lundi 29 octobre 2007

Vanishing point

Pour en rajouter dans le copinage entre blogueurs , un petit retour sur cet évènement cinéphilico-mondain de la semaine dernière avec la projection de Vanishing Point (Richard C. Sarafian 1971).

Plutôt que le film lui-même, cela me fait revenir en mémoire cette sensation estivale de mon ciné-club mémoriel, car oui, je l’ai vu ce Vanishing Point, ce point de fuite étincelant où convergent toutes les lignes du paysage, ce point aveuglant qui nous fait détourner le regard de l’horizon, ce point d’éblouissement qui nous ferait presque croire que les extra-terrestres ont débarqué au bout de la route, ce point qui nous attire mais que nous craignons de rejoindre de peur de s'y consumer.
A trop le regarder, ce vanishing point, on risque de lâcher le volant. Serait-il donc pour les rétines, l’équivalent du chant des sirènes pour le tympan ? Ephémère perception qui conjugue l’exception du moment avec le haut risque de sombrer. Obligation de se cramponner quand le moment invite à l’abandon.
Ce vanishing point, peut-être finalement ne le voit-on qu’une seule et unique fois !

mardi 23 octobre 2007

L'amour flou

Neuf ans d'écart, 10 000 kilomètres de distance et pourtant une étrange proximité dans leur romantisme incandescent et leur adolescence éternelle.

Mauvais Sang (Leos Carax 1986, en haut) et Chungking Express (Wong Kar Wai 1995 en bas).
Deux films sur la difficulté à trouver la juste distance romantique, deux films où quand les garçons tombent amouereux des filles, ils les voient floues. Deux films où l'amour ne rend pas aveugle, seulement myope.

Et si la récurrence des contours flous et imprécis traversant, en motifs visuels obsédants, Mauvais Sang et Chungking Express s’expliquait par une seule question commune aux deux films : Existe-t-il une juste distance pour tomber amoureux ? Face à l’être aimé, ne sommes-nous pas perpétuellement condamnés à rester trop près, trop loin, jamais là où il faut ?

Pourquoi la scène de la rencontre amoureuse entre Denis Lavant et Juliette Binoche dans Mauvais Sang paraît-elle si intense ? Parce qu’elle exploite au plus fort ce paradoxe du « tombé amoureux » : tomber en arrêt devant un être si proche et pourtant si inaccessible.


Petit espace du bus rempli par la foule, profils perdus des voyageurs qui obstruent le regard et qui, en même temps, désignent de salvateurs interstices pour le regard. Et cette apparition qui surgit. Quelques centimètres d’écart et pourtant tant d’obstacles entre eux. A tel point que l’objet du désir, le visage aimé ne se découvre que par fragments et reflets tronqués et biaisés. Mais ces variations et déformations infinies ne rendent-elles pas ce visage encore plus désirable, puisque précisément soumis à la projection d’un regard désirant ?

« Durant ce bref instant d’intimité, un millimètre à peine nous sépare. Je ne savais rien d’elle ». Ce pourrait être le sous-titre idéal de cette séquence sauf qu’elle vient de…

Chungking Express. Je ne sais si le cinéaste à lunettes noires de HK a vu le film de Carax et si sa vision a déteint sur son cinéma.
Premier point commun : tous les deux connaissent Pierrot le fou par cœur et ont appris de lui comment habiller de vrais films romantiques sous les oripeaux du faux film noir.
Deuxième point commun : leur art indéniable pour donner une ampleur souveraine à des petits espaces ou dit autrement son balancement entre lyrisme et claustrophobie. Après tout, In the mood for love et 2046 se passent entièrement dans des couloirs et des chambres d’hôtels.
Troisième point commun : cette thématique de l’amour si proche et si insaisissable à la fois.

Exactement comme dans cet échange de coucous amoureux dans Chungking Express.

Là, c’est la densité de la ville qui empêche un contact visuel direct, quand bien même la proximité physique est évidente. Et la ville elle-même produit ses propres filtres visuels, reflets et déformations qui empêchent une transparence totale entre les êtres. Le regard, comme les sentiments, doivent biaiser pour atteindre leurs destinataires.

Il est à noter que dans cette séquence, WKW ne suit pas le personnage de l’hôtesse de l’air, mais laisse son cadre fixe sur l’environnement urbain ressenti comme un aquarium, un bain de couleurs troubles.

Emergent quelques repères du flou : un visage, un sourire ou un pied, sur lesquels raccrocher son regard et… son fétichisme.

Il faudra attendre la fin du film pour que les deux amants puissent à nouveau se croiser.


Et là encore, même à quelques centimètres l’un de l’autre, elle est derrière la vitre et il ne la voit pas, mais elle non plus, car dans le contrechamp (à droite), la vitre paraît encore plus givrée.

Ce n’est que quand les portes se ferment que les amants se retrouvent, mais l’amour, aussi volatil que la buée, ne s’est-il pas alors évaporé ?

C'est que Wu (le flic amoureux) a un autre amour en tête. Plus il l’imagine...

...moins son visage est net, mais plus elle semble l’attendre. Avec elle, cela sera-t-il encore une histoire de rendez-vous manqué ? Il faut voir le film pour le savoir.

Quant à la fin de Mauvais Sang, elle aussi fuit la netteté. Juliette qui court, qui court et la caméra qui paraît ne plus pouvoir enregistrer son mouvement. Elan qui se consume, envol, saut de l’ange, film qui s’accélère et sort de ses gonds. Pellicule non plus impressionnée par la lumière mais par l’élan romantique qui se consume là sous nos yeux. Un réalisateur qui filme en face l’amour qu’il a pour son actrice, ça fait plus que « cramer la pelloche », carrément dérailler le film. Finir sur un tel dérèglement, un amour tellement fou qu’il devient flou… Damned! Ca vaut tous les poèmes!

Bienheureux les myopes du pays du cinéma ! Pour une perte de (quelques points de) vue, quel gain en lyrisme ! Pas pressé de se remettre aux lunettes.

jeudi 18 octobre 2007

Natures mortes

Quand un film démarre avec ce plan-là…

… c’est sans doute qu’on va avoir affaire à une œuvre qui n’a pas besoin de beaucoup pour faire surgir la poésie à partir de la trivialité du quotidien.

Cet écho minimal et essentiel des formes dans le paysage, cette résonance discrète et ironique entre le proche et le lointain, entre l’éphémère et le permanent, entre le quotidien et le monumental, je le retrouve dans ce lieu qui m’a toujours fait rêver, malheureusement disparu depuis plus de cinquante ans :

Deux images haiku sur lesquelles je n’ai pas fini de rêver.

Le film, c’est Herbes Flottantes (Yasujiro Ozu 1959)
Le lieu, c’est la terrasse de l’appartement de Charles de Beistegui sur les Champs-Elysées (Le Corbusier architecte 1929-31).

mardi 16 octobre 2007

Face à la lumière du Nord...


... la tristesse durera toujours.


Toile : Intérieur (Vilhelm Hammershoi - autour de 1900)
Photogramme : Mulholland Drive (David Lynch 2001)

jeudi 11 octobre 2007

Enter the "CASA"

Vaisseau spatial ? Origami ? Pierre mal taillée au bord du déséquilibre ? Diamant cubiste ? La forme extérieure inhabituelle de la Casa da Musica posée sur la place Boavista à Porto (Rem Koolhaas, architecte 2005) se déduit surtout par les contraintes (que pour une bonne part l’architecte s’est lui-même données) et mouvements antagonistes qui agitent l’intérieur de ce navire musical.
Si « l’architecture, c’est de la musique pétrifiée » (idée reçue n° 471) et si nombre de bâtiments dévoués à la musique jouent avec l’analogie de la grande forme symphonique (la Cité de la Musique comme illustration contemporaine à Paris), s’il faut donc trouver une analogie pour la Casa da Musica, elle serait donc plutôt à chercher du côté d’une dissonance stravinskienne qui rend tout grincement harmonieux.
La Casa de Musica ne cherche pas à ménager de transition polie. Comme Beaubourg, elle toise la ville historique en même temps qu’elle lui offre un miroir de son temps : à la fois un écrin et un défi. Comme Beaubourg encore, elle fait place nette autour d’elle, mais ne propose comme entrée qu’un trou de souris. Le piéton qui s’y aventure découvre un espace d’accueil vertical et introverti. Tout cela tient on ne sait trop comment, maintenu par de guingois piliers. Dimensions de cathédrale, mais pas vraiment de recherche de sérénité, d’autant plus que cet espace est sciemment perturbé par (ce que l’on devine être) une boîte opaque.

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Cette boîte flottante, c’est la salle de concert, seul espace régulier du bâtiment, grand vaisseau coloré et (blasphème pour une salle de spectacles !) ouvert et largement translucide (mais le degré d’occultation reste évidemment modulable). Belle salle, mais pas super peuplée !

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Mais dans le cours du bâtiment, la salle et sa régularité sont presque traités comme un corps étranger qu’il s’agit de contourner ou découvrir par des vues biaises avant d’y entrer. L’attention est portée sur les espaces de transition. Géométries et ambiances toujours surprenantes, larges ouvertures, véritables loges sur la ville. Exemple de cet espace acoustique accueillant des installations ou des mini-concerts. Pour voir la vidéo dans le bon sens, il vous faudra mettre l’écran de votre ordi à la verticale ou plus douloureusement tordre la tête.

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Le mouvement d’ascension qui semble générer tout le bâtiment prend fin avec l’arrivée vers cet espace énigmatique, sorte d’amphithéâtre informel sous les combles, face au ciel. Là, le pliage semble se dilater, les austères parois de la Casa semblent, sous la force de la lumière, se déplier comme une corolle.

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Etonnant comme ce projet m’évoque le dernier Le Corbusier, celui du couvent de la Tourette (1957-59). Aucune ressemblance a priori entre les deux bâtiments, et pourtant on y retrouve la même organisation autour du contraste entre un grand volume pur et coloré (l’église chez Le Corbusier, la salle de concert ici) et des espaces inédits à l’étrangeté revendiquée, le même parcours qui vise constamment à surprendre voire à désorienter, la même phobie de la joliesse, le même usage du béton puritain, la même conjugaison de l’exploit structurel et de l’expressivité brute, la même volonté de faire sculptural avec ce matériau et de tordre cette matière ingrate pour lui faire cracher sa dignité.
Mais connaissant la constante volonté de Koolhaas de sortir de la stricte rhétorique de l’architecture, ne pourrait-on pas établir une nouvelle proximité avec un autre artiste adepte des assemblages bringuebalants et du hors-piste : Kurt Schwitters , inclassable touche-à-tout (peinture, architecture, poésie orale), DJ avant l’heure, soigneusement à l’écart de Dada et du cubisme, tout en jetant des ponts inédits entre ces deux avant-gardes ? Tout comme Schwitters, Koolhaas aime varier les pratiques (écriture, architecture, journalisme quitte à s’improviser sociologue mondial), rêve de se situer à la jonction des avant-gardes de son temps tout en revendiquant de rester totalement irrécupérable. Et peu importe, si comme avec Schwitters, il en reste beaucoup pour le traiter de cynique et de mégalo. Pour preuve de ce rapprochement, les espaces de la Casa da Musica ne ressemblent à rien de connu, sauf peut-être au...
... Merzbau de Schwitters, cet espace - sculpture (et ancètre des installations) qui colonisa d’abord son atelier avant de s’étendre de manière tentaculaire.
Devant la Casa da Musica, peu importent finalement les appréciations subjectives, car, à la visite de ce bâtiment, se révèle enfin le projet global de Koolhaas (qu’il poursuit aussi bien dans ses projets, ses écrits que dans sa compulsion de données socio-économiques) : dans un monde marqué du signe de l’incertitude, trouver l’équilibre dans l’instabilité, rendre l’inconfortable accueillant.

dimanche 7 octobre 2007

Musée d'art moderne

DEVANT LE FLOP RETENTISSANT DE CE QUIZZ, JE ME RESOUS A LIVRER LES REPONSES ET J'EN TIRE LES CONCLUSIONS EN ME RETIRANT DEFINITIVEMENT DE LA VIE QUIZZIQUE (on ne s'improvise pas quizzeur comme ça, apparemment) A DEFAUT DE LA VIE BLOGUIQUE (et de toute façon, ce n'est pas cette mauvaise expérience qui va stopper mon penchant à faire joujou avec les photogrammes).
Il est bon de rappeler qu’il n’y a pas qu’à Beaubourg et pas que pendant la Nuit Blanche qu’on peut voir des œuvres d’art moderne et contemporain. On peut aussi en découvrir dans les films. Ainsi, sauriez-vous dire dans quels longs-métrages, il est possible d’admirer :

1 : cette collaboration inédite entre Piet Mondrian et Edward Hopper: Herbes flottantes (Yasujiro Ozu)

2 : ce ready-made cruel : La collectionneuse (Eric Rohmer)

3 : cette toile de Miro (période gore) : PTU (Johnnie To)

4 : cette esquisse inédite et enfumée d’un dripping de Jackson Pollock : 2001 (Kubrick)

5 : et enfin cette sculpture installation pop disposée en milieu urbain ? (Elle était peut-être aussi à la Nuit Blanche, celle-là d’ailleurs…): Jackass the movie (peu importe le réalisateur)

samedi 6 octobre 2007

Cinéma vérité et navet génial

Ça y est ! Je sais enfin que ce clip (Sabotage des Beastie Boys – réal : Spike Jonze 1995) n’est pas la parodie de Starsky et Hutch, mais plus précisément celle de…

La grande casse (Gone in 60 seconds – H.B Halicki 1974) vu hier soir , comme l’atteste le rapprochement de ces attitudes, de ces moustaches et perruques poivre et sel.

On sent bien que dans ce film « écrit, produit, réalisé et interprété » par un roi de la cascade, le plus dur n’a pas été pour lui de régler les poursuites, mais bien d’écrire un dialogue, savoir placer sa caméra et diriger les acteurs.

Mais même avec une caméra toujours placée au plus mauvais endroit et des dialogues indigents, on peut toujours produire de beaux moments de cinéma, mais ô surprise, pas spécialement dans les poursuites. Ainsi, dans la première moitié du film, quasiment pas une seule vraie scène jouée, mais des fragments documentaires sur lesquels viennent se surajouter des dialogues en off. Suite de tableaux : le travail des mains sur le désossage d’une voiture, un mariage polonais, le backstage d’Indianapolis, le garage d’entretien d’une Formule 1, la pose de la première pierre d'un commissariat en présence de tout le conseil municipal. Toutes proportions évidemment et précautionneusement gardées, cette façon intrusive d’explorer les différents lieux du film, de filmer au vol et de se raccrocher aux gestes qui me rappelle incroyablement celle de Van der Keuken dans Amsterdam global village (1996).
(Apparemment, il y a un site officiel www.johanvanderkeuken.com, mais le lien n'a pas l'air de marcher).

Intrusion tout à fait naïve et inattendue du cinéma vérité dans la série Z. Rien que pour ça, Gone in 60 seconds postule au titre envié de « navet génial », catégorie que je n’ai pas fini d’explorer et dont j’espère bientôt dresser une esquisse de typologie.

mercredi 3 octobre 2007

Soumis à la question

Comme j'aime vraiment beaucoup ce questionnaire et pour consolider la dimension furieusement et bêtement subjective de ce blog, j'y réponds tout en y rajoutant de nombreuses sous-catégories.

Plaisir inavouable : Des séquences de nanars (franchouillards giscardiens) vus dans mon enfance : la poursuite avec Bébel sur le toit du métro dans Peur sur la ville (Henri Verneuil), la machine à apprendre dans Les sous-doués ou l’usine à bouffe Tricatel dans L’aile ou la cuisse (Claude Zidi).
Récemment, les chansons années 80 (« Pop ! goes my heart ») et quelques (très bons) dialogues dans Le come-back.
Déjà fait mon coming out sur Planète terreur (Robert Rodriguez). Dois dire que depuis que j’ai appris que Rodriguez a un projet de remake de Barbarella, j’attends cela avec une certaine curiosité, si ce n’est impatience. Et en bons ( ?) futurs parents, allons-nous nous précipiter sur En cloque mode d’emploi ?
Sinon, j’aime vraiment beaucoup la façon dont ma copine me vante Spiceworld. Plutôt que de voir le film, je préfère l’imaginer comme une folie baroque à la gloire des Spice Girls doublée d’un pur esprit british, ce qu’il n’est sans doute pas.



« EST CLASSIQUE CE QUI FAIT AUTORITE » (Paul Valéry)

Classiques ennuyeux : Sonate d’automne (Bergman), Plan 9 from outer space (Ed Wood), Women (Cukor), La Salamandre (Alain Tanner)
Classiques de l’ennui, mais films adorés car dégageant une émotion tout à fait inattendue : In girum imus nocte et consumimur igni (Guy Debord), India Song (Duras), D’Est (Chantal Akerman)
Classiques vus il y a tellement longtemps qu’on s’en souvient vraiment très mal : Citizen Kane (Welles), Huit et Demi (Fellini), Sérénade à trois (Lubitsch) vus, il y a quasiment vingt ans et pas revus depuis.

PASSER A COTE

Vus trop jeune pour comprendre : Voyage en Italie (Roberto Rossellini), L’année dernière à Marienbad (Alain Resnais), L’année des treize lunes (Fassbinder)
Vus en morceaux, et donc jamais d’une traite : Ordet (Dreyer), Cul de Sac (Polanski), Sauve qui peut (la vie) (Godard)
Vu à moitié : vu qu’un des deux Smoking / No smoking (Alain Resnais) et je ne sais plus lequel.

« QUOI ! TU L’AS PAS VU ! »

Classiques jamais vus : Dies Irae (Dreyer), Le Guépard (Visconti)
Film arty jamais vu : A l’Ouest des rails (Wang Bing)
Pas vu alors que le DVD est sur nos étagères depuis trois ans : 1900 (Bertolucci)
Pas vu alors que tout le monde l’a vu: Il était une fois dans l’Ouest (Sergio Leone)
Films Moby Dick (on rêve de le voir depuis des années et impossible à attraper avec les yeux) : Nashville (Robert Altman), A brighter summer day (Edward Yang)
Pas vu un seul de leurs films : Franck Taschlin, Richard Brooks, Bob Fosse, Werner Schroeter
Vu qu’un seul de leurs films (et qu’est-ce que j’attends pour voir le reste) : Dario Argento (le film, c’est Suspiria) et Edward Yang
Vu tous leurs films sauf un: Bresson (sauf Les Anges du péché), Jarmusch (sauf Permanent Vacation), Kubrick (sauf Le baiser du tueur), Pialat (sauf La gueule ouverte), Desplechin (sauf Leo en jouant dans la compagnie des hommes)
Vu tous leurs films : Q&A, Quentin et Alain, Tarantino et Resnais.

BIENVENUE DANS L’AGE INGRAT

Tout le monde les as vus entre 11 et 16 ans, sauf moi et toujours pas rattrapé depuis : Breakfast Club (John Hughes) et tous les Die Hard
Film que j’aurais adoré à l’adolescence mais vu (et apprécié) beaucoup plus tard : Bettlejuice (Tim Burton)
Films qui m’ont fait entrer en cinéphilie : Mon oncle (Jaques Tati) à 7 ans et Thérèse (Alain Cavalier) m'a fait rentrer définitivement dans les ordres 7 ans plus tard.
Adorés à l'adolescence puis abandonnés : Buffet froid (Blier) et Le nom de la rose (Jean-Jacques Annaud)
Adorés à l’adolescence et auxquels on reste tout de même fidèles, malgré leurs coups de vieux manifeste et leurs poses évidentes : Paris Texas et l’Etat des Choses (Wim Wenders)
Trop fashion à l’adolescence, et qui malgré mes craintes lors de leur revoyure récente, tiennent encore sacrément le coup : Stranger than Paradise (Jim Jarmusch) et Mauvais Sang (Leos Carax)

DES GOUTS ET DES COULEURS

Chefs d'oeuvres méconnus : Travail au noir (Jerzy Skolimowski), deux films d’Iosseliani : Il était une fois un merle chanteur et Pastorale, et le premier film américain de Milos Forman : Taking off.
Navets géniaux : A 8 ans, me souviens avoir adoré Cannonball run (Hal Needham 1981) et Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines (Ken Annakin 1965). Pas sûr du tout de les aimer autant aujourd’hui, mais sûr que même si les films sont complètement ratés ou mollassons, j’adorerais continuer à regarder les courses de bagnole et de ballons dirigeables. Ne jamais négliger les films où les véhicules jouent bien mieux que les acteurs. Dans le même genre, avec plus de mauvais esprit, La course à la mort de l’an 2000 (Paul Bartel) : même type de nanar où les voitures sont bien meilleures que les types en combinaison. En plus, un petit assaisonnement situ (puisque le film décrit une sorte de Paris-Dakar sur le territoire américain).
Dans le même cycle de la Cinémathèque en 1999 (sur les productions Corman des années 70-80), vu Rock n’ roll high school (Alan Arkush 1979) sorte de sous-doués américains avec les Ramones dans leur propre rôle. Mal écrit, mal joué, mal éclairé, mal réalisé, mais l’énergie rock binaire fait le reste, comme pour les films avec Elvis.
Sinon, les Russ Meyer doivent rentrer à l’aise dans cette catégorie, mais je crois aussi n’en avoir jamais vu un seul en entier.
Femme Fatale (Brian de Palma) : scénar et propos de série Z mais débauche de mise en scène ostentatoire et virtuose qui n’a jamais paru aussi inutile.
Enfin, Sauve qui peut (la vie) (Jean-Luc Godard) ou Labyrinthe des passions (Almodovar), ces films faits « sans filet » qui alternent les moments de génie et les plats ventres cruels sur l’asphalte peuvent-ils être considérés comme des navets géniaux ? Un navet génial est-il le mauvais film d’un cinéaste d’abord inspiré ou une suite de fulgurances produite en toute inconscience par un faiseur ? Vaste débat.

Sinon, on peut toujours aller faire un tour dans la caverne d'Ali Baba .

Films détestables : Podium (Yann Moix). Summum du mépris de classe, du cynisme et de l’avidité de gloire toc vantée par la télé. Yann Moix restera tout de même comme le type qui, comme première image du premier plan de son premier film a choisi de mettre… le logo de TF1, certes vintage mais quand même pas une raison. En clair, un film où l’audimat remplace même la caméra.
Merci la vie (Bertrand Blier) pour son infâme parallèle sida - Shoah et sa confusion de sens masquée derrière un godardisme de façade.
FAD (film anti-détestable) loin d'être fade : Salo (Pier Paolo Pasolini), quoique qu’a priori, lesté de tous les handicaps qui menacent à tout moment de le faire sombrer.

SEUL CONTRE TOUS

Tout le monde l’adore sauf moi : Pulp fiction (Quentin Tarantino)
Doit être le seul à l’adorer : Freedom (Sharunas Bartas)
Tout le monde y pleure sauf moi, cœur de pierre : Sur la route de Madison (Clint Eastwood)

HUMEURS ET EMOTIONS

Pleurer à chaque fois : In the mood for love (Wong Kar Wai) et la mort du grand-père dans Taste of tea (Kastuhito Ishii)
Mourir de rire à chaque fois : Les scènes de comédie, mais aussi les séquences de kung-fu, de manga et l’enregistrement de la chanson pop dans Taste of tea (Katsuhito Ishii)
Annie Hall et Broadway Danny Rose (Woody Allen). Pas vraiment mdr, mais plutôt un sourire et un entrain égal qui ne se fane pas vision après vision.

Etre émoustillé à chaque fois : Deborah Unger dans Crash (Cronenberg). Mais qu’est devenue cette actrice belle comme une sainte ?
Les scènes d’amour saphique dans Mulholland Drive (Lynch). Mais qu’est devenue Laura Elena Harring ? Sans doute devrais-je écrire pour ces deux actrices et organiser leur come-back dans « the most emoustilling movie ever made in Hollywood».
Sinon, étranges similitudes dans les sensations émoustillantes que produisent aussi bien la deuxième partie de Blissfuly yours (Apichatpong) que la scène du baiser dans Une partie de campagne (Jean Renoir).
ON NE S’EN LASSE PAS
Débuts dont je ne me lasse pas :
Aguirre, la colère de Dieu (Werner Herzog) : Le cortège dans la cordillère des Andes.
Il était une fois un merle chanteur (Otar Iosseliani) : Le musicien en retard qui arrive juste à temps pour placer son coup de cymbale.
Conversation Secrète (Coppola) : La filature sonore.
Le vent nous emportera (Abbas Kiarostami) : L’arrivée dans le village.
Uzak (Nuri Bilge Ceylan) : Le départ du village et la traversée du paysage.


Fins dont je ne me lasse pas :
Profession Reporter (Antonioni) : le plan séquence final : De l’intimité de la chambre à l’étendue du paysage. Traversée du miroir et passage de la vie à la mort.
Pickpocket (Robert Bresson) : « Jeanne, pour aller jusqu’à toi, quel drôle de chemin, il m’a fallu prendre ».
Gens de Dublin (John Huston) : la confession finale et les plans sous la neige.
Tropical Malady (Apichatpong Weerasethakul) : la marche vers le tigre et le face-à-face avec le fauve
SUITE A CETTE INTRUSION REMARQUEE D’APICHATPONG, JE FAIS APPARAITRE UNE SOUS-SOUS-CATEGORIE QUI LUI EST DEDIEE. (et qui, je le concède, est totalement annexe à ce questionnaire).
Bonheur total : la deuxième partie de Blissfully yours, correspondant alors parfaitement à son titre.
Comment ai-je pu vivre d’octobre 2002 à juillet 2007 sans avoir vu Blissfully Yours ? : question existentielle.
Personne que j’aimerais retrouver pour lui expliquer qu’elle ne comprend rien de rien au cinéma et donc à la vie: Celle qui a hurlé « bidon, bidon ! » à la fin de la projection de Tropical Malady à Cannes et qui, bien ne n’ayant pas apprécié le film (après tout, c’est son droit) est resté jusqu’au bout alors que les quatre cinquièmes de la salle étaient sorties. Pourquoi cette personne est-elle restée jusqu’au bout : critique vissé à son fauteuil par devoir professionnel ? Amoureux de la Thaïlande qui espérait en voir plus ? Que de mystères !…


ET JE REVIENS A « ON NE S’EN LASSE PAS »
Vu, vu et revu, toujours avec le même plaisir: Mon oncle et Playtime (Jacques Tati), Adieu Philippine (Jacques Rozier), Psychose (Hitchcock), Gerry (Gus van Sant)
Vu, vu et revu, mais jamais en salle (en amphi de fac, en ciné-club, sur les moniteurs du Forum des Images, sur You Tube) : La jetée (Chris Marker)
Vu qu’une seule fois, mais sûr et certain que je pourrais le voir et le revoir (d’ailleurs, j’ai déjà hâte) : Bonjour (Yasujiro Ozu)
CRITIQUE DE LA CRITIQUE
Cahiers du Cinéma, Positif ou ni l'un ni l'autre : Impossible de passer un mois sans jamais jeter un œil sur les sommaires de leurs numéros.
Cinéaste trop vanté : Dans l’histoire du cinéma, du mal avec la comédie type Cukor, Mc Carey dont la théâtralité me paraît sacrément vieillotte et qui me parle d’un monde trop loin de moi.
Sinon aujourd’hui, Hou Hsiao Hsien me semble vraiment sur la mauvaise pente. Depuis le sommet des Fleurs de Shanghai (1996), chacun de ces films est bien moins bon que le précédent.
Les films de Rivette me demandent à chaque fois de gros efforts, mais ils restent fermement dans ma mémoire.
Sinon, ouvrons le lourd dossier du cinéma français. Benoît Jacquot fait des navets loués par la critique. Comment peut-on rater à ce point un film comme A tout de suite avec un point de départ en or et un sujet magnifique ? Je me perds en conjectures sur Brisseau, dont le seul film vraiment réussi est à mes yeux, De bruit et de fureur. Mais est-il un cinéaste si vanté que ça ? Quant au délire sur Lady Chatterley, pas trop compris cet enthousiasme général, alors que le film me paraît juste honnête. Des adaptations de bonne tenue comme celle-là, il devrait y en avoir cinq par an. Ce devrait être la norme et pas l’exception. Trouble every day me semble un film d’étudiant en école d’art, mais ce que j’ai vu d’autre de Claire Denis, c’était plutôt bien.
Cinéastes trop peu vantés : Stanley Donen, Jerzy Skolimowski et Jacques Rozier.
Cinéaste en courant alternatif (tour à tour détesté et apprécié) : Kusturica et Paul Thomas Anderson (détesté Magnolia, adoré Punch drunk love. On verra le prochain).
PANTHEON
Sainte trinité
Pour la « modernité cinématographique » : Bresson / Resnais / Pasolini (Godard est jaloux comme un pou de ne pas être dans la liste, mais il est un peu un mélange des trois et il a bien emprunté à chacun d’entre eux).
Pour le cinéma récent: Gus van Sant / Kiarostami / Cronenberg (Lynch est jaloux comme un pou de ne pas se retrouver sur le podium, mais il avait qu’à faire un peu mieux avec son empire de l’intérieur).

lundi 1 octobre 2007

Les mains ont la parole

Suffit-il de savoir filmer le travail des mains pendant leurs tours de passe-passe pour être qualifié de "magicien du 7e art"?
Trois exemples pour matière à réflexion.
Pour faire l'intellectuel, on pourra dire que le premier exemple est un parangon de cinéma moderne, le deuxième de cinéma post-moderne et le troisième de post-cinéma, mais c'est vraiment de la cuistrerie !

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Pickpocket (Robert Bresson 1959)

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Blood simple (Joel et Ethan Coen 1984) - entre 5 min 18 et 8 min 30

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Daft Hands (réalisateur inconnu 2007)