuer » l’autre ?), on a la mesure de la déception de ce polar finalement commun fondé sur les ressorts convenus de l’intrusion tragique, du huis clos et de la loi du silence.

Tout autre me paraît la complexité de Beaufort, dans lequel je ne peux m’empêcher de voir une assez singulière métaphore psychanalytique sur le désarroi d’ « une jeunesse comme aucune autre » (pour reprendre le titre d’un autre film israélien, que je n’ai d’ailleurs pas vu), celle obligée de gâcher trois de ses vertes années sous les drapeaux.
Habiles parti-pris qui contribuent à la réussite de ce film de guerre (situation de huis clos face à un ennemi non seulement invisible mais quasiment jamais désigné, intensification des moments d’attente en opposition à la routine militaire, atonalité des ambiances comme des couleurs) mais surtout assez heureux assemblage d'un rapport au temps obsessionnel (on peut vraiment parler d’un film ambient, qui martèle pendant longtemps quelques notes restreintes en sourdine) avec un traitement de l’espace qui brouille volontairement les repères en même temps qu’il sait rendre spectaculaire les lieux.
Bâtiment à l’échelle d’une ville de garnison, Krak des Chevaliers post-moderne, le Beaufort du film (pas le fort historique, celui que même « le Hezbollah respecte et ne bombardera jamais », mais plutôt ses extensions souterraines, préfabriquées, quasi industrialisées) reste un espace sans qualités mais pas sans cinégénie. Il devient, in fine l’espace mental de ses occupants : boyaux tortueux, tanière voire piège que l’on s’est à soi-même tendu. La belle métaphore de l’enlisement (du conflit) et du cul-de-sac (politique) que voilà !
De beaux souvenirs de cinéma qui remontent à la surface. Peut-être lointainement Les sentiers de la gloire (Stanley Kubrick 1957) pour les travellings dans les tranchées (qui sont devenues ici des galeries sans lumière), mais plus sûrement celui de THX 1138 (George Lucas 1971, juste en dessous à droite) pour cette exploration d’un espace atone et obsessionnel.



Et l’explosion finale, libératoire, qui n’est pas sans rappeler celle-là, qui nous enjoignait de brûler fétiches de la consommation (jusque et y compris les bibliothèques) pour trouver une nouvelle innocence.

Deux explosions libératoires: Beaufort et Zabriskie Point (Michelangelo Antonioni 1970)

Comment trouver une sortie ? C’est finalement la question commune de La Zona comme de Beaufort. Mais dans La Zona, on sort du quartier préservé, de l’enclave privilégiée en même temps que l’on sort du film : simplement parce qu’il faut bien conclure l’histoire et marquer le changement du héros. Dans Beaufort, le cheminement est plus tortueux, demande plus d’efforts et, quand vient la dernière image du film, est encore loin d'être achevé. Comme en psychanalyse, somme toute. Il s’agit de (re)voir en face « ce dont on se fait une montagne », de « se perdre dans les méandres » pour au bout du compte « trouver comment en finir ». Ce travail de recherche d’une issue, le spectateur l’aura finalement aussi partagé via le film et c’est ce qui fait le grand intérêt de Beaufort.

mercredi 9 avril 2008

Les nouveaux monstres (1)

Alors qu'avec Armel, nous essayons ensemble d'écrire un scénario, il me montre, durant une séance de travail, sa collection de "Skype monsters", captures d'écran des ratés de webcam qui génèrent de nouveaux portraits instantanés et diffractés:

On peut déjà se demander si le "pixellisme" ne rejoint pas le cubisme (au-dessus "Skype Monster", en-dessous Portait d'Ambroise Vollard - Pablo Picasso 1909).


On peut surtout se demander si cette technique n'est pas un bon moyen pour repérer les créatures d'un autre monde...

... reconnaissables à leurs yeux brillants comme dans ce classique de la SF :



Le village des damnés (Wolf Rilla 1960)


Et en flânant à la recherche d'images de ce classique, je tombe sur cet autre saisissant portrait, issu lui aussi d'une dégradation de l'image (mais volontaire, puisqu'il s'agit d'un fondu) :

... portrait qui (sans que j'ai vu le film) me bouleverse parce qu'il semble dire, au-delà du contexte narratif, l'angoisse de l'enfermement, l'inquiétude du vieillissement et l'étrange réification de certains visages quand on se met à les regarder longtemps.

Les nouveaux monstres (2)

Moi qui suis caniphobe, je ne me lasse pas de voir la monstrueuse beauté des chiens traitée comme cela :

Birds (Pleix 2006) Musique : Vitalic

Sinon, pour la monstrueuse beauté des chats (ou plutôt leur attachante sournoiserie) ...

lundi 7 avril 2008

Another "redacted"

Les architectes doivent-ils continuer à construire en Chine ?
Ca marche, bien entendu, pour les autres professions.

dimanche 6 avril 2008

He was a legend

Pas mon genre de "rendre hommage" (affront: rester muet pour Bergman) ou de saluer "l'une des dernières légendes d'Hollywood", acteur que j'avais pourtant déjà oublié, mais dans mes flâneries youtubesques du jour, trouvé cette séquence où l'on peut noter une certaine résonance avec le post précédent (les villes désertes, ça marche toujours sur moi) :


The omega man (Boris Sagal 1971)


Et c'est d'ailleurs, dans cette prime adaptation de Je suis une légende que l'on trouve également ce moment quasi situationniste non seulement parce que si le film est vu dans une salle, il paraît jouer la mise en abyme du moment de la projection...



... mais aussi parce qu'il manifeste le face-à-face entre la collectivité de l'Amérique hippie (déjà si loin, si proche, seulement deux ans après Woodstock) et le champion de l'Amérique de Nixon. Comme si cette dernière savait au fond qu'elle avait déjà gagné et que les utopies étaient désormais enfouies, un simple souvenir ou pire un fantasme pour le cinéma. Souvenir d'un acteur qui restera par ses duels (et pas toujours du côté le plus défendable) : la course de chars de Ben Hur (William Wyler 1959), le face-à-face Vargas / Quinlan de La soif du mal (Orson Welles 1958) et la confrontation avec Michael Moore (Bowling for Columbine 2002).


Et cette séquence dans le cinéma désert m'a fait revenir en mémoire l'une des plus mémorables séances "d'images projetées" vues au cours d'un long-métrage, séquence animée par une autre légende du cinéma, toujours active et fureteuse elle: le grand Michel.



Dillinger est mort (Marco Ferreri 1969)

Et que fait un spectateur quand il n'y a plus rien à voir ? Il passe derrière l'écran, pardi, et devient lui-même l'image projetée, un nouveau film (comme dans la première minute de cet extrait) :


samedi 5 avril 2008

Sont-ils une légende ?

Londres avait 28 jours plus tard. New-York, Le monde, la chair, le diable et Je suis une légende. Paris les rejoint enfin dans le genre du "film de métropole déserte"... mais plutôt sur le versant "vannes à deux balles" que "fantasmagorie fantastique":

(espère l'un des premiers à faire découvrir cette bande-annonce avant qu'on n'en puisse plus...)

Il n'empêche que cette façon de...

... vider Paris (pour reprendre le titre de la série de photos de Nicolas Moulin- dans le diaporame, c'est à partir du numéro 20)...

... se révèle plus qu'intrigante... (J'aime bien le plan assez impressionnant des trois avenues vides partant de la Place de l'Etoile et quand il crie: "Pa-ris, m'en-tends-tu ?"). Avec un poil de mauvaise foi ou de procès d'intention, on pourrait aussi y voir la continuation d'une certaine phobie des blockbusters du cinéma français qui n'arrivent plus à montrer Paris tel qu'il est et se réfuigient dans la carte postale : Montmartre nettoyé à la palette graphique dans Amélie Poulain ou parvis de Notre-Dame et pont Alexandre III seulement peuplés de deux figurants (dans Angel-A de Besson).

Bon, là encore, attendons de voir la sortie... (à moins que le film soit à la Quinzaine des Réalisateurs, puisque le comité de sélection abrite un fan de Steak, film qui faudra qu'on m'explique)...

Instantané du cinéma français

" Au coeur de la marrade...

... Je serai ta pleureuse."

Images: Est-il besoin de le préciser ?
Paroles: La pleureuse (Dominique A 2006)

***
J'étais encore prêt à m'excuser sur le mode, "je sais c'est facile mais j'ai pas pu m'en empêcher"... et puis la suite des paroles de la chanson me paraissent plus nuancées:

"Quand ça rigolera
Je geindrai à coeur joie;
Dans l'arène gauloise
Où le pathos agace
Ceux qui craignent de voir
Leur propre peine en face:
Je serai ta pleureuse."

Bon, "arène gauloise", ça évoque évidemment un autre blockbuster franchouillard (que j'aurais la décence de ne pas mettre en photo), mais ça me fait surtout penser que Jacques Doillon fait des films pour et avec "ceux qui craignent de voir leur propre peine en face". Belle définition, belle ambition et bel enjeu de cinéma. Du coup, ces quelques mots m'ont assez redonné envie de voir son film alors même que la posture (volontaire ? involontaire ? circonstancielle ?) de "l'auteur qui n'arrive plus à faire ses films à cause du système" commençait à m'agacer.
Pour écouter la chanson.
***
D'ailleurs, à propos de chanson, viens d'apprendre que Philippe Katerine aura droit à la Cour d'Honneur du Palais des Papes en juillet prochain. Il y a quinze ans, la "nouvelle chanson française", les albums 4 pistes enregistrés par des types qui, au départ, ne savent ni chanter, à peine jouer de la musique mais juste murmurer comme personne, des chansons condidentielles qui touchaient quelques auditeurs, persuadés que la chanson n'avait été écrite que pour eux... et aujourd'hui le seul artiste français capable de se produire à la fois au Festival d'Avignon et au prime-time de TF1, et le plus fort AVEC LES MEMES CHANSONS. Rajoutons, dans cette façon de se mouvoir dans toutes les sphères, les piges dans la variétoche, le cinéma d'auteur et le marketing décomplexé "à la Daft Punk". Et si c'était ça un "artiste du milieu" ?

vendredi 4 avril 2008

Who's bad ?

"-Vous croyez que c'est votre petite loi de rien du tout qui va me faire arrêter la clope ?"

Comme dans les films américains, le méchant est désigné par le port de la cigarette.
(Et le sidekick qui lui tend le briquet, c'est son avocat).
Est-il utile de rappeler la source de la photo ?
***

"-Do you want to play with us, Jérôme ?...."

mardi 1 avril 2008

Un poil de douceur dans ce monde de brutes

Les rudiments du cinéma (le flip book)
+
le tout premier effet spécial (la persistance rétinienne)
=


Un vrai film "rayon de soleil".


Et puis quand on regarde comment c'est fait, on se demande encore comment on n'a pas eu l'idée plus tôt.

Dans le même genre, la plus belle image que j'ai vue sur le Net depuis longtemps (via là et là aussi) :

Auteur anonyme, apparemment... Quelqu'un en sait plus ? Alors que cette personne a non seulement renvoyé Rencontres du troisième type (Steven Spielberg 1979) à son bric-à-brac bruyant, mais a, en plus, réalisé la photo parfaite, qui ne pouvait être prise qu'à cette seconde là. En même temps, puisqu'en matière d'image, nous vivons dans l'ère du soupçon, se pourrait-il que tout cela ne soit que du photoshopage, que rien ne soit réel, ni le graffiti, ni le triangle de lumière juste en dessous, ni le gamin qui regarde interloqué? Non, je n'ose pas y croire... Sinon, pour un éventuel indice, le bâtiment ressemble à du Tadao Ando.